Dialogue jeunesse à Vancouver

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Dialogue jeunesse de la gouverneure générale pour la Trêve olympique : promouvoir la compréhension mutuelle »

Vancouver, le jeudi 11 février 2010

Comment allez-vous?

Permettez-moi d’abord de rendre hommage aux Premières nations de Lil’wat, de Musqueam, de Squamish et de Tsleil-Waututh, sur les terres desquelles nous nous trouvons ce matin.

C’est un honneur de célébrer avec vous la Trêve olympique de Vancouver 2010, considérant qu’il s’agit de la première fois dans toute l’histoire des Jeux olympiques que le comité organisateur considère des peuples autochtones comme des partenaires officiels des Jeux.

Nous devrions tous nous sentir fiers de vivre ce moment historique!

C’est aussi la première fois que le Canada prend l’initiative de créer des activités et tout un programme autour de la Trêve olympique.

Tout cela rend l’événement que nous vivons ensemble ce matin et ce dialogue entre nous d’autant plus inspirant.

C’est absolument formidable que vous ayez répondu en si grand nombre à ce rendez-vous.

Je me sens déjà remplie de votre énergie!

Avec la prière émouvante de l’Aîné Grant et la danse de solidarité squamish, nous avons commencé notre journée de paix inspirés par la sagesse et les riches cultures des premiers habitants de ce territoire.

Sous l’égide de la Trêve olympique, nous sommes guidés par l’esprit universel d’amitié, de réciprocité et de respect qui a illuminé les Jeux olympiques depuis leurs tout premiers débuts en Grèce, voilà près de trois mille ans.

Même si elles ont des origines très différentes, ces deux traditions — la tradition autochtone et la tradition européenne — partagent une croyance dans une union cosmique qui nous lie tous dans un cercle d’interdépendance et qui rattache chacun de nos gestes et chacune de nos pensées à la force créatrice de l’univers.

Cette vision du monde holistique nous enseigne que pour percevoir l’harmonie universelle et la mettre en pratique dans nos vies, nous devons apprendre à voir au-delà des différences qui tendent à nous diviser, et trouver le renouveau, la guérison et l’unité dans les valeurs et les aspirations que nous partageons.

Cependant, dans un monde fragmenté par tant de divisions — idéologiques, religieuses, ethniques, linguistiques — comment cet idéal d’harmonie globale au sein de la famille humaine peut-il se concrétiser dans nos collectivités, dans notre société et dans le monde entier?

Les Grecs anciens nous ont laissé quelques pistes de réflexion intéressantes.

Nous avons avec nous le maire d’Olympie que nous avons eu le grand plaisir de rencontrer, n’est-ce pas Jean-Daniel, lors d’une récente visite d’État en Grèce pour recueillir la flamme olympique. Il pourra nous parler de sa ville Olympie qui est le berceau des Jeux.

Les Grecs anciens ont cru en la force de l’art et des sports pour atténuer les tensions, cultiver le dialogue entre peuples voisins et prévenir les divisions et les guerres entre cités rivales.

Et la Trêve olympique est donc née de cet impératif.

Les premiers peuples de cette terre appelée le Canada nous ont aussi laissé des solutions intéressantes.

Pensez seulement au potlatch, une somptueuse cérémonie de dons qui, de l’avis de nombreux chercheurs, a aidé à redistribuer la richesse à des populations vulnérables et à promouvoir la paix entre les Premières nations voisines.

Je crois comprendre que certains d’entre vous ont déjà participé à une énorme cérémonie de potlatch cette semaine au Rassemblement de la jeunesse autochtone.

Comme c’est excitant!

L’esprit de la Trêve olympique et des traditions autochtones nous rappelle que la paix ne consiste pas seulement à mettre fin aux guerres ni à stopper la prolifération des armes.

Pour paraphraser le grand penseur et poète martiniquais Aimé Césaire, la paix, c’est aussi parvenir à « humaniser l’humanité ».

C’est apprendre à ouvrir notre cœur aux personnes dans le besoin.

À compatir avec l’autre qui souffre.

À tendre la main à quelqu’un que nous ne connaissons pas.

La paix exige que nous fassions preuve de vigilance pour réduire les inégalités sociales et économiques et pour lutter contre l’exclusion sociale.

La paix exige l’audace de contribuer à répandre une culture de réconciliation et de compréhension mutuelle.

Elle signifie faire un pas de plus vers les autres, respecter leur dignité, leur identité et parfois leur douleur, autour de nous, à la maison et à l’étranger.

