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Banquet officiel offert par Leurs Majestés le roi Harald V
et la reine Sonja de Norvège
Oslo (Norvège), le mardi 28 avril 2009
Mon mari Jean-Daniel Lafond, moi-même et les membres de la délégation canadienne qui nous accompagnent tenons à vous remercier pour votre accueil chaleureux et pour ce dîner somptueux offert en notre honneur.
J’ai déjà eu le bonheur de rencontrer Leurs Altesses Royales le Prince héritier et la Princesse héritière au Congrès international sur le sida, à Toronto, en 2006, où plusieurs d’entre nous avions fait appel à une mondialisation des efforts face à la menace du sida.
Nous sommes aujourd’hui d’autant plus heureux d’effectuer cette visite d’État en Norvège que Canadiennes et Norvégiennes, Norvégiens et Canadiens, en plus d’être de fervents dénonciateurs des injustices, sont sœurs et frères du Nord.
Notre vœu le plus cher est de témoigner au cours des prochains jours des liens qui nous unissent et que notre situation septentrionale sur la carte du monde contribue à resserrer.
Le Grand Nord, comme on dit chez nous, et l’Arctique forment près de la moitié de la masse terrestre du Canada, et cette caractéristique géographique définit plusieurs de nos populations autochtones et inuit, et se situe au cœur même de notre identité collective.
C’est la raison la plus éloquente pour laquelle la « dimension humaine » de l’Arctique est « un objectif clé » pour le Canada, selon l’expression du ministre des Affaires étrangères du Canada, l’honorable Lawrence Cannon.
Car promouvoir un développement social et économique durable en ces régions sans pareille et donner aux populations qui les habitent depuis des millénaires, ou à celles et à ceux qui y élisent domicile et en adoptent les valeurs, les moyens de participer pleinement à la prospérité nationale, est pour moi fondamental.
De même qu’il nous importe de travailler étroitement avec nos partenaires du Conseil de l’Arctique, dont la Norvège, pour trouver un juste équilibre entre l’exploitation des ressources et la protection des écosystèmes essentiels à la survie de notre planète trop souvent malmenée.
Cette année marque d’ailleurs le dixième anniversaire de la création du Nunavut, nouveau territoire canadien étoilé de noms inuits, qui représente deux millions de kilomètres carrés et vingt pour cent de la superficie du Canada.
Cette grande aventure vers l’autonomie gouvernementale, entreprise il y a dix ans et qui se poursuit avec espoir et ténacité, est née de la volonté de donner aux populations de ces terres ancestrales les moyens de gérer eux-mêmes leurs ressources et de préserver leurs cultures, leurs langues et leur savoir.
Ce dixième anniversaire constitue, à mon sens, une date importante dans l’histoire récente de notre pays.
Car, comme l’affirmait sans détour le grand dramaturge Ibsen, « le pire qu’un homme puisse se faire à soi-même est de commettre une injustice envers autrui ».
C’est également dans un esprit de solidarité que nous nous apprêtons à accueillir chez nous, à Vancouver, en février et en mars 2010, les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver.
Le Canada et la Norvège partagent cette expérience inoubliable, que l’on songe à Oslo en 1952, à Calgary en 1988 et à Lillehammer en 1994, et nous comptons sur vous, amis norvégiens, pour faire de cette rencontre exceptionnelle une célébration de l’hiver, de l’excellence sportive et de la fraternité..
Les racines de la relation entre le Canada et la Norvège ont toujours eu raison de la froide saison et ont produit au fil des ans un bourgeonnement de collaborations fructueuses dans des domaines aussi variés que la recherche sur les changements climatiques, les nouvelles énergies, les nouvelles technologies, les océans, de même que l’exploitation pétrolière et gazière.
Nous sommes aussi membres fondateurs de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord et nous n’avons cessé depuis de travailler étroitement à une plus grande sécurisation du monde.
Canadiennes et Norvégiennes, Norvégiens et Canadiens, ont à cœur de favoriser une approche globale et concertée pour répondre aux grands enjeux de l’heure, notamment l’écart entre le Nord et le Sud, le respect des droits de la personne, la nécessité de l’engagement citoyen et la protection de l’environnement.
Comme vous le disiez vous-même, Votre Majesté, au Sommet du Millénaire, à l’Assemblée générale des Nations Unies, « l’élimination de la pauvreté n’est pas seulement un pont vers la paix et le développement, pas seulement un pont vers la reconnaissance des droits de la personne et de la dignité de chacune et de chacun, mais aussi un pont vers la préservation de l’environnement pour les générations à venir ».
Nous partageons cet espoir, Votre Majesté, et c’est animés par cette même conviction que nous irons à la rencontre de vos concitoyennes et concitoyens.
Il nous tarde de poursuivre le dialogue avec les forces vives de la société norvégienne, qu’il s’agisse des instances décisionnelles, des milieux de la culture et des affaires, ou des ONG de votre société civile.
Des femmes, des hommes et des jeunes avec lesquels nous souhaitons échanger des points de vue sur des problématiques qui nous concernent autant les uns que les autres, que ce soit la croissance pluriethnique de nos sociétés, l’accès à la culture en régions éloignées ou l’apport unique du peuple sami au riche patrimoine de la Norvège et à la culture arctique du monde entier.
Nous aurons du reste l’immense privilège de nous rendre à Tromsø, la plus grande ville au nord du cercle polaire, pour nourrir notre réflexion sur la fabuleuse diversité des peuples du Nord.
Je suis particulièrement impressionnée par le dynamisme que l’Institut polaire et l’Université de Tromso ont injecté dans votre pays. Sans contredit, un modèle à suivre.
Mon mari Jean-Daniel Lafond et moi-même estimons que les dialogues que nous établissons dans le cadre de ces visites d’État leur donnent tout leur sens et s’inscrivent dans ce que nous appelons la diplomatie culturelle et à échelle humaine.
Nous vivons à une époque où les espaces de parole, de réflexion et de création sont souvent sacrifiés sur l’autel de la vitesse, de la précipitation, ou du divertissement. Alors que nous avons la conviction qu’ils sont des vecteurs de civilisation irremplaçables.
L’occasion qui nous est donnée de nouer des relations en dehors de toutes contraintes idéologiques et en fonction d’intérêts communs ravivera, nous l’espérons, notre volonté d’unir nos forces, plutôt que de disperser nos efforts.
C’est donc sous le signe du partage que nous entreprenons ce voyage de l’amitié, convaincus que nous sommes d’être chez vous en pays ami.
Et c’est avec beaucoup de bonheur que je lève mon verre à l’amitié indéfectible entre le Canada et la Norvège!
