Petit-déjeuner en l’honneur de la Journée de la Francophonie

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Petit-déjeuner en l’honneur de la Journée de la Francophonie

Vancouver, le samedi 13 février 2010

Monsieur le Premier ministre Campbell, comment ça va? En 2006 aux Jeux olympiques d’hiver à Turin, vous m’aviez promis que vous feriez tout pour arriver à prononcer un discours en français d'ici 2010.

Merci de nous avoir conviés à ce petit-déjeuner de la francophonie canadienne.

Nous sommes ici rassemblés pour célébrer l’une des grandes richesses du Canada et qui fait son originalité à l’échelle des Amériques et c’est, sans équivoque, son appartenance à la Francophonie internationale.

Certes, le Québec est le lieu de l’enracinement de la langue et de la culture françaises dans cette terre généreuse, ce pays de tous les possibles que représente le Canada.

Mais, loin de se cloisonner, cette langue et cette culture ont étendu leurs rhizomes à la grandeur démesurée, à l’immensité de ce territoire.

Partout au Canada, des francophones ont construit des écoles, des centres communautaires, fondé des journaux, des maisons d’édition, des salles de spectacle, établi des lieux d’épanouissement pour eux et pour leurs enfants, noué des réseaux importants avec toute la francophonie d’ici et d’ailleurs, de même qu’avec les francophiles de plus en plus nombreux, en ce pays officiellement bilingue.

N'est-ce pas vrai, Monsieur le Premier ministre Campbell, qu'ici même, en Colombie-Britannique, on retrouve des francophones qui parlent, écrivent, chantent, étudient et vivent en français?

Les francophones de la Colombie Britannique forment une communauté dont il faut saluer le dynamisme, ses initiatives et son apport au tissu social, à la vie citoyenne de Vancouver ainsi qu’à sa vitalité culturelle. Et tout cela à grand renfort d’imagination, d’engagement et de détermination alors qu’elle est largement minoritaire. La langue seconde après l’anglais est résolument le mandarin aujourd’hui à Vancouver. Qu’à cela ne tienne, la communauté francophone de la Colombie Britannique aura tout fait, tout mobilisé, pour que résonne et rayonne le fait français au cœur des Jeux olympiques et paralympiques. Il fallait que cette grande fête de l’hiver, de l’excellence, du dépassement et de la fraternité soit des plus inclusives.

Nous, francophones de ce pays, à majorité anglophone, nous, francophones de ce continent, savons ce qu’il faut de ténacité et de créativité pour défendre et promouvoir cette langue que nous avons en partage et que nous aimons de tout notre coeur. Cette langue française dont la survie, comme j’aime à le rappeler, ne doit pas être que l’affaire des francophones et des francophiles, mais assurément l’affaire de tout le monde.

Parce que nous avons cette conscience aiguë de la valeur de notre langue, surtout en milieu minoritaire, nous sommes d’autant plus sensibles à l’importance de préserver la diversité culturelle et linguistique au cœur du patrimoine de l’humanité et pour son plus grand bien.

Souhaitons que tous les efforts déployés ici, aux Jeux olympiques de Vancouver, en vue d’assurer l’usage et la visibilité de la langue française ne soient pas que circonstanciels, que pour le temps des Jeux, mais qu’ils constituent une valeur ajoutée, un legs à préserver et à cultiver.

Ces efforts renvoient d’ailleurs aux mêmes principes énoncés par Pierre de Coubertin lorsqu’il ranima l’antique tradition de l’olympisme en vue de favoriser le dialogue des cultures et le respect de la dignité humaine.

Amis francophones et francophiles d’ici et d’ailleurs, j’estime que l’espoir que le Canada représente dans le monde repose en grande partie sur le fait de reconnaître que la langue française est beaucoup plus qu’un héritage.

C’est un espace de rencontre.

Un espace de partage.

Un espace de fraternité.

C’est aussi et surtout une façon de célébrer et de propager une vision singulière du monde qui se décline en une multitude d’accents, d’histoires et d’expériences à mettre en commun.

Comme le disait si magnifiquement Senghor, le poète et grand visionnaire de la Francophonie, « le français, ce sont les grandes orgues, qui se prêtent à tous les timbres, à tous les effets, des douceurs les plus suaves aux fulgurances de l’orage ».

Il est bon de le rappeler et d’en tirer fierté, en ce moment précieux qui nous rassemble.

Longue vie à la francophonie!