Son Excellence Jean-Daniel Lafond - Point des arts à Kitchener

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51e Point des arts

Kitchener, le lundi 14 juin 2010

Bonjour,

Pour commencer, je voudrais vous dire à quel point je suis heureux que le Point des arts s’associe au Magnetic North Festival à l’occasion du forum public d’aujourd’hui. Pour une communauté, un festival est toujours un moment unique et intense durant lequel, comme pour une pièce de théâtre, chacun a un rôle précis à jouer pour offrir la meilleure représentation possible. Les professionnels, artistes, techniciens, commerçants, bénévoles et spectateurs entreprennent ainsi une sorte de mission collective génératrice d’une énergie exceptionnelle. La ville devient un forum à ciel ouvert. Durant ce moment unificateur,la communauté veut montrer au monde ce dont elle est capable. Aujourd’hui, vous, les gens de Kitchener-Waterloo, faites preuve de créativité et démontrez la capacité de votre communauté d’accomplir de grandes choses.

Et ce que je dis là est au cœur de la thématique de notre 51e forum du Point des arts sur le thème « créer de l’art pour créer des communautés ». Cette expérience mobilisatrice autour d’un festival, on la retrouve à Calgary autour du High Performance Rodeo, au Festival de cinéma de Rouyn-Noranda et, plus récemment, à Sackville au Nouveau-Brunswick. Dans cette communauté, l’activité périclitait; l’entraide, la vie sociale et le dynamisme laissaient peu à peu la place au désœuvrement et à l’ennuie. En 2007, Brian Doncaster, un propriétaire de la région avait acheté une immense grange et des terrains avoisinants. Comme il accompagnait souvent sa fille à des concerts de musique country bluegrass partout dans les Maritimes, il a soudainement eu l’idée de transformer la grange en lieu de concert et de fête plutôt que de l’utiliser comme entrepôt. Le projet a séduit toute la communauté, qui s’est investie pour restaurer le lieu, aménager une scène, refaire les planchers, installer des fauteuils, etc. Aujourd’hui ils peuvent accueillir 300 personnes, les champs servent à ceux qui veulent y camper et, finalement, le Bluegrass Festival de Memramcook, qui venait d’être annulé, a  trouvé là un nouveau lieu pour tenir ses concerts. On ne parle pas ici d’un musée dessiné par un architecte vedette, d’une salle de concert de plusieurs millions de dollars, mais bien d’un projet culturel dans un village qui a réussi à mobiliser et dynamiser la communauté. Ce projet récent, partant d’une initiative spontanée, illustre bien ce que la chercheuse Beatriz Garcia, de l’Université de Glasgow, appelle la « régénération » d’une communauté. Cette régénération peut transformer les milieux de vie partout, dans les zones rurales, les zones urbaines, au nord, d’est en ouest, mais elle doit toujours être en lien direct avec la responsabilité civique et l’envie de créer des espaces de vie harmonieux.

Une étude du département qui s’intéresse à l’exclusion sociale au sein du gouvernement britannique soulignait récemment le rôle majeur des arts, du sport et du loisir. Lorsque des communautés favorisent la participation active des populations à une activité culturelle ou sportive, elles constatent une baisse de la criminalité et l’amélioration du niveau d’éducation et, par la suite, celle des perspectives d’emploi de ses habitants qui, finalement, bénéficient ensemble d’un milieu de vie plus agréable.

« La culture est l’outil approprié en matière de revitalisation urbaine parce qu’elle prospère au sein de la nouvelle réalité urbaine du 21e siècle. La vie artistique c’est plusque d’aller écouter une symphonie ou voir un ballet ou une comédie musical. Les arts sont plus actifs, plus accessibles, plus polyglottes » [traduction], constatent les auteurs Mark Stern et Susan Seifert, tous deux dirigeants du Social Impact of the Arts Project (SIAP) à l’Université de Pennsylvanie.

