Célébration de la vitalité de l’héraldique canadienne et des vingt premières années de l’Autorité héraldique du Canada

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Célébration de la vitalité de l’héraldique canadienne et des
vingt premières années de l’Autorité héraldique du Canada

Rideau Hall, le lundi 4 mai 2009

Je suis heureuse de vous accueillir à Rideau Hall, dans cette résidence historique où s’affiche une diversité d’emblèmes héraldiques, pour célébrer les vingt ans de l’Autorité héraldique du Canada.

Et quoi de mieux que des objets riches de sens pour marquer cet anniversaire?

Je suis heureuse d’annoncer que des colliers d’office, destinés aux hérauts d’armes canadiens, sont aujourd’hui présentés à Rideau Hall et au Canada.

Ce sont de très belles pièces émaillées, réalisées avec soin.

Chacun de leur médaillon est unique et représente une rivière de chez nous ayant inspiré le nom d’un héraut d’armes.

Ces colliers ont été offerts par la W. Garfield Weston Foundation, que je remercie, et qui est représentée aujourd’hui par M. Roger Linsay, héraut Rouge extraordinaire.  

Vous pourrez les admirer de plus près dans la salle de la Tente un peu plus tard.

Je souhaite également souligner qu’un tabard brodé sera prochainement réalisé pour le héraut d’armes du Canada afin de souligner les vingt ans de l’autorité héraldique.  

La Société royale héraldique du Canada a proposé de parrainer la création de ce vêtement héraldique traditionnel.

C’est un projet passionnant, et je tiens à exprimer toute ma gratitude au président et au conseil d’administration de la Société.  

Ces objets sont à l’image de l’héraldique canadienne : ils s’inspirent de traditions anciennes liées au métier de héraut d’armes, tout en ayant des composantes très actuelles et représentatives de notre société et de son évolution.

Le Canada est un pays jeune en regard de l’histoire du monde. Et cette jeunesse, je crois, est un gage de renouvellement dans toutes les sphères d’activité et jusque dans la pratique d’un art séculaire comme celui du blason.

Pensons, notamment, à la possibilité qu’ont les femmes ici, au Canada, de léguer en héritage leurs armoiries à leurs filles, comme moi et mon mari Jean-Daniel Lafond l’avons fait avec notre fille Marie-Éden. Les filles et les petites-filles de Jean-Daniel ont elles aussi reçu des armoiries.

Quand on sait que, dans bien des régions du globe, la transmission n’est encore réservée qu’aux hommes, de père en fils, cette façon de faire se démarque et mérite d’être saluée.

Précisons également que ce sont les mêmes critères qui s’appliquent aux femmes et aux hommes, sans différenciation de genre, lors de la conception d’une armoirie, ce qui n’est pas nécessairement le cas ailleurs.

L’équité entre les femmes et les hommes est une valeur enchâssée dans notre Constitution. Elle définit notre façon d’être et de penser le monde.

Il était donc tout à fait naturel qu’elle fasse partie intégrante de notre univers symbolique et de notre système de représentations emblématiques.

De plus, je ne peux passer sous silence le fait qu’une femme, Claire Boudreau, soit à la tête de l’Autorité héraldique du Canada. C’est la seule femme dans tous les pays du Commonwealth à occuper cette fonction, et j’en suis très fière.

D’autres femmes occupent aussi, ou ont occupé par le passé, les postes de héraut Fraser, Coppermine, Saguenay et Miramichi au Canada, et plusieurs autres femmes font partie de l’équipe à titre d’artiste peintre ou de calligraphe.

Le Canada peut se féliciter d’avoir ouvert ces métiers traditionnels aux femmes.

Permettez que je profite de l’occasion pour remercier tous les hérauts d’armes d’hier et d’aujourd’hui, femmes et hommes, à qui l’on doit la réputation d’excellence et l’esprit d’innovation du Canada dans toute la communauté internationale de l’héraldique.

Soulignons également le travail de tous les précurseurs qui ont cru en la capacité du Canada de se représenter en symboles et d’affirmer son identité nationale.

Parmi ces bâtisseurs, il y a les artistes qui, au cours des vingt dernières années, ont permis à l’héraldique canadienne de rayonner et de se distinguer non seulement au pays, mais à l’extérieur de nos frontières.

La représentation des armoiries est un art et, au Canada, il naît du talent d’artistes et de calligraphes qui travaillent à la main. La qualité de notre héraldique est célébrée, et à juste titre.

