Dialogue jeunesse sur les femmes et la démocratie

Ce contenu est archivé.

 

Dialogue jeunesse sur les femmes et la démocratie

Rideau Hall, le mardi 3 mars 2009

Quel bonheur de voir réunis ici tant de jeunes engagés à défendre la pleine reconnaissance des droits des filles et des femmes, alors que se tiendra bientôt la Journée internationale de la femme.

À cette occasion, je me rendrai au Liberia à l’invitation de la présidente du pays, Son Excellence Ellen Johnson-Sirleaf, première femme du continent africain à être élue à la tête d’un État.

J’ai le plus grand respect pour le courage et la détermination de cette femme qui s’est attelée à reconstruire un pays dévasté par les horreurs de la guerre et de la pauvreté.

Je prendrai la parole à l’ouverture d’une conférence internationale sur les questions intéressant les femmes, à laquelle des chefs d’État et des femmes du monde entier et de tous les milieux se sont donné rendez-vous.

Il convient de souligner que la présidente de la Finlande, Son Excellence Tarja Halonen, agira comme coprésidente de cette conférence. Y participera également l’ancienne présidente de l’Irlande et ancienne haut-commissaire aux droits de la personne, Mary Robinson.

Nous aborderons des questions fondamentales dans un monde où les femmes sont encore trop peu représentées et trop souvent laissées-pour-compte, pour ne pas dire exclues.

Nous parlerons également de leadership, de conditions de travail, d’égalité entre les filles et les garçons, entre les femmes et les hommes, du rôle des femmes pour bâtir la paix dans le monde, de la préservation de l’environnement pour une meilleure qualité de vie.

En ce qui me concerne, je suis extrêmement fière de pouvoir faire connaître notre perspective canadienne.

Au cours des trois dernières années, j’ai eu le privilège de rencontrer des femmes et des jeunes filles de partout au pays, d’entendre leurs histoires, de connaître l’incroyable travail qu’elles font et de partager leurs rêves d’un Canada où femmes et hommes seront égaux sur tous les plans.

Et dans mon esprit, il ne peut y avoir de changement réel sans la participation active des jeunes dont j’ai fait ma priorité à titre de gouverneure générale du Canada.

Il m’apparaissait donc essentiel aujourd’hui encore, avant mon départ pour cette conférence, d’avoir la possibilité de discuter de ces questions cruciales avec vous et d’inviter pour l’occasion des femmes des milieux de la politique, des affaires ou qui défendent le principe d’une société plus juste.

Vous, les jeunes, avez un point de vue unique à apporter et des solutions à proposer.  Ce que vous avez à dire compte, et soyez assurés que j’emporterai votre parole avec moi afin de la faire entendre à mes consoeurs du monde entier.

Par ailleurs, je me réjouis que la ministre de la Condition féminine et toute son équipe, ainsi que l’équipe d’À voix égales, soient partenaires de ce dialogue que je souhaite franc et ouvert. Selon moi, il n’y a de dialogue possible que si les idées entre nous circulent librement, et je tiens à vous remercier, Mesdames, de l’avoir rendu possible.

Mais nous ne sommes pas que des femmes dans cette salle.

Il y a parmi nous de jeunes hommes conscients que le combat pour la pleine reconnaissance des droits des femmes ne peut se faire sans eux, ni contre eux, mais avec eux.

Ce dialogue s’inscrit dans ma volonté de « briser les solitudes », comme l’évoque la devise que j’ai choisie. C’est-à-dire briser le silence, les barrières, pour travailler ensemble.

Pour ma part, je vois l’émancipation des femmes non pas comme une lutte entre les sexes, mais comme la recherche d’un monde meilleur pour toutes et pour tous.

Quand les femmes réclament plus de justice, c’est pour que la société profite de la contribution de chacune et de chacun.

Quand les femmes luttent contre la pauvreté, c’est pour que nos enfants aient des conditions de vie décentes et mangent à leur faim.

Quand les femmes se battent contre la violence, c’est pour que nos familles et nos communautés soient des milieux de vie sains et respectueux de la dignité de chacune et de chacun.

Quand les femmes combattent l’oppression et la dénoncent au péril de leur vie, c’est pour que tous les êtres humains, qu’ils soient hommes ou femmes, accèdent à la liberté.