Au Canada, nous nous sommes engagés dans cet exercice en créant notre première Commission de la vérité et de la réconciliation pour jeter la lumière sur la sombre histoire des infâmes pensionnats pour Indiens.

C’est un moment historique.

Pendant plus d’un siècle, des milliers d’enfants autochtones ont été arrachés à leur famille, leur collectivité et leur culture, et soumis à l’assimilation forcée et aux mauvais traitements.

À cause de cela, tous les Canadiens ont été dépossédés des langues et des cultures ancestrales qui sont nos racines les plus profondes dans ce continent.

Au cours des quatre prochaines années, la Commission de la vérité et de la réconciliation voyagera à la grandeur du pays pour inviter des Autochtones et des non-Autochtones à confronter ensemble l’histoire, à examiner ce douloureux héritage et à trouver de nouvelles façons de vivre ensemble. C’est un dialogue pour la justice et un engagement envers la dignité et la solidarité humaines.

Je crois que c’est par notre volonté de chercher la vérité dans toute sa clarté et de racheter les torts passés que nous sommes considérés comme un brillant symbole de la paix aux yeux du monde.

Parce que nous avons montré qu’il est possible de nous unir autour d’un idéal commun et de briser les barrières qui semblaient impossibles à surmonter.

C’est ce même idéal, cette volonté de changement que je sens bien vivants dans notre cercle ce matin.

Regardez un moment autour de la pièce.

Nous voilà : Autochtones et non-Autochtones, Noirs, Blancs et Asiatiques, gens de toutes confessions, francophones et anglophones, jeunes et vieux, de tous les milieux et de toutes les professions.

Nous reflétons la riche diversité qui est le Canada d’aujourd’hui, un pays qui contient le monde.

Par notre engagement commun à améliorer notre société, nous incarnons un esprit de bienveillance, si essentiel dans une ère où prime la mentalité du « chacun pour soi et pour son clan ».

Pensons aux millions de gens que la crise financière mondiale a affaiblis.

Souvenons-nous de tous les peuples déplacés à la suite de violents conflits.

N’oublions pas nos frères et nos sœurs d’Haïti qui s’accrochent désespérément à la vie après le terrible séisme du 12 janvier dernier qui a dévasté le pays.

Pensons aux centaines de femmes disparues au Canada, en grande partie des Autochtones.

Tout cela nous rappelle que le monde a grand besoin d’une éthique de partage.

C’est ici et maintenant que nous devons répondre à l’appel à l’action.

Comme nous l’avons vu lors de la mobilisation massive, presque sans précédent, pour aider les victimes du tremblement de terre en Haïti, nous avons tous le pouvoir de changer les choses, que ce soit dans notre entourage immédiat ou de l’autre côté de la planète.

Il s’agit souvent de poser de petits gestes – du local au global – tout en restant fermes dans notre volonté de bâtir un monde où n’importe qui, n’importe où, peut se développer à sa pleine mesure.

À mon avis, c’est là où vous entrez en jeu, vous, les jeunes du Canada, les jeunes du monde.

Depuis que j’ai commencé mon mandat en tant que 27e gouverneure générale du Canada, j’ai vu comment vous collaborez, à travers toutes les frontières, pour changer vraiment les choses dans vos collectivités.

Souvent à l’aide des arts, des nouvelles technologies de l’information et du sport, vous réussissez l’impossible, souvent avec très peu de ressources.

Nous disons souvent que les jeunes sont l’avenir.

Mais il est grand temps de reconnaître, je crois, que les jeunes sont en fait les chefs de file d’aujourd’hui.

C’est ici et maintenant que nous devons écouter ce que vous avez à dire.

Donc, je suis ici aujourd’hui parce que je crois en votre capacité à changer les choses et je crois en votre message d’espoir.

J’aimerais vous entendre parler des défis auxquels vos collectivités sont confrontées et des solutions que vous pouvez imaginer.

J’aimerais aussi savoir comment, à votre avis, nous pouvons travailler ensemble — tous les secteurs de la société, toutes les générations et tous les groupes ethniques, linguistiques et nationaux — pour concrétiser les idéaux olympiques de paix, de respect et d’amitié.

Nous avons tous une contribution à apporter.

Chaque geste compte.

Aucun de nous n’est seul dans cette entreprise.

Je suis impatiente d’entendre ce que vous avez à dire.

La parole est à vous.

Merci!