Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion d’une réception soulignant le 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec

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La Citadelle, le mercredi 2 juillet 2008

Quel bonheur de vous voir tous ici ce soir! Mon mari, Jean-Daniel Lafond, et moi sommes enchantés de vous accueillir à la Citadelle, la résidence officielle du gouverneur général à Québec.

Cette résidence nous est particulièrement chère, nous aimons venir y travailler et l’ouvrir à la population. D’autant plus que cette résidence est située au cœur d’une ville où tant de pages de notre histoire collective ont été écrites.

Des pages qui disent l’esprit téméraire qui animait Samuel de Champlain au moment de prendre la mer en quête de nouveaux horizons.

Des pages qui évoquent les rencontres inattendues et déterminantes qui ont fait radicalement basculer le cours des choses pour les Premières Nations qui ont vu les Européens débarquer chez eux, qui les ont accueillis, leur ont fait découvrir l’essence de ce pays et ont même partagé avec eux leurs connaissances et leurs cultures. Mais qui, petit à petit, ont compris que rien ne serait plus jamais comme avant. Leur monde a dès lors basculé.

Parcourons encore ces pages d’histoire, il faut parfois lire entre les lignes et fouiller. Qu’en est-il de la riche diversité culturelle, ethnique et linguistique des premiers peuples sur ce vaste territoire. Nous aimerions en savoir davantage sur le début de tous nos métissages entre  Français, Irlandais, Anglais, Amérindiens.

Samuel de Champlain n’arrive-t-il pas ici accompagné de Mathieu da Costa, un Noir libre, polyglotte qui lui sert d’interprète?

Dans ces pages qui racontent l’épopée des francophones en terre d’Amérique, nous voyons leur progression et leurs mouvements partout au Canada et la naissance de toutes ces communautés toujours vivantes. C’est une histoire de témérité, d’entêtement, de courage et d’audace.

Quatre cents ans plus tard, le Canada contient le monde! Et c’est cette histoire qui nous lie aujourd’hui.

C’est dans cet esprit qu’on va  célébrer ce soir le 400e anniversaire de la fondation de Québec : sous le signe de la rencontre, du métissage, du partage et de l’amitié.

Pour l’occasion, nous avons voulu ouvrir les portes à 400 convives, nous sommes même un peu plus nombreux, et insuffler à la fête et à la Citadelle un vent de jeunesse!

C’est pourquoi de jeunes francophones et francophiles de toutes les régions du Canada sont ici, car c’est sur eux que repose la pérennité de la langue et de la culture françaises. C’est aussi sur eux que reposent le présent et l’avenir et l’harmonie de nos échanges interculturels.

J’ai d’ailleurs choisi comme priorité de vous donner une voix, à vous les jeunes, justement parce que je crois en votre audace, en la force de votre imagination et en votre capacité d’agir, de créer, de bâtir des ponts.

En presque trois ans, j’ai eu l’occasion d’aller à la rencontre de nombreux jeunes et d’observer les gestes qu’ils posent, là où ils s’engagent, combien ils se servent de l’art et de la culture comme outil pour agir autour d’eux, dans leurs quartiers, dans leurs communautés et même à l’étranger, sur des questions qui les préoccupent et l’impact impressionnant de leurs actions et de leurs initiatives. Les jeunes font partie des solutions non seulement pour l’avenir mais ici, maintenant.

J’ai d’ailleurs choisi comme priorité de vous donner une voix, à vous les jeunes, justement parce que je crois en votre audace, en la force de votre imagination et en votre capacité d’agir, de créer.

Où êtes-vous les jeunes?

Les jeunes du Nouveau-Brunswick?

De Saint-Boniface, au Manitoba?

De Vancouver en Colombie Britannique?

De l’Alberta?

Du Yukon?

Je veux aussi saluer les jeunes  du camp d’été de l’Institut du Nouveau Monde et de la Fédération de la jeunesse canadienne-française, ainsi que des participants aux programmes d’échanges Katimavik, SEVEC et Jeunesse Canada Monde.

Vous avez tous et toutes à cœur de soutenir, de promouvoir et de vous imprégner de la culture et de la langue françaises au pays.

J’ai lancé il y a un mois un projet de mentorat dont le but est de jumeler des jeunes à des membres de l’Ordre du Canada, des hommes et des femmes reconnus pour leur engagement et leurs réalisations dans toutes sortes de domaines. Certains sont parmi nous ce soir.

