BLOGUE : Ce qui me donne espoir?

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15 janvier 2010

par Son Excellence Michaëlle Jean

« Chaque épreuve est l’occasion de renouer avec l’essentiel et d’apprendre de ce qui nous arrive pour mieux résister et revenir à la vie. »

C’est ce que me disait ma grand-mère et j’ai toujours estimé qu’elle parlait de la voix de tous nos ancêtres et que là se trouvait la clé de cette résilience du peuple haïtien dont on parle tant et qui est indissociable de son histoire.

Survivre à 350 ans d’esclavage et de colonisation, puis mener une révolution pour s’en affranchir qui donnera naissance, en 1804, à la  République d’Haïti, la première république de filles et de fils d’esclaves Noirs à voir le jour au nom des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité.

Survivre à des décennies de dictatures, d’oppression militaire et de coups d’État mais lutter avec acharnement pour la reconquête des droits et des libertés.

Survivre au quotidien dans des conditions infâmes, dans la misère, sur une terre dévastée par l’érosion et affronter sans recours toutes les injustices et les inégalités de même que les affres du crime organisé qui profite de la précarité pour semer la terreur.

Survivre à la fois à la crise alimentaire et à la crise financière mondiales et à tant de catastrophes naturelles. La liste des déveines est longue.

Il a fallu tenter chaque fois de se relever en gardant espoir et en souhaitant que le reste du monde ne détourne pas le regard.

Haïti connaissait récemment un peu plus de stabilité politique et était sur le point d’entreprendre un tournant majeur grâce à un plan national de reconstruction et de développement humain et durable qui lui aurait enfin permis de sortir de l’assistance chronique.

Le sort en a voulu autrement le 12 janvier dernier autour de 17 heures quand la terre a tremblé avec une fureur destructrice. La suite nous la vivons depuis, d’heure en heure, et nos cœurs s’endeuillent chaque jour davantage.

« Chaque épreuve est l’occasion de renouer avec l’essentiel et d’apprendre de ce qui nous arrive pour mieux résister et revenir à la vie », n’est-ce pas grand-mère ? 

Tout en pleurant les morts et en essayant de soulager les vivants, l’essentiel désormais est de constater l’étendue des gestes de solidarité venant du monde entier pour que la population d’Haïti sache qu’elle n’est pas seule. Cette immense fraternité qui s’exprime nous apprend que l’humanité se construit lorsque cesse l’indifférence et que les forces réunies peuvent conjurer le pire des sorts.

Ce qui me ramène à la vie et me redonne espoir, ce sont tous ces messages qui me parviennent, de sympathie et de solidarité avec les familles endeuillées, sinistrées, plongées dans l’angoisse, accablées par cette hécatombe.

Ce qui m’aide à contrer le pessimisme et le sentiment d’impuissance, ce sont toutes ces initiatives de chez nous au Canada, venant d’individus, de communautés, de municipalités, de gouvernements, d’institutions, d’entreprises, d’associations professionnelles, d’ONG, d’artistes, qui, d’un bout à l’autre du pays et d’aussi loin que le Grand Nord, veulent contribuer aux efforts d’urgence.

Il importe que nous sortions tous et toutes de là grandis, et nous n’y arriverons qu’à la condition que de cette tragédie émerge un projet qui permette à Haïti non seulement de survivre, mais d’assumer pleinement sa destinée.