Ce contenu est archivé.
Dialogue jeunesse sur l’expérience canadienne en matière de réconciliation
Vukovar (Croatie), le mardi 27 octobre 2009
C’est avec beaucoup d’émotion et d’humilité que je me joins à vous aujourd’hui pour partager ce moment spécial de dialogue et d’échange sur une question très chère à mon cœur : la réconciliation.
Permettez-moi tout d’abord de vous dire à quel point je me sens privilégiée d’engager un dialogue avec vous, à l’école secondaire de Vukovar, et de vous raconter ma propre histoire.
Je suis née en Haïti, le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental, à une époque où il a subi les ravages d’une dictature sans merci.
Je me rappelle, quand j’étais petite, avoir appris la disparition d’amis et de gens de la famille.
Je me rappelle avoir vu les maisons de nos voisins mises en feu.
Je me rappelle avoir été témoin de l’arrestation de mon père et de l’avoir vu torturé.
Après qu’il eut été relâché, je me rappelle que ma mère a cherché asile dans des ambassades étrangères.
Je me rappelle que des amis de ma famille se faisaient exécuter.
C’est en partie ce que j’ai vécu quand je grandissais en Haïti.
Choisissant la vie pour échapper à une mort presque certaine, mes parents ont décidé de fuir et de se réfugier au Canada.
Nous sommes arrivés en tant que réfugiés, un matin très froid de l’hiver, dans une petite ville minière appelée Thetford-Mines, dans la province de Québec.
Le Canada que j’ai découvert était une terre de liberté.
Nous nous sentions enfin à l’aise d’exprimer nos opinions ouvertement et librement.
Nous avions la nette impression d’être arrivés dans un pays aux possibilités infinies.
Pourtant, il a fallu nous habituer à un monde complètement différent, où nous étions en minorité.
La couleur de notre peau était différente, et nous étions considérés comme des objets de curiosité.
Certaines personnes nous ont même rejetées, parce que nous étions différents.
Parce que nous étions des immigrants.
Parce qu’il y avait des préjugés.
Par ignorance.
Et le racisme est alimenté par l’ignorance.
Le racisme entraîne l’exclusion.
C’est un souvenir douloureux, mais un souvenir absolument nécessaire, de la vigilance dont il faut faire preuve pour empêcher que la haine ne se répande de cœur en cœur, de collectivité en collectivité, de génération en génération.
Aucune collectivité, aucune société, ni aucun peuple ne peut aller de l’avant en excluant les minorités.
Au Canada, les gens veillent les uns sur les autres. Je me rappelle que chaque fois que nous étions confrontés à un problème, nous pouvions compter sur plusieurs organismes qui étaient heureux de nous aider.
Car l’esprit de solidarité définit notre vivre ensemble, notre harmonie sociale, le sens même de notre citoyenneté commune.
Me voici aujourd’hui, gouverneure générale et commandante en chef du Canada, ce pays qui est le mien et dont je suis fière.
Chacune et chacun a son histoire.
Mais vous pouvez sans doute vous identifier à la mienne autant que vous pouvez vous identifier à la vôtre.
Je sais que la mémoire de conflits demeure encore vive dans cette région du monde.
Je sais à quel point il est difficile d’oublier les blessures du passé.
Mais je sais également que la guérison repose sur notre capacité de reconnaître notre douleur et ce que nous avons perdu et de les transcender.
Je sais que ce qui est en jeu, c’est notre volonté de faire en sorte que les forces de la solidarité et de la création puissent vaincre les forces de l’exclusion et de la destruction.
Votre école doit être un lieu d’espoir et de possibilités.
Parce que dans cette école, vous êtes ensemble.
Nous étions impatients de vous rencontrer, et nous aimerions savoir comment vous vivez ensemble dans cette école, située dans la ville de Vukovar.
Qu’est-ce que votre école a de spécial, selon vous?
Est-ce que vous vous fréquentez en dehors de l’école?
Je vous ai fait part tout à l’heure de ma propre expérience du racisme.
Y a-t-il des exemples de racisme autour de vous et, si oui, comment y faites-vous face?