De même que les 13 finalistes du Défi de l’affiche de la fête du Canada et leurs familles. Le gagnant est Rémi Petitpas du Nouveau Brunswick.

Aux jeunes très engagés socialement avec lesquels j’ai eu le plaisir de travailler et de discuter, je souhaite la plus cordiale des bienvenues.

Notamment, des membres de la TOHU, un organisme socioculturel et environnemental qui favorise l’action des jeunes par l’entremise des arts et de la culture.

RéGénération 2008, les organisateurs du 4e Congrès mondial des jeunes pour lequel j’ai accepté d’être la présidente d’honneur.

Les jeunes de la Maison Dauphine et du Centre Jacques Cartier, des organismes qui soutiennent les jeunes issus des quartiers populaires de la Ville de Québec.

Le PIPQ, qui œuvre à la prévention de la prostitution juvénile.

TakingITGlobal, qui sert de lieu virtuel de rencontres pour plus de 200 000 jeunes dans le monde.

Le CIJEF, qui regroupe les conseils nationaux de jeunes de tous les États membres de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Les jeunes du groupe L’Apathie c’est plate, qui encourage l’engagement social chez les jeunes Canadiennes et Canadiens.

Le Conseil permanent de la jeunesse, qui représente les jeunes du Québec auprès des instances décisionnelles.

Ingénieurs sans frontières, voué au développement international.

La Boussole, une association francophone qui vient en aide aux jeunes de la rue à Vancouver.

Le projet Remix de Toronto et la Maison des jeunes de la Côte-des-Neiges à Montréal qui utilisent le hip hop comme base pour travailler à la réinsertion sociale et économique de nombreux jeunes dans ces deux grandes métropoles.

Ainsi que bien d’autres associations animées par les jeunes et destinées à faire entendre leurs préoccupations et les solutions qu’ils apportent aux défis de l’heure.

C’est le cas de le dire, et vous, les jeunes, nous le rappelez sans détour : « L’apathie, c’est plate. » N’est-ce pas?

Alors ce soir, c’est l’occasion pour vous de faire connaissance les uns avec les autres, de faire du réseautage et, pourquoi pas, de forger de nouveaux partenariats et nouer de nouvelles amitiés.

Je souhaite vous revoir toutes et tous le 13 août, au Congrès mondial des jeunes, lorsque je me joindrai à des centaines de jeunes du monde entier — ainsi qu’à Ariane Moffat, Samian, Sol Guy, Jully Black et K’naan — pour amorcer un dialogue jeunesse que j’imagine déjà plein de promesses, dans le cadre des activités du 400e anniversaire.

Tous les renseignements sur ce congrès se trouveront dans le site du gouverneur général À l’écoute des citoyens.

Je suis impatiente de vous revoir en août.

Il est inconcevable, vous en conviendrez, de célébrer 400 ans de présence française en Amérique du Nord sans goûter à la culture si riche et diversifiée de la francophonie canadienne.

Car la culture, c’est l’âme de nos communautés et c’est un instrument de changement social.

Voilà pourquoi j’ai voulu vous offrir ce soir un festin culturel.

Vous découvrirez dans chaque salle différentes facettes de la francophonie au Canada. Samian et Shawit de Wapikoni mobile, Andrea Lindsay, Jaden Cormier, Cirque du monde, Caroline Desbiens, Sylvie Desgrosseillers, le groupe de percussion Yeba et le Duo Jazz « Tip Top. »

Comme l’heure est à la fête, je vous encourage à chanter et même à danser avec les artistes, si le cœur vous en dit.

Sans plus tarder : place à la fête!

J’invite Jaden Cormier, un jeune accordéoniste que j’ai rencontré à Grand’ Terre, dans la province de Terre-Neuve et Labrador.

Jaden avait alors 6 ans et demi et il jouait dans une grande fête communautaire avec son grand-père.

Les francophones de Terre-Neuve représentent à peu près 2% de la population. Si les enfants peuvent aujourd’hui s’instruire en français c’est que leurs parents se sont battus pendant des années pour ça, alors que l’on pensait que l’assimilation avait complété son œuvre. Les premiers pêcheurs français sont arrivés sur les côtes terre-neuviennes il y a 500 ans.

Jaden va partager avec nous cet héritage précieux et nous présenter: Rose de l’île.