À l’instar d’autres formes d’art, l’héraldique répond à un besoin fondamental : celui de dire la vision que l’on porte, d’où l’on vient et où l’on va.

C’est un besoin qui traverse les âges, les frontières et les générations.

Du marquage de la peau au moyen de peintures ou de henné chez de nombreuses sociétés, à la résurgence du tatouage et au langage du graffiti chez les jeunes, c’est le même besoin d’affirmer sa spécificité qui s’exprime.

En ce sens, l’héraldique est d’une actualité remarquable.

Il n’y a qu’à voir l’enthousiasme qu’elle suscite auprès des enfants et des jeunes que nos hérauts d’armes vont rencontrer dans les écoles.

Outre le caractère chevaleresque associé à l’héraldique, qui capte à coup sûr leur imaginaire, il y a la possibilité qu’elle leur offre de se poser des questions essentielles, voire existentielles.

Qui suis-je?

Quelles sont les valeurs, les croyances, les choix qui me définissent?

Comment puis-je les traduire en symboles?

L’héraldique, riche de siècles d’histoire, permet aux petits comme aux grands de s’inscrire dans le temps et de poursuivre la marche du monde que d’autres ont entamée avant eux.

Et ça, c’est extrêmement important.

D’autant plus important en cette ère de l’instantané, où tout est capté sur le vif, retransmis en direct, sans possibilité de recul.

Car l’héraldique permet justement d’élargir l’horizon étroit du présent à l’échelle de l’histoire et de nous enraciner dans une mémoire.

Elle nous donne, pour reprendre l’expression populaire, « des racines et des ailes ».

Or, encore trop peu de gens sont familiers avec l’héraldique, et je dois dire que je ne la connaissais moi-même que de façon sommaire avant mon installation au poste de gouverneur général du Canada.

Étant, de par ma fonction, le chef de l’Autorité héraldique du Canada, j’ai eu l’occasion, pour ne pas dire le privilège, de créer mes armoiries avec l’aide des hérauts d’armes et d’approfondir cet art qui est aussi une science.

Je garde un souvenir impérissable et ému de nos conversations avec Robert Watt, alors Hérault d’armes du Canada, et avec Claire Boudreau qui m’ont accompagnée dans ce voyage à la fois intérieur et dans le temps.

Sous leur regard et avec leur complicité, j’ai remonté le cours de mon histoire, de mon enfance en Haïti à mon enracinement au Canada.

Mes armoiries sont le reflet de mes racines et de mes appartenances, mais aussi de mes convictions profondes, de ce que je souhaite accomplir au cours de mon mandat et de l’héritage que je veux laisser à ce pays qui m’a accueillie à bras ouverts.

Cette réflexion unique m’a fait vivre de grands moments d’émotion.

Des moments d’émotion que j’ai pu partager avec plusieurs personnes.

Avec mon mari, Jean-Daniel Lafond, aussi appelé à créer ses armoiries et à les transmettre à ses descendantes.

Avec les unités de la Défense nationale, pour lesquelles j’approuve tous les insignes.

Avec plus d’une centaine de passionnés d’histoire venus des quatre coins du globe en juin dernier, à Québec, à l’occasion du XXVIIIe Congrès des sciences généalogique et héraldique dont j’étais la présidente d’honneur.

Avec des organismes comme le Collège royal militaire de Saint-Jean, la Cour fédérale et l’Association des infirmières et infirmiers du Canada, auxquels j’ai eu, l’an dernier, le plaisir de présenter officiellement des emblèmes héraldiques à leur image.

Avec aussi, l’an dernier, des femmes autochtones de partout au pays, à l’occasion de la Journée internationale de la femme.

Celles-ci avaient été invitées par le héraut d’armes du Canada à apporter avec elles un emblème ou un symbole qui les représentent, elles et leurs communautés.

Nous étions assises en cercle, et dans cette atmosphère propice au dialogue, les femmes ont ouvert leur cœur et se sont révélées peu à peu. C’est un souvenir que je garderai en moi.

Cette quête de sens que l’héraldique nous pousse à entreprendre est au cœur du travail qu’accomplissent nos hérauts d’armes et elle nourrit leur art.

Aujourd’hui, nous célébrons vingt ans de passion, d’engagement et de savoir-faire au service de l’héraldique canadienne.

À vingt ans, l’avenir est devant soi.

C’est donc avec l’assurance d’un avenir prometteur que je vous offre mes félicitations les plus chaleureuses à l’occasion de cet anniversaire.

Longue vie à l’Autorité héraldique du Canada!