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Ouverture de la Conférence des lieutenants-gouverneurs et des commissaires
Iqaluit, le samedi 30 mai 2009
C’est un véritable privilège de franchir pour la cinquième fois le 60e parallèle depuis le début de mon mandat et de nous retrouver à Iqaluit où nous étions venus en 2006.
Je me réjouis que ce soit en ce lieu et parmi ceux-là mêmes qui habitent ces terres depuis des temps immémoriaux, les Inuits, que nous abordions ensemble le Nord.
D’autant que nous célébrons cette année le 10e anniversaire de la création du gouvernement du Nunavut. Nous arrivons d’ailleurs d’une tournée qui nous a conduits aux quatre coins de ce territoire si vaste.
De Rankin Inlet, au nord-ouest de la Baie d’Hudson, à Kugluktuk, à l’embouchure de la rivière Coppermine, et jusqu’à Resolute, le deuxième village habité le plus septentrional du Canada, en passant par Pond Inlet, Clyde River et, bien sûr, Iqaluit, pour se terminer au Nunavik, dans la communauté de Kuujjuaq.
Comme vous le savez sans doute, nous espérons toujours que les conditions météorologiques s’amélioreront pour que nous puissions passer du temps avec les gens de Pangnirtung, comme nous l’avions prévu.
Ces étendues de neige, de pierre, de terre et d’eau qui s’étirent à perte de vue regorgent de canyons et de fjords majestueux, de hauts sommets et de milliers de kilomètres d’espaces encore vierges.
Depuis des temps immémoriaux, le Nord a bénéficié de la protection d’un peuple qui a traversé les âges grâce à son ingéniosité naturelle, à sa sagesse et à son savoir-faire millénaire.
Celles et ceux d’entre nous qui venons du Sud sommes traversés par un sentiment d’admiration et d’humilité.
Le Nord est une région à nulle autre pareille sur la carte du monde dont les principales richesses, bien avant les ressources naturelles, sont son peuple.
Il est intéressant de noter que plus de la moitié de la population inuite a moins de vingt ans.
Cela signifie que, dans certaines communautés, plus de 60 pour cent des résidants sont des enfants et des jeunes.
D’une communauté à l’autre, mon souci a été de prendre le temps de renforcer la confiance des jeunes si nécessaire pour saisir toutes les occasions de s’épanouir.
J’ai voulu engager un dialogue avec eux pour leur montrer que nous sommes à l’écoute de leurs rêves et que nous avons à cœur qu’ils les réalisent.
Pour leur montrer que nous sommes convaincus de leur potentiel.
Pour leur montrer que nous sommes disposés à les soutenir dans leurs aspirations.
J’ai également cherché à les encourager à être fiers de la civilisation inuite, qui a survécu grâce à un savoir sans pareil.
J’ai voulu confirmé aux jeunes que le développement du Nord ne peut et ne doit pas se faire sans eux.
Que la véritable souveraineté nordique et arctique repose sur notre capacité, en tant que pays, de respecter les populations qui y vivent dont les ancêtres ont été les premiers habitants de cette région.
Chers amis, ma visite des communautés du Nord a également été inspirée par ma récente visite au Royaume de Norvège, où j’ai parcouru plus de 400 kilomètres au nord du cercle polaire pour me rendre jusqu’à la ville de Tromsø.
C’est là que j’ai été étonnée de découvrir une université offrant une gamme complète de programmes d’études, allant de la médecine à la musique, en passant par le génie, le droit international, la recherche de pointe et la préservation des cultures ancestrales.
Cette remarquable institution, où Samis, Norvégiens et étudiants étrangers partagent leurs connaissances et leurs expériences, constitue un puissant outil de développement humain et économique.
Cette université est un modèle d’enseignement supérieur dont pourrait s’inspirer le Canada.
À mon retour au pays, j’ai constaté à quel point nous accusons un retard dans la promotion et le financement des études postsecondaires dans le Nord.
Le Canada est le seul pays nordique qui ne possède pas d’université dans sa région du Nord.
La Finlande, la Russie, la Suède, la Norvège, l’Islande et les États-Unis ont chacune et chacun au moins une université dans le Nord.
