Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion d’une réception organisée dans le cadre de la Conférence canadienne du Gouverneur général sur le leadership

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Rideau Hall, le jeudi 19 juin 2008

J’ai été heureuse de vous retrouver ce matin.

J’étais curieuse de vous entendre faire le récit de votre parcours, de vous entendre parler des personnes fabuleuses que vous avez rencontrées, de ce que vous avez appris, de ce qui vous a surpris ou peut-être déroutés, des conclusions auxquelles vous en êtes arrivés.

C’est vite passé, n’est-ce pas?

J’espère que cet avant-goût du pays vous met en appétit pour le parcourir et le découvrir encore plus en profondeur.

Je vous y encourage. Voilà un pays où on peut aller du connu à l’inconnu, à l’infini.

Cela dit, je dois vous avouer que j’ai trouvé nos aurevoirs à Banff quelque peu ratés.

Oui, le temps pressait. Un avion à prendre. Tout de même…

Mais j’en ai tiré des leçons que j’aimerais partager avec vous, car je crois qu’elles peuvent vous être profitables.

D’abord, il faut rester calme.

Puis garder le cap.

Et mettre l’accent sur les idées.

Cette fois-ci, je vous préviens, les portes sont closes. Les barrières sont fermées.

Mais, rassurez-vous, je serai brève. Je sais que les journées sont chargées et que nous sommes ici pour faire la fête.

Et nous avons de bonnes raisons de nous réjouir.

Vous vous souvenez, nous avions parlé à Banff d’un changement qui était en train de balayer le pays tout entier?

D’une vague de fond à contre-courant de l’individualisme acharné des dernières années, qui entraîne avec elle des transformations profondes dans la façon dont nous envisageons le vivre ensemble?

Eh bien, nous en avons eu un exemple percutant le 11 juin dernier. Ce dont le chef Phil Fontaine nous avait entretenu a eu lieu.

Devant des millions de Canadiennes et de Canadiens, des paroles de contrition et de profond regret ont résonné dans l’enceinte du Parlement du Canada.

Des excuses ont été exprimées, dans un véritable aveu des torts causés par l’imposition de pensionnats autochtones dont le chef Fontaine nous a décrit les effets dévastateurs pour les Premières nations, les Inuits et les Métis.

Pour nous aussi, non-Autochtones, dans nos relations avec ces peuples, ces cultures, ces langues, cet héritage.

Nous avons été, en quelque sorte, dépossédés.

J’étais là, au moment de la signature de cette déclaration solennelle, historique et cruciale.

Permettez-moi de partager avec vous ce qui s’est vécu.

C’était du jamais vu.

L’ambiance était au recueillement : dans le halo de fumée du foin d’odeur, les chants sacrés, le violon et les danses, des témoignages douloureux ont de nouveau surgi, entremêlés de larmes de joie et de prières.

Les paroles prononcées devant nous, une semaine plus tôt, par le chef Fontaine me sont revenues à la mémoire : « Le combat n’est pas encore terminé, a-t-il dit, mais nous le menons désormais ensemble. »

Ensemble contre l’injustice, l’exclusion et l’incompréhension.

Ensemble pour l’égalité des chances, le dialogue et la solidarité.

Oui, comme je le dis souvent, le Canada est un pays de tous les possibles.

Et ces possibles, eh bien ils s’incarnent en chacune et en chacun de nous qui avons à cœur de faire bouger les choses.

Il faudra passer de la parole aux actes, et ça aussi, c’est notre affaire à tous et à toutes.

C’est une responsabilité partagée.

C’est la somme de nos gestes qui contribue à la force de l’ensemble.

Et n’est-ce pas à la capacité d’un individu de rallier tous ces gestes autour d’une cause commune que l’on reconnaît un vrai leader?

De quoi nourrir notre réflexion pour demain.

Si vous vous souvenez bien, je vous avais mentionné la semaine dernière qu’un gouverneur général doit être à l’écoute des gens, que l’institution doit évoluer avec la société et, surtout, qu’elle est en pleine transformation.

Pour reprendre les paroles d’un grand homme, que je modifierai ici pour l’occasion : « Je suis allée, j’ai vu, je rapporte. »

Ce soir, j’ai voulu vous offrir l’occasion de rencontrer certains des artistes inspirants que j’ai eu le bonheur de rencontrer dans des régions aussi éloignées que celle de la rivière Clyde, au Nunavut, et qui  passent des paroles à l’action, chaque jour. 

Alors accueillons tous ensemble Blueprint for Life! Place au spectacle!