Remise des parchemins aux officiers généraux et amiraux

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Remise des parchemins aux officiers généraux et amiraux

La Citadelle, le lundi 14 septembre 2009

Je suis heureuse de vous accueillir à la Citadelle en compagnie de vos familles, alors que vous vous apprêtez à franchir une étape décisive de votre carrière dans les Forces canadiennes.

Je prends donc très au sérieux le geste que nous posons ce matin.

À vous qui êtes promus dans des postes de haut commandement, je vous confie une mission.

Une mission d’une importance capitale, alors que les Forces sont mises à contribution plus que jamais : celle de prendre soin des femmes et des hommes sous vos ordres.

Je vous sais dans une position difficile, voire paradoxale.

D’une part, vous devez appuyer vos troupes, leur offrir les ressources nécessaires et veiller à leur sécurité.

D’autre part, vous devez exiger d’elles de grands sacrifices et les soumettre à tous les dangers.

C’est une responsabilité qui nécessite de votre part que vous meniez par l’exemple, dans les paroles comme dans les gestes.

C’est une responsabilité qui nécessite que vous incarniez aux yeux de ceux et celles que vous dirigez les valeurs militaires les plus nobles, telles que le devoir, l’honneur, le professionnalisme et le courage.

Ce n’est qu’à cette condition que vous gagnerez leur loyauté et leur respect.

Quel que soit votre grade, vous avez tous et toutes fait le choix d’entrer dans les Forces, et ce qui vous importe le plus est de « faire une différence ».

Sachez que je respecte profondément ce choix.

Cela dit, je ne suis pas sans connaître les pressions qui s’exercent sur vous et sur vos familles qui se tiennent à vos côtés, puisque mon rôle à titre de commandante en chef consiste justement à vous écouter, à vous appuyer, à vous encourager.

Les militaires que je rencontre et que je côtoie me parlent souvent des absences répétées, pendant de longues périodes.

De l’inquiétude de part et d’autre.

Du retour difficile après une mission.

Je ne peux rester indifférente.

De plus, je dois vous avouer que mon cœur est lourd.

Lourd du poids des pertes qu’ont connues les Forces et le pays tout entier, de la douleur des pères et des mères, des partenaires de vie et des enfants, des frères et des sœurs qui ont perdu un être cher en Afghanistan, du traumatisme des blessés.

Je suis allée si souvent à Trenton cette année, accompagner sur le tarmac les familles endeuillées. Et nous y retournerons encore cette semaine pour saluer un autre de nos jeunes militaires mort en devoir, le soldat Patrick Lormand du Royal 22e régiment, cantonné à Valcartier.

En guise d’hommage au soldat Lormand, je tiens à témoigner personnellement de cette mission à laquelle il a courageusement donné le meilleur de lui-même jusqu’au sacrifice de sa vie. Car, il y a à peine trois jours, j’étais avec le chef d’État Major, aux côtés de nos soldats là-bas, pour saluer leur travail difficile et combien remarquable.

Pour mesurer leurs réalisations sur le terrain, j’ai rencontré et écouté plusieurs représentants de la société civile afghane, ces femmes et ces hommes par qui la vie résiste en Afghanistan, face à la barbarie, face aux injustices et face à la misère et dont nous n’entendons jamais parler, sinon à peine.

Ces citoyennes et ces citoyens afghans partisans du progrès, de la démocratie, de la paix à construire, du pays à rebâtir, du respect des droits et libertés, de l’émancipation des femmes, de l’éducation, du développement, et dont le Canada soutient les efforts et les initiatives pour promouvoir des solutions afghanes viables aux problèmes afghans.

Tous m’ont dit à quel point les efforts de nos militaires pour assurer la sécurité des lieux, la protection de la population, tout comme la contribution de l’Agence canadienne de développement international et de tous les autres partenaires civils du Canada sont déterminants pour les aider à aller de l’avant face aux forces de destruction qui sont à l’œuvre dans le pays.

À l’école primaire Sayad Pacha, construite en 2008 à Kandahar grâce à l’aide du Canada, les filles et les garçons m’ont dit clairement et dans leurs mots que leur plus grand souci est la sécurité, essentielle pour reconstruire leur pays dévasté par des décennies de guerre, cruciale pour aller au bout de leurs rêves.

Ils m’ont eux aussi exprimé leur reconnaissance envers tous ces soldats qui s’exposent aux pires dangers pour les protéger. Ils les voient à l’œuvre, patrouiller, dépister des engins explosifs, déminer, défendre des communautés contre les incursions des terroristes, en prenant tous les risques.

Je me suis rendue à l’hôpital de la base, Role 3, où les équipes médicales des Forces canadiennes s’affairent avec cœur et professionnalisme, jour et nuit, à  soigner sans distinction civils et militaires, qu’ils soient Afghans ou membres de la coalition de l’OTAN.

Au nombre des patients, trois enfants étaient traités pour des mutilations et des brûlures sévères, victimes d’une bombe artisanale sournoisement enfouie dans le sol. Le personnel était en deuil, désolé de n’avoir pu sauver la veille deux autres petits, morts dans leurs bras. Je sais qu’ils pleurent aujourd’hui le soldat Lormand.

Nous perdons un citoyen exemplaire.

Cet après-midi, j’irai rencontrer des militaires blessés à l’Institut de réadaptation en déficience physique du Québec. Il me tarde de les entendre me parler de ce qu’ils ont vécu, certes, mais aussi de ce qu’ils espèrent et comment ils voient la suite des choses.

De plus en en plus, les blessés peuvent réintégrer les Forces et y jouer un rôle à part entière, et je tiens aujourd’hui à saluer ces progrès remarquables.

Il ne faut pas que les Forces et le pays abandonnent les hommes et les femmes qui ont mis leur vie en péril en leur nom et au nom des valeurs que nous défendons.

De plus, je loue les efforts déployés pour apporter aide et soutien aux familles. Les centres de ressources aux familles sont des modèles qui, je l’espère, deviendront des sources d’inspiration.

Officiers généraux et amiraux, je compte sur vous pour offrir non seulement un leadership solide, mais du soutien aux militaires et à leurs familles.

Que l’idéal de justice et de liberté ne cesse jamais de nourrir votre engagement. Qu’il anime aussi vos collègues et les soldats sous votre gouverne.

Je vous souhaite franc succès et vous assure de ma profonde gratitude et de mon appui indéfectible.

Je vous remercie.