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Célébration du centenaire de l’aviation canadienne
Ottawa, le lundi 23 février 2009
Je devais être Baddeck aujourd’hui, mais le Canada étant ce qu’il est, c’est-à-dire un pays nordique, les conditions climatiques en Nouvelle-Écosse ne nous auraient pas permis d’atterrir.
Aussi, permettez que je partage mon cœur et mes pensées avec vous et avec les gens de Baddeck qui ont tous travaillé très fort afin de souligner un événement qui a changé le cours de l’histoire de leur village, du Canada et du monde.
C’est en effet dans ce village du Cap Breton, il y a cent ans jour pour jour, que le rêve d’un inventeur a pris son envol.
Tiré sur la glace par un équipage de chevaux et suivi de près par des villageois chaussés de patins, le Silver Dart s’est élevé dans les airs, à la grande surprise des gens réunis pour l’occasion.
C’était le premier engin volant motorisé « plus lourd que l’air » avec une personne à son bord à quitter le sol canadien et à le survoler sur plusieurs mètres.
L’entreprise était audacieuse, pour ne pas dire périlleuse : le Silver Dart était constitué de tubes d’acier, de bambou, de ruban adhésif, de câbles d’acier et de bois, comme en témoigne la réplique explosée ici.
C’était un appareil dépourvu de freins et, dit-on, extrêmement difficile à contrôler.
L’équipe qui a tenté hier de recréer ce moment historique en sait quelque chose!
Cinquante ans plus tôt, une autre équipe a tenté de reproduire l’exploit de Bell et de l’Aerial Experiment Association.
La tentative avait été plus ou moins fructueuse, dit-on, ce qui met encore davantage en relief l’audace d’une telle entreprise.
Mais Alexander Graham Bell était passionné depuis l’enfance par l’idée de voler, et rien ne l’aurait empêché de défier la loi de la gravité, dût-il se brûler les ailes comme Icare dans la légende grecque.
Encore aujourd’hui, on s’étonne de ce que Bell et ses compagnons ont réussi à accomplir, sans avoir les connaissances que nous avons de nos jours.
Écoutons Mabel, sa femme, nous parler de cet événement historique :
« Tout le monde était là, raconte-t-elle. On avait fermé l’école et les enfants avaient chaussé leurs patins. Lorsque le Silver Dart a décollé et pris son envol au-dessus de la glace, les spectateurs ont applaudi, et lancé leurs tuques et leurs mitaines dans les airs. »
Ce que Bell réalise ce jour-là, avec l’aide de quatre jeunes hommes passionnés comme lui et l’appui de sa femme, constitue aujourd’hui les bases de l’aéronautique.
Certes, le tournant du XXe siècle avait de quoi donner des ailes à celui qui avait inventé le téléphone trente-trois ans plus tôt.
C’était une époque d’effervescence scientifique et de progrès sans précédent, une époque où les horizons du génie humain s’ouvraient enfin sur un univers sans limites.
On disait de Bell qu’il était obsédé.
Lui affirmait à la blague qu’il était en proie « à une attaque d’engins volants ».
C’est ainsi qu’a commencé la grande histoire de l’aviation canadienne que nous commémorons cette année d’un bout à l’autre du pays.
L’adage veut que la nécessité soit la mère de l’invention.
C’est donc en temps de guerre que l’aviation canadienne s’est le plus développé pour atteindre de nouveaux sommets et qu’elle a vu naître de grands pilotes aux récits légendaires.
Il n’y a qu’à voir le noble passé et la réputation d’excellence de la Force aérienne du Canada, dont nous célébrons cette année le 85e anniversaire. D’ailleurs, j’ai souvent été témoin du travail exemplaire qu’accomplissent les membres de la Force aérienne à titre de commandante en chef.
Après la Première Guerre mondiale, nombre de nos pilotes expérimentés ont mis leur talent au service de l’exploration des régions difficiles d’accès comme le Nord, encore méconnues.
Les petites sociétés d’aviation qui se sont constituées sont devenues les précurseurs des lignes aériennes que l’on connaît aujourd’hui.
Mais c’est après la Seconde Guerre mondiale que l’aviation commerciale a pris son essor.
Nous devons à Bell d’avoir contribué à réduire les distances entre nous, de nous avoir rapprochés les uns des autres, que ce soit par le biais des ondes ou par la voie des airs.
Bell a donné forme au rêve que caresse l’humanité depuis des temps immémoriaux, celui de voler.
Or, la pensée qui voit loin vole haut, et ce qui était jadis un miracle est aujourd’hui une réalité pour les voyageurs d’ici et d’ailleurs.
Le Silver Dart, c’est la preuve irréfutable que rien n’est impossible.
C’est la preuve que l’imagination est comme le ciel, à perte de vue.
C’est la preuve qu’un rêve suffit parfois à donner à l’histoire un tournant inattendu, inespéré, merveilleux.
Je vous remercie de m’avoir accueillie dans ce musée absolument magnifique, à l’occasion de l’inauguration de l’exposition Les ailes du Canada : un siècle d’aviation prodigieux.
Nulle part ailleurs que dans ce musée, il nous est possible de mesurer aussi bien le chemin parcouru depuis le Silver Dart jusqu’à nos jours.
Merci, merci beaucoup.
