Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion d’une visite du Muzeum romské kultury (musée rom) et discussion sur la culture rom

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Brno, le samedi 29 novembre 2008

Merci mille fois de votre accueil chaleureux et de cette occasion merveilleuse que vous nous donnez d’apprécier davantage l’apport de la culture rom à l’Europe et à l’humanité et de travailler ainsi avec vous au rapprochement des peuples.

L’un des objectifs que je me suis fixé à titre de Gouverneur général du Canada est de laisser, chez nous et ailleurs, la parole à celles et à ceux qui n’ont pas l’habitude de la prendre, ou qui ont rarement la possibilité de se faire entendre dans le bruit constant qui assaille nos quotidiens et qui recouvre souvent la parole humaine.

Aussi ai-je choisi pour devise de briser les solitudes.

J’ai suivi avec intérêt les travaux entrepris à ce jour par la Commission européenne sur la situation des Roms en Europe, dont le président, M. José Manuel Barroso, disait que c’était un problème « des plus urgents, sur le plan politique, mais, avant tout, sur le plan humain ».

L’ouverture des frontières sans précédent que nous connaissons depuis la fin du siècle dernier ne suffit pas à créer un monde débarrassé une fois pour toutes des formes insidieuses de discrimination individuelle et institutionnelle.

Sans nul doute, l’exclusion reste l’un des défis les plus criants auxquels nos sociétés font face en ce début de troisième millénaire.

Comme l’affirme le président de l’Union européenne, que j’ai eu le bonheur de rencontrer lors du Sommet Canada-Union européenne qui se tenait à Québec le mois dernier,  « nos sociétés doivent offrir aux Roms des moyens réels et pratiques d’améliorer leurs perspectives d’avenir ».

Paroles justes, à mon sens, vraies pour les Roms, mais aussi pour tous les hommes, les femmes, les jeunes, affligés par l’exclusion.

Moi qui suis née dans le pays le plus pauvre des Amériques, Haïti, et dont l’enfance a été marquée par le régime sanguinaire d’un dictateur sans merci, je sais que la dignité commence par le respect, l’espoir par le dialogue, la solidarité par l’ouverture à l’autre.

Nous savons que, tout au long de votre  migration du sous-continent indien par-delà l’Atlantique, vous, les Roms, comptez parmi les minorités ethniques les plus persécutées dans l’histoire, comme en témoigne brutalement les campagnes d’éradication menées contre vous par les Nazis, au siècle dernier.

Si vous portez en vous cette mémoire douloureuse, et que celle-ci ne trouve pas encore sa juste place dans nos livres d’histoire, vous nous permettez également de poser la question d’un avenir meilleur.

Nous sommes réunis aujourd’hui pour rêver ensemble d’un avenir meilleur. Ayons ensemble cette audace.

Car, me semble-t-il, la construction bien réelle d’un monde où l’exclusion serait à jamais bannie et où nous embrasserions nos différences comme autant de facettes précieuses de l’expérience humaine, commence par ce rêve.

C’est donc sous le signe d’un enrichissement réciproque que nous sommes venus en ce lieu célébrer votre culture et ouvrir le dialogue entre citoyennes et citoyens du monde à part entière.

Merci de nous guider aujourd’hui dans cette quête, dans le cadre d’échanges que nous souhaitons fructueux.