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Symposium LaFontaine-Baldwin
Iqaluit, le vendredi 29 mai 2009
Merci, M. Saul, de la générosité de votre accueil et de vos mots de présentation.
C’est un bonheur de nous retrouver ici en ce lieu qui nous tient tant à cœur.
Comme vous le savez, je n’en suis pas à ma première association avec le symposium LaFontaine-Baldwin que j’avais eu le bonheur d’animer en 2005, à votre invitation, à Québec.
Permettez-moi de vous dire que j’apprécie la teneur et la portée de cet espace de réflexion incomparable où des citoyennes et des citoyens engagés débattent les enjeux de notre vie démocratique.
C’est un moment émouvant pour nous toutes et tous, mais, particulièrement, je tiens à le souligner, pour John Ralston Saul et pour mon prédécesseur, la très honorable Adrienne Clarkson, dont je salue devant vous l’engagement indéfectible à l’égard du Nord et de l’Arctique canadiens.
Cette année marque le dixième anniversaire de la création du gouvernement du Nunavut, dans un territoire étoilé de noms inuits et empreint de sagesse, qui représente deux millions de kilomètres carrés et vingt pour cent de la superficie du Canada.
Cette grande aventure vers l’autonomie gouvernementale, qui se poursuit aujourd’hui avec espoir et ténacité, est née de la volonté des populations de ces terres ancestrales d’acquérir les moyens de gérer elles-mêmes leurs ressources, de prendre leurs propres décisions et de préserver leurs cultures, leurs langues et leur savoir.
Donc ce dixième anniversaire constitue donc, à mon sens, une étape décisive dans l’histoire récente de notre pays et il m’importait de le souligner en effectuant, pour la deuxième fois depuis le début de mon mandat, une tournée de plusieurs communautés du Nunavut.
C’est en outre la cinquième fois que je franchis le 60e parallèle et nous nous rendrons après-demain à Kuujjuaq, au Nunavik.
Ma famille et moi venons tout juste d’être reçus par les collectivités de Rankin Inlet, de Kugluktuk, de Cambridge Bay, de Resolute, de Pond Inlet et de Clyde River.
Et nous espérons que les conditions météorologiques nous permettent de rendre visite aux gens de Pangnirtung, tel que prévu.
Partout où nous sommes allés, nous avons rencontré des femmes, des hommes et des jeunes qui font la richesse de ces communautés.
Je tiens à saluer la chaleur et la générosité extraordinaires avec lesquelles chacune de ces communautés nous a accueillis au cours de notre périple.
C’est une expérience incroyable, pour ne pas dire magique, que l’hospitalité du peuple inuit. Les aîné, les jeunes, les femmes, les hommes nous ouvrent grand les bras et nous offrent le meilleur d’eux-mêmes, si bien que nous, les visiteurs, nous nous sentons comme si nous faisions partie intégrante de la communauté.
Au moment du repas, rien d’étonnant, donc, qu’ils partagent le cœur avec vous.
Vous devez simplement savoir comment l’accepter et l’apprécier.
Par ailleurs, permettez que je vous dise à quel point il m’était important, tout au long de cette tournée du Nord, d’amorcer un dialogue avec les jeunes, qui forment plus de la majorité de la population.
J’ai voulu leur faire savoir que nous étions à l’écoute de leurs rêves et que nous étions convaincus de leurs possibilités.
J’ai voulu leur rappeler, ainsi qu’à toutes les Canadiennes et à tous les Canadiens, que la protection de notre souveraineté dans l’Arctique et le Nord implique le respect des populations qui l’habitent et qui nous ont précédés sur ce continent et qu’elle doit s’y enraciner.
Rappelons-nous toutes et tous que la ressource la plus précieuse de l’Arctique, ce sont ses habitants.
Il est donc impératif que les jeunes du Nord aient les outils à leur disposition pour participer à la fois au développement de leurs communautés et à la prospérité nationale.
Notre fille, Marie-Éden, qui s’est fait beaucoup d’amis dans le Nord, m’a dit que le Nord est la « terre des enfants ».
En effet, nous avons découvert toute une génération d’enfants et de jeunes dans le Nord qui aspirent à devenir des professionnels dans tous les domaines et les champs d’activité imaginables. Partout où je suis allée, cependant, ils ont réclamé plus de soutien.
Avec une confiance et un courage qu’ils ont affiché fièrement tout au long de la visite, ils nous ont tous encouragé de continuer à répondre positivement à leur demande d’appui.
Ne sont-ils pas les héritiers d’une histoire de résilience, de sagesse et d’ingéniosité aussi vitale de nos jours?
À l’heure où le monde est de plus en plus conscient des changements climatiques et de leurs répercussions néfastes sur l’environnement, le peuple inuit s’impose comme un modèle d’utilisation durable des ressources naturelles.
Comme nous le rappelait notre conférencière et amie, Sheila Watt-Cloutier, à l’occasion de la Conférence canadienne du Gouverneur général sur le leadership, en 2008, « la situation est devenue de plus en plus urgente. Tout le monde doit être au courant de ce qui se passe en Arctique et des revendications de l’Arctique pour nous tous dans le Canada méridional et pour le restant du monde ».
J’ai effectué récemment une visite d’État en Norvège et je me suis rendue à plus de 400 kilomètres au nord du Cercle polaire, dans la ville de Tromsø.
Dans cette ville, j’ai été vivement impressionnée de trouver une université offrant un éventail de programmes complet où étudiants same, norvégiens et d’ailleurs partagent connaissances et expériences.
Cette institution remarquable sert de puissant instrument de développement humain et économique.
C’est aussi une source d’inspiration, un modèle à imiter.
Unissons nos efforts, notre savoir-faire et nos connaissances pour faire avancer cette idée d’une université canadienne dans le Nord.
C’est d’ailleurs à Tromsø que j’ai tenu à organiser un dialogue fructueux entre représentants same, inuits et d’autres leaders autochtones du Canada, dont le premier ministre des Territoires du Nord-Ouest, M. Floyd Roland.
Cette ouverture au dialogue entre et avec les peuples du Nord, une ouverture ancrée dans la façon des Inuits de voir le monde, m’apparaît vitale.
C’est dans cet esprit de partage et de solidarité que je conçois ma présence à ce premier symposium LaFontaine-Baldwin dans le Nord.
Cet esprit qui, comme l’affirme pertinemment John Ralston Saul, en s’inspirant de l’héritage des Premières Nations, des Métis et des Inuits, se fonde « sur l’idée d’un cercle qui s’élargit et s’adapte au fur et à mesure que de nouvelles personnes s’y joignent ».
Et, en ce cercle, élargi à la grandeur du monde, je vois scintiller, sous l’Étoile polaire, un inukshuk, ce guide de pierre qui veille sur ces étendues infinies et nous indique la voie de l’avenir.
Merci. Je suis impatiente d’entendre notre conférencière et de participer à la discussion.
