Point des arts sur la musique

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Point des arts sur la musique

Toronto, le lundi 2 mars 2009

Bienvenue à ce Point des arts sur la musique qui nous rassemble, cette fois-ci, en plein cœur de Toronto, ville multiculturelle à nulle autre pareille.

Là où il y a de la musique, les barrières tombent, de nouvelles possibilités s’offrent à nous et l’espoir renaît dans nos cœurs et nos esprits.

Nous ne sommes plus hantés par le spectre de la tourmente, de l’inégalité et du désespoir.

Nous ne sommes plus affligés par la plaie du sectarisme, des préjugés et de la mentalité du « chacun pour soi, chacun pour son clan ».

La musique fait de nous, Chers amis, tout simplement des sœurs et des frères du genre humain, heureux de vivre et d’être ensemble, emportés par un même rythme.

Et c’est bien dans cet esprit que nous sommes réunis aujourd’hui.

Pour parler de la musique qui nous rassemble, quelle qu’elle soit : classique, jazz, hip hop, rock, salsa, reggae, bhangra, et j’en passe.

Plus que jamais, les musiques sont appelées à se décloisonner au rythme des cultures qui s’entremêlent, s’influencent mutuellement, se nourrissent les unes des autres, comme c’est le cas ici à Toronto, ville cosmopolite par excellence, au carrefour de toutes les tendances, dont nous célébrons cette année le 175e anniversaire.

De plus en plus, les musiques d’hier et d’aujourd’hui, les musiques d’ici et celles d’ailleurs que nous commençons tout juste à découvrir, dialoguent entre elles, jusqu’à créer de nouveaux langages, de nouvelles manières d’imaginer le monde et de nouveaux modes d’expression.

Et c’est tant mieux.

Car c’est ainsi qu’elles nous offrent une protection contre les impératifs du marché qui ont tendance à étouffer et à homogénéiser notre créativité.

En fait, le métissage des styles et des genres musicaux nous permet enfin de célébrer la musique pour ce qu’elle est réellement, c’est-à-dire l’expression d’une identité, une expérience, et une conscience sociale.

Le hip hop, par exemple, est né dans les ghettos afro-américains et portoricains de New York.  

S’inspirant de la réalité de la pauvreté et de la dépossession avec laquelle tant de jeunes sont aux prises, ce genre est une fusion des musiques américaine, antillaise et afro-latine, véritable manifeste populaire en faveur du changement.

Malgré l’évolution du hip hop en une industrie du divertissement qui se chiffre dans les milliards de dollars, où la violence contre les femmes, l’homophobie et le crime sont parfois glorifiés, le hip hop marginal demeure fidèle à ses racines, aidant les citoyennes et citoyens, particulièrement les jeunes, à réapprendre la valeur du dialogue, du débat critique et de l’action concertée.

Au Canada, la culture urbaine est devenue la voix hybride des jeunes défavorisés, qu’ils soient Autochtones, blancs ou d’ascendance africaine, asiatique, latino-américaine, arabe, qui sont en marge des circuits habituels de la production musicale.

Le hip hop, c’est une voix qui retentit maintenant dans le monde entier, lourde de signification pour celles et ceux que la société a exclus.

Une même voix qui transcende les voix de nombreuses cultures distinctes.

Je vois dans l’émergence de nouveaux styles et le métissage des musiques une source de renouvellement et de diversité extraordinaire en cette ère d’uniformisation.  

Et c’est pourquoi je suis ravie que tant d’artistes, de tous les  genres musicaux, aient accepté de partager leur expérience et leur réflexion sur cette musique qui nous rejoint dans ce que nous avons de plus humain.

Ne dit-on pas de la musique qu’elle est un langage universel?

Et je crois que personne n’est mieux placé aujourd’hui pour nous parler de la force unificatrice de la création et du pouvoir de l’art que les artistes urbains.

J’ai donc tenu à ce que certains d’entre eux participent à ce Point des arts.

Dès ma nomination au poste de gouverneur général, j’ai voulu faire de l’institution que je représente un espace de parole, accessible à toutes et à tous, notamment aux jeunes qui sont pour moi une priorité.

À Vancouver comme à Calgary, Winnipeg, Ottawa, Toronto et Montréal, d’anciens membres de gangs m’ont dit franchement,  « Excellence, les arts urbains m’ont sauvé la vie. »

Ce même message, je l’ai entendu lorsque j’ai visité des détenus dans une prison provinciale. Il était évident, encore une fois, que les arts urbains sont un moyen d’inciter ceux qu’on appelle les « jeunes à risque » à déposer les armes afin de travailler de concert avec d’autres jeunes pour transformer leurs quartiers et la société en général en un espace de vie meilleur.

De ces rencontres émouvantes est née l’idée de tenir des Forums sur les arts urbains ici, au Canada, mais aussi à l’étranger.

Grâce à ces forums, j’ai vu de mes yeux à quel point le travail de ces artistes transforme le désespoir et l’indifférence en lueur d’espoir et en action.

J’ai vu que l’on pouvait, grâce aux arts, donner une voix à celles et à ceux qui n’en n’ont pas.

J’ai vu comment les arts peuvent pacifier les tensions et soustraire les jeunes des griffes des gangs de rue et de l’enfer de la drogue.

J’ai vu comment les arts peuvent galvaniser une communauté entière en vue de se débarrasser des gangs, de la violence et du trafic de drogues.

Cela ne diminue en rien la valeur esthétique de l’art en tant que tel.

Il s’agit plutôt d’un moyen d’affirmer qu’il est temps pour nous de reconnaître que l’art a le pouvoir d’inspirer, de guérir, de transformer et de réhabiliter.

Et ce pouvoir, nous devons l’utiliser.

Il nous incombe à toutes et à tous non seulement de continuer à créer et à produire, mais également à transmettre notre art aux nouvelles générations parmi lesquelles plus d’une et plus d’un cherche la main qui va les guider dans la tempête.

Chaque geste compte.

Et chaque action peut faire une différence.

Merci d’avoir accepté notre invitation, à Jean-Daniel, à moi et à toute notre équipe.

Merci également à la ville de Toronto et à son maire, M. David Miller.

Certes, votre engagement n’est pas étranger à la vitalité culturelle de notre métropole. Merci, merci beaucoup.

Et enfin, toute ma gratitude à la Fondation des Prix du Gouverneur général pour les arts de la scène pour sa collaboration formidable.

Nous avons annoncé ce matin le nom des récipiendaires de 2009. Il s’agit de Peggy Baker, Édith Butler, Clémence Desrochers, Robert Lepage, Murray Schafer, Goerge F. Walker, James Fleck et Paul Gross.

Cinq d’entre eux sont parmi nous ce soir, Peggy Baker, Murray Schafer, James Fleck, Paul Gross, et Edith Butler.

Merci d’être là.

Je passe maintenant la parole à mon mari, Jean-Daniel Lafond, à qui l’on doit l’initiative du Point des arts.