Je le dis souvent : donnez du pouvoir aux femmes, et vous verrez reculer l’analphabétisme, la pauvreté, la maladie et les inégalités. Car donner du pouvoir aux femmes, c’est donner du pouvoir aux sociétés auxquelles elles appartiennent.

Lors des visites que j’ai effectuées au pays et à l’étranger, j’ai rencontré tant de femmes engagées socialement, qui travaillent sur le terrain, là où se trouvent les besoins les plus criants.

Mais vous savez quoi?

Plus on gravissait les échelons de la sphère sociale, plus elles se faisaient rares.

Or, j’estime que lorsque nous excluons plus de la moitié de l’humanité des lieux de décision, nous y perdons toutes et tous.

Une question se pose, une question toute simple : de quoi se prive-t-on?

À mon sens, nous nous privons d’un apport inestimable.

D’un rapport au monde qui est différent. Nous nous privons de la façon de voir des femmes.

D’une possibilité de faire les choses autrement.

Qu’est-ce que les femmes font autrement, différemment?

Laissez-moi vous en donner un exemple.

J’ai rencontré des femmes parlementaires d’Afghanistan qui refusent les divisions ethniques à la source de tant de souffrances et de malheurs dans leur pays. Cela, pour le bien de l’ensemble et dans le but de bâtir la paix.

Voyez ce qu’ont apporté à notre pays les efforts de nos mères et de nos grands-mères en vue de réduire les inégalités et d’offrir à leurs filles la possibilité de choisir.

De choisir d’aller à l’école, de choisir un métier, qui elles veulent épouser et comment elles veulent contribuer à la société.

Regardez autour de vous : aujourd’hui, les femmes enrichissent de leurs idées, de leurs talents et de leurs connaissances toutes les sphères de la vie sociale.

C’eût été impensable il n’y a pas si longtemps.

N’oublions pas que ce n’est qu’au début du siècle dernier que nous avons obtenu le droit de vote au Canada. Au Québec, c’est en 1940. Et les femmes autochtones, quant à elles, ne l’ont obtenu qu’en 1960.

Il y a 80 ans, nous n’étions même pas considérées, nous, les femmes, comme des personnes.

Les droits des femmes, que nous tenons trop souvent pour acquis de nos jours, sont relativement récents dans l’histoire de notre pays et, par voie de conséquence, restent fragiles.

Même au cœur de nos démocraties, beaucoup reste à accomplir.

Ce sont encore les femmes qui souffrent le plus de la violence, de l’insécurité, de la crise économique, de la pauvreté et du manque de possibilités.

Les femmes sont encore exposées à de nombreuses attaques à leur intégrité physique et psychologique.

Je le sais pour avoir accompagné pendant des années des femmes victimes de violence et pour avoir mis sur pied un réseau afin de leur venir en aide, elles et leurs enfants. Je le sais aussi pour être encore très engagée dans cette cause qui me tient à cœur.

À force de côtoyer ces femmes, j’ai appris que le sort d’une femme concerne toutes les femmes. Je dirais même tous les hommes.

C’est pourquoi, en visite d’État au Mali, lorsqu’on m’a invitée à m’adresser à l’assemblée nationale, j’ai profité de l’occasion pour soulever la question des mutilations génitales féminines que subissent chaque jour encore de petites filles et des femmes qui en meurent très souvent.

Et c’est avec ce même esprit de solidarité que je me rends à cette conférence à Monrovia, la capitale du Liberia.

Pour faire savoir au monde entier que le Canada n’est pas indifférent au sort des femmes, où qu’elles soient. Le Canada n’est pas indifférent à la problématique hommes-femmes.

Parce que le Canada a beaucoup fait en matière de reconnaissance des droits des femmes et qu’il ne cesse d’apporter sa voix au chapitre, notamment au sein des Nations Unies.

Parce que nous avons des valeurs auxquelles nous tenons et que nous voulons les partager avec d’autres.

Parce que nous voulons aussi apprendre de l’expérience d’autres pays, d’autres cultures, d’autres femmes, et parce qu’il nous reste encore beaucoup à faire chez nous.

Nous voulons toutes et tous que vous, les jeunes, héritiez d’un monde où prévaut le respect.

Vous qui êtes ici avec nous aujourd’hui aussi. Et c’est là que réside notre espoir.

Je m’arrête, car il me tarde de vous entendre. À vous la parole.