Cela ne diminue en rien la valeur et la teneur de l’enseignement supérieur dans le Nord. D’ailleurs, les Territoires ont établi un réseau efficace de collèges qui collaborent, en consortium, avec plusieurs universités du Sud.
Cependant, seuls quelques programmes sont offerts, alors que de nombreux jeunes du Nord qui souhaitent poursuivre des études postsecondaires sont forcés de déménager dans le Sud.
Chers amis, il est malheureux que le Canada accuse un retard d’une quarantaine d’années sur d’autres pays pour ce qui est de l’enseignement supérieur dans le Nord.
Ainsi, en entreprenant une tournée dans diverses communautés du Nord canadien, j’ai voulu entendre les membres de la population pour savoir s’ils considèrent qu’il vaudrait la peine d’offrir aux jeunes la possibilité d’avoir une université dans la région.
Et je peux vous dire que leur réponse a été incroyable.
Là où j’allais, les aînés aussi bien que les jeunes, les femmes aussi bien que les hommes, tous ont parlé avec éloquence du besoin urgent d’avoir une telle institution dans la région.
Des enfants et des jeunes au regard étincelant ont parlé avec confiance et fierté de leur souhait de devenir des professionnels dans divers champs d’activités.
Dans leur ardeur, ils ont affirmé leur désir de devenir médecins, biologistes, physiciens, physiciennes, avocats, avocates, ingénieurs, gens d’affaires, et travailleuses et travailleurs sociaux, pour ne nommer que quelques professions.
Pour tout dire, l’idée d’une université nordique au Canada a résonné auprès de la population qui a déclaré qu’il s’agissait là d’un moyen efficace de permettre aux jeunes de la région de recommencer à rêver.
Une telle institution permettrait de donner l’accès aux études postsecondaires et à des emplois professionnels.
D’agir comme un pont entre le Nord et le Sud, grâce auquel des étudiants des deux régions pourraient apprendre, étudier et faire des recherches ensemble, dans un esprit de réciprocité et de solidarité.
Et de faire en sorte que le Nord puisse être peuplé d’un nombre record de professionnels et de travailleurs spécialisés, qui sauront apporter des solutions proprement inuites aux questions de développement socio-économique et créer ainsi des communautés plus saines, plus fortes, plus viables et plus durables.
C’était pour le moins inspirant!
Durant notre visite dans le Nord, nous sommes également allés à la rencontre des aînés qui sont les dépositaires d’une sagesse et d’un patrimoine immémoriaux.
Alors que le monde entier est de plus en plus conscient du changement climatique et de ses effets néfastes sur l’environnement, les Inuits sont un modèle en ce qui concerne l’utilisation durable des ressources naturelles.
Longtemps avant que les scientifiques ne sonnent l’alarme, les aînés avaient remarqué que la neige fondait, que la calotte glaciaire se rétrécissait, que les animaux n’utilisaient plus les mêmes voies migratoires.
Les Inuits ont été les premiers à voir une menace dans ces signes, une menace non seulement pour les populations nordiques mais également pour les peuples du monde entier.
Alors que la question de la souveraineté dans l’Arctique prend une importance accrue, les défis auxquels font face les populations du Nord nous interpellent au plus haut point.
Nous avons beaucoup à apprendre des populations qui ont survécu dans cet environnement extrême avec lequel elles entretiennent un lien intime, voire spirituel.
Nous avons beaucoup à apprendre de cette civilisation de l’oralité qui tient pour aussi importants les silences que les mots.
Je m’arrête, donc, pour que puisse s’ouvrir entre nous le dialogue à la base de tout enrichissement mutuel.
Tout à l’heure, nous entendrons Mel Cappe, président de l’Institut de recherche en politiques publiques qui nous fera part de sa réflexion sur le Nord, mais aussi deux femmes du Nord très engagées, Sandie Vincent et Sandra Inutiq, qui apporteront leur point de vue unique sur les façons d’aider à la concrétisation de ce rêve d’établissement d’une université dans le Nord.
Voilà qui permettra, nous l’espérons, de jeter des ponts du Nord au Sud et du Sud au Nord.
Je vous remercie et vous souhaite une excellente conférence.
