Son Excellence Jean-Daniel Lafond - Point des arts sur la musique

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Point des arts sur la musique

Toronto, le lundi 2 mars 2009

C’est la 35e fois ce soir que nous tenons un forum du Point des arts, mais c’est la première fois que nous sommes les hôtes d’un forum ici, à Toronto. Lors de nos déplacements partout au Canada, dans les provinces et les territoires, mais également à l’étranger, la gouverneure générale et moi tenons à organiser des forums comme celui d’aujourd’hui. Ces espaces de dialogue nous permettent d’échanger avec les acteurs de la communauté culturelle; ces artistes, gestionnaires, décideurs, universitaires et autres citoyens qui font vivre la culture au quotidien. J’aimerais souligner, comme vient de le faire mon épouse, la présence parmi nous de lauréats des Prix du Gouverneur général pour les arts de la scène de 2009. J’aimerais également remercier, au passage, nos collaborateurs dans l’organisation du forum de ce soir : la Fondation des Prix du Gouverneur général pour les arts de la scène, ainsi que la Ville de Toronto et son maire, monsieur Miller.

Pour aborder la question de la musique et de sa capacité à nous rassembler, il nous faut d’abord cerner les contours de notre objet en opérant une double distinction : les musiques « savantes », appartenant à la culture légitime et enseignée dans des institutions, et les musiques folkloriques, transmises oralement de génération en génération et attachées à des traditions culturelles.

Par musique populaire moderne on peut entendre les courants musicaux qui se succèdent dans nos sociétés modernes, depuis l'apparition du rock dans les années 50, puis avec la pop, le rap, etc., jusqu'aux musiques électroniques qui sont les plus récentes.

Si les courants musicaux se succèdent ainsi de génération en génération, c'est qu'ils sont avant tout écoutés et portés par les jeunes. On peut dire que le rock a été la première musique populaire ainsi attachée à la jeunesse.

Selon Edgar Morin, la jeunesse prend conscience d'elle-même comme classe d'âge particulière ayant son propre champ imaginaire et ses propres modèles culturels dans les années 50. Après s'être investi dans le cinéma, avec notamment James Dean, expression typique de l'adolescence, la jeunesse se fixe sur le rock, la musique et la danse.

Il me semble important aujourd’hui se s’arrêter sur l’importance de la relation entre musique populaire et jeunesse, en essayant de répondre à cette interrogation : pourquoi chaque génération de jeunes est-elle ainsi attachée à un courant musical ? Cela nous donne en l'occasion d'interroger la fonction de la musique et la place de l’action musicale dans le rapport à la socialisation et à l'institutionnalisation.

Pour comprendre pourquoi chaque génération voit l'apparition d'un nouveau courant musical populaire, il faut saisir la nature de la relation entre musique populaire et jeunesse.

Première hypothèse, la musique est fonctionnelle, c'est-à-dire qu'elle découle de l'événement dans lequel elle est inscrite. La musique populaire est fonctionnelle de diverses manières : elle est le point nodal autour duquel s'expriment des effervescences festives d'une part, elle est aussi un moyen de socialisation pour la jeunesse qui va expérimenter à travers elle un rapport au monde, l'engagement dans des rôles sociaux et par là une construction de soi. Dans ce groupe d'enjeux, la musique n'a pas de valeur en elle-même, ses qualités esthétiques passent au second plan au regard des efficacités qu'elle porte

Seconde hypothèse. Dans un autre mode de participation au fait musical, la musique a  une valeur esthétique. Si dans le premier cas la musique est moyen du collectif, elle est ici activité artistique. Une musique populaire porte alors aussi l'enjeu de la constitution d'un « monde de l'art », au sens d'H.S. Becker. Des professions s'établissent, des conventions musicales naissent et, parallèlement, la musique devient un but en soi.

Pour moi, le débat s’organise entre ces deux pôles.

En avant la musique!