Réception pour le Corps diplomatique

Ce contenu est archivé.

 

Réception pour le Corps diplomatique

Rideau Hall, le jeudi 21 janvier 2010

Comme chaque fois, j’avais la ferme intention d’en appeler devant vous aujourd’hui à une plus grande solidarité, en cette époque où les enjeux se mondialisent au même rythme que les marchés et nécessitent une approche planétaire.

Mais c’est de la bouche de nos sœurs et frères d’Haïti, à nouveau frappés par une catastrophe d’une ampleur inouïe, c’est de leurs ventres creux, de leurs mains tendues, de leur visage hagard, que vient cet appel, comme un cri insoutenable.

Un appel auquel le Canada et le monde entier répondent par des gestes d’entraide et une générosité hors du commun depuis que les images et les témoignages de la dévastation parviennent jusqu’à nous.

C’est cet élan de fraternité qui m’aide à contrer le pessimisme et le sentiment d’impuissance et qui me redonne espoir en une humanité capable de réunir ses forces pour conjurer le pire des sorts.

Nos sorts désormais si liés que nous ne pouvons plus nous complaire dans l’indifférence, rester sur notre quant-à-soi ou faire cavalier seul.

Nous sommes entrés de plain-pied dans l’année 2010, et il est indéniable que l’échiquier mondial est en train de se redessiner et que nous sommes appelés à redéfinir la nature des liens qui nous unissent les uns aux autres à l’échelle de la planète.

C’est également ce qu’a mis en lumière de façon très claire la crise qui a plongé en récession l’économie mondiale tout entière dès le début de l’année 2009, exacerbant les crises alimentaires et humanitaires déjà chroniques dans certaines régions du globe.

Je l’ai constaté à maintes reprises sur les routes du monde que j’ai empruntées l’an dernier, du Mexique au Costa Rica, en passant par le Guatemala, trois pays d’où je suis revenue il y a à peine quelques semaines. Sans compter Haïti, au début de 2009, à l’époque encore si éprouvée par quatre cyclones, le Liberia dans le cadre du Colloque sur le renforcement des capacités des femmes, le développement du leadership, la paix et la sécurité internationales, puis l’Ukraine, la Norvège, la Slovénie, la Croatie, la Grèce et l’Afghanistan.

De plus, en octobre, devant les membres du conseil exécutif de l’Unesco, j’ai rappelé avec conviction que le monde traversait actuellement une crise des valeurs, qui appelait urgemment une éthique du partage. 

Partout, l’urgence est la même : nous n’avons d’autres choix que d’élargir notre conception de la responsabilité, répètent inlassablement les femmes, les hommes, les jeunes que j’ai rencontrés.

Dans un monde qui connaît une ouverture sans précédent, nous ne pouvons rester indifférents aux conséquences de nos gestes et de nos décisions, car elles ont une portée si grande sur la vie de tant de gens et sur leur environnement.

Je crois qu’une prise de conscience s’opère à cet égard à l’échelle planétaire, une prise de conscience qui entraînera l’humanité sur les sentiers de la paix, de la réconciliation et de la reconstruction.

J’estime également que cette œuvre de pacification vers laquelle nous tendons toutes et tous se réalisera en partie par l’intermédiaire de la diplomatie.

En tant que représentants de votre pays à l’étranger, vous jouez un rôle de premier plan dans l’établissement d’un nouvel ordre mondial axé sur la recherche de solutions communes aux problèmes de notre temps, des problèmes qui nous concernent toutes et tous, du nord au sud, de l’est à l’ouest.

Car votre travail s’inscrit dans une volonté de rapprochement et de coopération, de même que dans un souci constant de trouver un équilibre entre les intérêts des uns et les besoins des autres.

C’est d’ailleurs dans ce même esprit d’ouverture et avec cette même volonté de dialogue que nous accueillerons la jeunesse du monde entier aux Jeux olympiques et paralympiques d’hiver à Vancouver, en février et en mars prochains.

Et nous comptons sur vous, amis des quatre coins du monde, pour faire de cette rencontre exceptionnelle une célébration de l’hiver et de l’excellence, certes, mais aussi de la solidarité.

L’olympisme, à mon sens, est le meilleur antidote à l’immobilisme, au fatalisme, à la barbarie. Car dans ces luttes pacifiques que sont les compétitions, chacun s’impose non pas par le pouvoir ou la violence, mais par sa valeur propre.

Profitons de ces Jeux pour réitérer notre engagement à rechercher le bien commun et à propager la paix, le dialogue et la fraternité entre les peuples.

Tel est mon souhait en ce début d’année.

Et permettez que nous profitions de ce moment ensemble pour célébrer celles et ceux qui, dans chacun des pays que vous représentez — individus, communautés, gouvernements, institutions, entreprises, associations, organismes — ceux qui ont à cœur de contribuer aux efforts d’urgence en Haïti.

Je vous remercie et j’offre à vous, à vos familles et à vos compatriotes mes meilleurs vœux de prospérité, de joie et de paix.

Espérons ensemble que les heures graves et éprouvantes que nous vivons n’assombriront pas les jours lumineux à venir. Nous le devons à nos enfants et à tous les peuples du monde.