Médaille pour la nordicité

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Remise de la Médaille pour la nordicité

Rideau Hall, le jeudi 21 mai 2009

Soyez les bienvenus à Rideau Hall.

Nous sommes réunis ce matin sous les auspices favorables de l’Oiseau-Tonnerre et de tous les manitous qui habitent l’eau, la terre et le ciel pour rendre hommage à deux étoiles du Nord.

Ce tableau, né du talent et de la générosité du grand peintre ojibwé, Norval Morrisseau, affirme haut et fort la présence et le legs des peuples autochtones en ce pays.

C’est avec joie que je salue le parcours de deux grands leaders autochtones, Georges Erasmus et Bertha Allen, au moment même où je m’apprête à effectuer une tournée des communautés du Nunavut et du Nunavik.

Lorsque des particules électrisées du soleil entrent en collision avec la magnétosphère, la nuit dans le grand ciel du Nord se transforme en un rideau de couleurs.

L’énergie se change en lumière. C’est le plus beau spectacle de la nature, celui des aurores boréales.

Je vois nos deux récipiendaires de la Médaille pour la nordicité comme ces particules venues du soleil pour mieux bousculer nos idées reçues et éclairer notre parcours vers l’égalité, le respect et la réconciliation.

George Erasmus, vous avez jeté un nouvel éclairage sur la question des peuples autochtones et du Nord et de leur enracinement sur ce territoire.

Votre message, vous l’avez porté comme un flambeau, avec conviction et avec constance, pour ne pas dire avec entêtement, jusqu’aux plus hautes instances de ce pays.

Vous vous êtes fait le porte-parole non seulement de votre peuple, mais de tous ceux qui, du Nord au Sud et du Sud au Nord, sont nos racines les plus profondes en ce continent. 

Vous avez souligné l’urgence pour les peuples autochtones de préserver et de célébrer leurs langues, leurs cultures et leurs savoirs ancestraux, qui sont une richesse pour eux et pour ce pays.

Vous avez fait valoir l’importance pour eux de se réapproprier les ressources et les terres desquelles dépend leur survie depuis des temps immémoriaux.

Vous avez également invité les Canadiennes et les Canadiens à prendre acte de l’histoire et à réinventer une façon de vivre ensemble, plus égalitaire et plus juste.

C’est aussi ce qu’a réclamé Bertha Allen au nom des femmes autochtones et du Nord.

Bertha, vous vouliez donner une voix à vos sœurs de cœur et d’esprit : « Ce n’est pas en restant silencieuses, avez-vous dit, que les choses vont changer. Nombreuses sont celles qui ont osé prendre la parole et qui, ce faisant, ont contribué à améliorer la vie de nos communautés. »

Vous êtes de celles qui prennent la parole en vue de changer le cours des choses. Cette parole, amplifiée par la voix des femmes, se rend, elle aussi, jusqu’aux plus hautes instances gouvernementales.

Les gestes que vous avez posés, les projets que vous avez menés, les organisations que vous avez fondées visaient tous à faire reconnaître les droits des femmes, y compris le pouvoir qu’elles ont de décider pour elles-mêmes, pour leurs familles et pour leur communauté.

Vos efforts ont permis que les femmes autochtones et du Nord soient considérées comme des partenaires à part entière dans la prise de décisions.

Je reviens d’une visite d’État en Norvège, où je me suis rendue à Tromsø, à plus de 400 kilomètres au nord du Cercle polaire. 

J’y ai organisé un dialogue entre des leaders sami et des leaders autochtones canadiens.

Il est clair que le Nord est au centre des enjeux de l’heure, qu’il s’agisse des changements climatiques sur son territoire, de l’exploitation de ses ressources naturelles abondantes, de la préservation des modes de vie de ses populations ou de l’importance d’axer les efforts sur l’édification de collectivités saines, durables et viables, et d’offrir aux jeunes de nouvelles perspectives et de nouveaux espoirs en investissant dans l’éducation.

Et j’ai la conviction profonde que les solutions viendront des populations du Nord. De ces gens qui connaissent par cœur ces terres et ces eaux qui ont assuré leur  survivance. De ces gens qui en possèdent tous les secrets.

Selon moi, le développement du Nord ne doit pas se faire sans les populations qui l’habitent, et encore moins à leur détriment, mais avec elles et dans un souci d’inclusion, de préservation et de durabilité.

Aussi me tarde-t-il de retourner au nord du 60e parallèle et de célébrer avec les collectivités du Nunavut dix ans d’autodétermination et de réalisations.

Même si les défis sont considérables, il se passe au Nord des choses extraordinaires, dont nous entendons trop rarement parler au Sud.

Le temps est venu pour le Sud d’avoir plus souvent des nouvelles du Nord, non seulement des défis, des difficultés mais aussi de ses réalisations, de son dynamisme, de son savoir-faire, de son potentiel, de son apport culturel, et c’est dans cette perspective que je m’apprête à entreprendre une tournée dans neuf communautés du grand Nord : Rankin Inlet, Kugluktuk, Cambridge Bay, Resolute, Pond Inlet, Clyde River, Pangnirtung, Iqaluit et Kuujjuaq.

Mon mari Jean-Daniel Lafond et notre fille Marie-Éden seront aussi du voyage.

Nous irons à la rencontre des enfants et des jeunes, qui forment  la majorité de la population dans le Nord, à l’écoute de leurs rêves et convaincus de leurs possibilités.

À la rencontre, aussi, des aînés qui sont les dépositaires d’une sagesse et d’un patrimoine immémoriaux.

De même que de toutes les femmes et de tous les hommes qui peuplent le Nord de leurs idées et de leurs espoirs.

Georges Erasmus, Bertha Allen, vous avez créé une onde de choc dans notre société et vous avez entraîné des changements durables et profonds dans les mentalités.

Vous avez également contribué à remettre le Nord sur la carte du Canada. Ce Nord qui constitue la majeure partie de notre territoire.

Pour votre engagement, pour votre audace, pour votre ténacité, je vous dis merci, merci beaucoup.

Puissiez-vous continuer d’être ces particules d’énergie et de lumière qui nous éclairent de leur sagesse et qui tracent la voie du présent jusque dans l’avenir.