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Forum de la gouverneure générale sur les arts urbains
Iqaluit, le samedi 30 mai 2009
Comment ça va ce soir?
Je tiens d’abord à vous remercier de l’accueil chaleureux que vous nous avez réservé ce soir. C’est un honneur pour mon mari, Jean-Daniel Lafond, pour notre fille, Marie-Éden, et pour moi d’être avec vous, ici à Iqaluit pour prendre part à mon premier forum des arts urbains dans le Nord canadien.
C’est vraiment inspirant de pouvoir tenir cette conversation avec vous, étant donné que les cultures du Nord reconnaissent, depuis le début des temps, l’importance sociale des arts et de la culture.
Depuis mon arrivée ici, je suis vraiment impressionnée de voir comment l’art traditionnel inuit s’épanouit parallèlement à des formes de culture contemporaines, particulièrement chez les jeunes.
C’est donc vraiment inspirant, non seulement pour vous, mais pour la population canadienne tout entière.
Dès ma nomination au poste de gouverneur général, j’ai voulu faire de l’institution que je représente un espace de parole où prévaudraient les valeurs si importantes que sont la tolérance et le partage et où des gens ordinaires, femmes et hommes, pourraient se tendre la main dans un esprit de solidarité
Et les jeunes étaient au cœur de ce projet.
Je me suis alors posé cette question : Comment pourrais-je en faire un espace d’écoute où leurs voix seraient entendues et leurs points de vue, pris au sérieux?
C’est alors que m’est venue l’idée de poser ces questions aux principaux intéressés, c’est-à-dire les jeunes eux-mêmes!
Ainsi, tout au long des visites officielles que j’ai effectuées dans les treize provinces et territoires du Canada, je me suis fait un devoir de rencontrer des jeunes, aussi bien en milieu urbain que rural, afin de les entendre me dire ce que je pouvais faire pour eux.
Deux suggestions se sont dégagées de nos discussions. Les jeunes m’ont dit :
« Nous voulons que les gens comprennent le travail que font les artistes urbains pour transformer le désespoir et l’indifférence en lueur d’espoir et en changement social. »
« Nous voulons que les jeunes aient davantage d’occasions de rencontrer de grands leaders de notre société et de travailler avec eux. »
C’est la raison pour laquelle j’ai lancé les forums de la gouverneure générale sur les arts urbains.
C’est un projet qui rassemble des jeunes, des décideurs et des leaders communautaires, leur donnant un espace pour discuter ensemble de la façon dont l’art est utilisé comme outil permettant de créer des communautés fortes, pour réfléchir aux problèmes, pour donner une voix à celles et ceux qui n’en ont pas et pour approfondir notre questionnement sur ce que signifie notre citoyenneté. Bref, il s’agit là d’un exercice qui fait appel à la solidarité.
Jusqu’à maintenant, je dois dire que l’expérience est absolument formidable.
Par exemple :
À Calgary, à la Quickdraw Animation Society, de jeunes artistes m’ont raconté comment ils avaient, grâce au film et à l’animation, échappé à la dépression et à des situations de violence.
À Toronto, à la Whippersnapper Gallery, ils m’ont expliqué comment le hip hop, la peinture et le « spoken word » leur ont sauvé la vie, leur ont permis d’échapper au milieu des gangs, et les ont aidés à retrouver le pouvoir des mots.
À Winnipeg, à la Graffiti Gallery, ils m’ont montré comment les arts urbains servent d’outils pour éliminer de leurs quartiers les drogues, les gangs et la violence.
Ils ont même réussi, depuis, à mettre sur pied un projet communautaire qui fait de leur quartier un endroit où l’on peut vivre en sécurité.
À Montréal, à la Maison des jeunes de la Côte-des-Neiges, ils m’ont parlé de la façon dont les arts urbains ont contribué à la réadaptation de jeunes contrevenants et ont permis de réduire la violence et d’unir les gens autour de projets communs.
À Ottawa, à la Saw Gallery, ils ont partagé avec moi leurs frustrations face à l’indifférence et leur désir de multiplier les occasions pour les jeunes d’exprimer leurs préoccupations d’une manière créative.
Ce qui me fascine, c’est de constater que, d’une ville à l’autre, les enjeux, les difficultés et les initiatives sont semblables.
Fait encore plus remarquable, les jeunes veulent tous travailler avec vous!
Dans chaque centre urbain, le message était le même : « Nous voulons établir des liens avec des artistes d’autres villes canadiennes et de différentes régions du monde. »
Mon mari, Son Excellence Jean-Daniel Lafond, qui est cinéaste, écrivain et philosophe de profession, a apporté une contribution significative à l’institution avec la création du « Point des arts », en anglais « Art Matters », qui est une occasion de dialogue, de conversations, de forums et de réseautage pour les artistes ainsi que pour de nombreuses personnes impliquées dans les arts et la culture, des décideurs et des philanthropes d’un bout à l’autre du pays et de l’étranger.
Même durant mes visites officielles et mes visites d’État en Amérique latine et en Afrique, j’ai rencontré des artistes urbains dans des quartiers parmi les plus pauvres d’Haïti, du Brésil et d’Argentine et aussi dans divers pays européens tels la France, la Norvège, l’Ukraine, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie.
Partout, ils m’on eux aussi parlé des répercussions significatives des projets artistiques sur leurs collectivités. Du pouvoir qu’ont les arts de définir les cultures et les identités.
Ils m’ont exprimé également leur désir d’établir des liens avec des artistes urbains au Canada. Eux aussi veulent travailler avec vous!
Comme je l’ai souligné à vos pairs dans d’autres villes, sachez que si je suis ici ce soir, parce que je suis convaincue que vous êtes porteurs de changement.
Je crois en vos paroles d’espoir.
Et je crois que toutes les Canadiennes et tous les Canadiens ont beaucoup à apprendre de ce que vous faites.
Car j’ai pu constater le rôle essentiel que jouent les arts — que ce soit la gravure, la sculpture, le chant de gorge, le tambour, le « spoken word », la poésie, le rap, le multimédias, le film, le graffiti, la peinture, le théâtre, le locking ou popping — lorsqu’il s’agit d’améliorer la vie de nos concitoyennes et concitoyens. Nous avons été témoins de l’impact positif de certains projets valables, où le hip hop devient un outil de travail social qui aide à rehausser la confiance en soi et le respect, à créer un sens du vivre ensemble, à ouvrir le dialogue et à fournir un moyen de vivre dans la joie.
Et maintenant, je veux entendre ce que vous avez à dire.
Je veux savoir comment l’art injecte de l’espoir dans votre vie.
Je veux connaître vos projets et leur fonctionnement.
Je veux comprendre comment ces projets ont changé votre vie et celle des gens autour de vous.
Je veux savoir comment nous pourrions travailler ensemble en vue de bâtir un monde plus humain, qui se préoccupe du sort de chacune et de chacun.
Car nous avons toutes et tous un rôle à jouer.
Alors, sans plus tarder, à vous la parole!
