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Remise du Prix Michener pour le journalisme
Rideau Hall, le mercredi 10 juin 2009
Mon mari Jean-Daniel Lafond et moi-même sommes enchantés de vous accueillir à Rideau Hall, à l’occasion de cette édition de la remise du Prix Michener, du nom de mon prédécesseur, dont la devise était « La vérité au service de la liberté ».
Cette devise pourrait être également et justement celle de la profession journalistique.
Or, la journaliste que j’ai été et la gouverneure générale que je suis savent le rôle vital que joue le journalisme dans l’affirmation de la responsabilité citoyenne d’une communauté, d’un pays, du monde.
Je le sais parce que j’ai grandi dans un pays où l’on assassinait les journalistes qui osaient défier la censure et le despotisme.
Je le sais parce que j’ai pratiqué ce métier en gardant en tête et dans le cœur l’exemple de ces journalistes qui traquaient la vérité, souvent au péril de leur vie.
Je le sais parce que dans le cadre des visites d’État et officielles que j’effectue en Afrique, en Afghanistan, en Amérique du Sud, en Europe, à titre de gouverneur général du Canada, de même que dans mes déplacement à la grandeur de notre pays, les plumes, les micros et les caméras que braquent les journalistes sur le monde sont autant d’instruments de sensibilisation et de transformation sociale.
Et comme je l’affirmais lors d’un dîner de la Presse canadienne, en 2006, à Halifax, le rôle du journaliste ne consiste pas seulement à rapporter l’actualité, mais à tendre vers le monde un miroir qui soit un instrument d’interrogation, plutôt qu’un miroir aux alouettes.
D’autant plus que le monde dans lequel nous sommes engagés aujourd’hui a parfois l’opacité d’une énigme, faute de repères, de toutes pistes de réflexion et d’analyses.
Quantité d’informations nous parviennent, nous interpellent voracement à tous les instants et nous laissent souvent pantois sinon éberlués, sans le recul nécessaire à la réflexion.
Alors, à un monde qui semble toujours en crise, parce que souvent bafoué dans sa dignité, défiguré en ses beautés, divisé en ses fragilités, réchauffé en ses pôles, et assailli par les soubresauts de la haute finance, il importe d’opposer le pouvoir de la réflexion, de l’approfondissement, de l’élucidation.
Et c’est, à mon sens, la fonction la plus cruciale, et je dirais la plus noble, du métier que vous pratiquez.
Je crois profondément et de façon indéfectiblement en un journalisme qui s’obstine dans l’art de réfléchir, dans l’art de la nuance.
Et j’ajouterais que c’est un art « d’écouter la vie qui se vit », pour reprendre autrement la formule de l’écrivaine Nicole Brossard, un art qui peut nous aider à en tirer des enseignements porteurs de sens et d’avenir.
C’est un art que maîtrisent admirablement les six finalistes honorés aujourd’hui : leur quête de vérité, et osons le mot, leur entêtement, ont eu une incidence réelle et déterminante sur l’ensemble de la société.
Qu’il s’agisse d’une investigation sur l’usage du pistolet à effet paralysant, sur la gouvernance d’une institution d’éducation post-secondaire, sur l’efficacité du système des appels d’urgence 911, sur les mesures pour contrer la propagation de l’infection en milieu hospitalier, sur le niveau élevé de plomb dans des jouets vendus au pays ou de l’amélioration du soutien à l’enfance des Premières Nations du Canada, les faits au service de la vérité ont chaque fois eu raison de l’immobilisme.
Que les finalistes soient remerciés et félicités chaleureusement.
Félicitations également à Ed Struzik, journaliste senior au Edmonton Journal, récipiendaire de la Bourse Michener-Deacon 2009.
Le projet d’Ed Struzik, qui vise à mieux faire comprendre aux Canadiennes et aux Canadiens la problématique de la souveraineté sur l’Arctique, me touche particulièrement.
Comme vous le savez, je reviens à peine d’une tournée de l’Arctique canadien à l’occasion du 10e anniversaire de la création du gouvernement du Nunavut et, comme chaque fois que je franchis le 60e parallèle, à la rencontre des populations, je suis frappée par la générosité et l’ingéniosité de ces femmes, de ces hommes, de ces jeunes, qui habitent depuis des millénaires ces belles et majestueuses terres qui occupent aujourd’hui plus de 20 p. 100 de la superficie de notre territoire.
Tout aussi frappante, et regrettable, est notre méconnaissance des réalités, des traditions, des réalisations et des richesses de l’Arctique, et le travail de M. Struzik contribuera à y remédier, j’en suis sûre, avec sensibilité et lucidité.
À vous tous ici présents, j’aimerais enfin vous remercier de cœur et d’esprit pour la vigilance constante avec laquelle vous pratiquez votre métier et pour le souci inlassable grâce auquel vous éclairez notre questionnement sur le monde.
Vous êtes nos éclaireurs, et grâce à vous, le monde est un peu moins confus et nous nous sentons un peu moins déroutés.
Mille mercis.