Quand une ville investit dans la culture, elle le fait souvent pour redorer son image, pour se donner un nouveau souffle économique et social ou/et pour attirer des touristes. Il ne faut cependant jamais perdre de vue que ces projets culturels doivent trouver leur ancrage premier dans la communauté. Une institution ou un événement culturel parachuté sans l’adhésion de la communauté aurait un avenir bien incertain et occasionnerait des coûts très élevés.

Soutenir des festivals et y participer, oui. Mais il faut aussi favoriser l’éducation artistique et l’accessibilité à la créativité tout au long de l’année. Ces activités culturelles temporaires connaissent un succès d’autant plus grand que la communauté peut baigner dans une vie culturelle riche et diversifiée. Dans votre région, par exemple, la Fondation Musagetes s’est donné pour mission de rendre présente la créativité dans vos milieux de vie parce que cela ajoute du sens et qu’elle renforce le sentiment d’appartenance des concitoyennes et concitoyens.

Quand des gens d’affaires, comme ceux qui ont créé Musagetes, investissent dans la culture, c’est qu’ils ont constaté que la culture, au même titre que l’éducation, est un important moteur du développement communautaire. Vous le savez, lorsqu’une nouvelle entreprise choisit de s’installer dans une ville, les dirigeants évaluent non seulement la qualité de la main-d’œuvre sur place, mais aussi la qualité de l’enseignement et le dynamisme des organismes sportifs et culturels.

Plus que jamais, culture et éducation sont intimement liées dans un mouvement dynamique marqué par les aléas successifs de l’économie. Comme je le remarque depuis quelques temps déjà, le mot culture a changé de sens au Canada. Les 50 forums du Points des arts que nous avons tenus au pays ont confirmé cette évolution du concept même de culture. L’idée d’une culture élitiste, réservée à une minorité, laisse peu à peu la place à un concept plus large, plus inclusif, celui de la créativité pour tous, avec tous. Les leaders économiques confirment ce changement et font maintenant de la culture un élément de leurs études, de leurs conférences et de leurs investissements.

Miser sur le dynamisme rassembleur et constructif de la culture constitue une voie porteuse d’avenir pour nous tous. Quand je constate les efforts que vous, les gens de Kitchener-Waterloo, déployez pour construire un maillage culturel solide, je me dis qu’en misant sur la créativité, vous favorisez le développement social et économique à long terme.

Cette conviction que la créativité est une ressource essentielle pour le Canada nous anime depuis des années, mon épouse et moi, et continue à guider notre réflexion et notre travail à Rideau Hall. Peu à peu, chacun à notre niveau, nous démontrons que nous sommes tous concernés et que la créativité est une ressource essentielle au développement de notre pays. Nous nous occupons de la santé, de l’éducation, de l’environnement; au même titre, nous devons prendre soin de notre culture.

Ce combat a été le nôtre avant Rideau Hall, il a continué de nous mobiliser durant le mandat de la gouverneure générale et il continuera demain de guider nos actions. Mon épouse et moi-même entendons clairement poursuivre cet engagement pour la culture, la culture pour la cohésion sociale, la culture pour un vivre ensemble harmonieux et pour faciliter l’innovation sociale. Mais c’est tous ensemble que nous pourrons y parvenir. Alors, nous ne nous lançons pas dans une aventure individuelle, déjà un certain nombre de partenaires et d’individus, des arts ou du milieu des affaires ont signalé leur envie de poursuivre avec nous cet engagement. L’invitation est large, elle s’adresse à tous ceux qui comme nous pensent que les arts et la créativité permettent de renforcer la participation citoyenne et facilitent le dialogue et la vitalité de la société canadienne.

En 2005, j’ai accepté d’accompagner mon épouse dans cette aventure inattendue avec la certitude que ce qui crée le Canada, ce sont ceux et celles qui créent et innovent au Canada, c’est avec la même conviction renforcée que je vais reprendre demain mon chemin de créateur et de citoyen.

J’ai hâte d’entendre vos propres expériences et ce que vous inspire le sujet de notre discussion : « créer de l’art pour créer des communautés ».

À vous la parole!