Dîner d’État - Ukraine

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Dîner d’État offert par Son Excellence monsieur Viktor Iouchtchenko,
Président de l’Ukraine, et de madame Kateryna Iouchtchenko

Kyiv (Ukraine), le jeudi 23 avril 2009

Mon mari Jean-Daniel Lafond, moi-même et les membres de la délégation canadienne qui nous accompagnent sommes enchantés de participer à cette visite d’État en Ukraine, et d’être parmi vous ce soir pour célébrer l’amitié indéfectible entre nos deux pays.

Nous avons eu le bonheur de vous accueillir au Canada il y a moins d’un an, Monsieur le Président et Madame Iouchtchenko, et nous avons gardé un souvenir impérissable du dîner à Rideau Hall où la poésie, la musique et la conversation avaient mis les cœurs en fête.

Ce soir-là, nous avons constaté de nouveau combien est profonde et précieuse la relation qui unit nos peuples.

L’un des « attributs les plus fondamentaux d’une nation », dites-vous Monsieur le Président dans l’un de vos discours, est « sa mémoire ».

Or, au Canada, nous n’oublions pas que nous comptons chez nous la population d’origine ukrainienne la plus importante au monde à l’extérieur de l’Ukraine et de la Russie.

Aussi suis-je émue de pouvoir dire en ce lieu d’une richesse historique inestimable, face à la cathédrale Sainte-Sophie, et dans l’une des plus vieilles villes d’Europe de l’Est, par ailleurs jumelée à Toronto, le rôle vital qu’ont joué et que continuent de jouer nos concitoyennes et concitoyens d’origine ukrainienne dans l’édification du Canada et dans la défense des valeurs de justice, d’égalité et d’équité qui nous sont chères.

Les liens qu’ils ont préservés avec leur terre natale ou celle de leurs parents et ancêtres se sont étendus à la grandeur du Canada, qui a accueilli avec joie la renaissance de l’Ukraine comme « nation européenne moderne », selon votre expression, Monsieur le Président, comme nation fière, libre et respectueuse de la dignité humaine.

L’histoire de votre pays nous rappelle, selon les mots du poète Tarass Chevtchenko, qu’à l’instar de l’âme ukrainienne, « la liberté ne meurt jamais ».

Le 2 décembre 1991, le Canada a été le premier pays occidental à reconnaître l’indépendance de l’Ukraine.

Votre volonté de triompher des forces de la répression et d’adopter les valeurs démocratiques et les principes d’un État de droit nous réjouissent.

Le Canada s’est engagé à appuyer vos efforts en ce sens dans des domaines aussi cruciaux que le commerce, la coopération technique, la défense et l’entraide juridique.

De plus, le programme de l’Agence canadienne de développement international est l’un des plus importants en Europe de l’Est et se concentre surtout sur la bonne gouvernance, le développement des institutions démocratiques et le renforcement de la société civile.

Et nous appuyons sans réserve l’aspiration de l’Ukraine à se joindre à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord.

L’entraide et la concertation sont les voies de l’avenir en un monde qui doit composer avec les soubresauts d’une grave crise financière et dont les enjeux les plus pressants comme la sécurité et la préservation de l’environnement appellent une approche globale et un nouvel élan de solidarité.

Le repli sur soi, l’isolement, la fermeture aux autres sont les dangers qui nous guettent en ces temps d’incertitude où, ne  nous le cachons pas, les valeurs d’ouverture et de compassion sont mises à rude épreuve.

Nous savons à quel point l’histoire récente a éprouvé l’Ukraine, que l’on pense notamment aux sombres années de la répression soviétique, aux victimes de l’Holodomor qui ont succombé à un « despotisme brutal », pour reprendre la formule du Premier ministre du Canada, à la tragédie de Tchernobyl qui a suscité l’effroi du monde entier et une énorme vague de sympathie au Canada.

Il faut prendre acte de ces pages de l’histoire, surtout lorsqu’elles alourdissent la mémoire de souvenirs pénibles, et en tirer des leçons d’espoir.

Des leçons pour nous, Ukrainiens et Canadiens, qui appelons de tous nos vœux un monde où, selon le beau mot du poète Ivan Franko, « toute l’histoire de notre civilisation » ne serait « rien d’autre que l’éloignement graduel, systématique et continuel des limites de l’impossible ».

Je sais que les temps sont durs et que l’envie de baisser les bras gagne parfois en force.

Mais il ne faut pas céder, chers amis.

Jamais il n’a été aussi essentiel de ne pas cesser d’espérer.

Je suis venue pour vous dire que le monde a besoin de votre ténacité, de votre courage et de votre volonté de croire coûte que coûte en un monde meilleur et plus juste.

C’est dans cet esprit de partage que nous irons à la rencontre de vos concitoyennes et concitoyens, Monsieur le Président.

Au cours des prochains jours, nous rencontrerons des représentants des milieux politiques, académiques, de la société civile et du monde des affaires.

Nous nous rendrons également à Lviv d’où, me dit-on, nombre de Canadiennes et Canadiens d’origine ukrainienne ont des racines, et à laquelle la ville de Winnipeg est jumelée.

Il nous tarde d’y amorcer avec les jeunes un dialogue que nous espérons fructueux sur l’engagement citoyen, de même qu’avec des organismes non-gouvernementaux qui viennent en aide à l’enfance en difficulté et qui promeuvent le rôle des femmes dans la société.

Permettez-moi une confidence, Monsieur le Président : plusieurs d’entre nous avons déjà l’impression de nous retrouver en famille, tant les liens qui unissent nos deux pays sont étroits et chaleureux.

Sachez également que nous aurons à cœur, dès notre retour au pays, de partager avec les Canadiennes et les Canadiens ce que nous aurons vu, ce que nous aurons entendu et ce dont nous aurons été témoins chez vous, en Ukraine.

Et surtout, Monsieur le Président, nous leur parlerons de l’esprit d’initiative et de la force de caractère des femmes, des hommes et des jeunes de l’Ukraine, que nous sentons déjà si vivement et dont nul ne viendra jamais à bout, pour notre plus grand enrichissement collectif.

Au nom de la délégation canadienne, de mon mari et en mon nom propre, merci infiniment, Monsieur le Président, de nous accueillir aussi chaleureusement chez vous et d’offrir ce magnifique dîner en l’honneur de notre visite.

Mille fois merci, et je lève mon verre à notre volonté commune de raviver dans un monde parfois assombri par la cupidité des uns et l’indifférence des autres des foyers d’espoir et de lumière.

Longue vive à l’amitié entre le Canada et l’Ukraine!