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La Citadelle, le dimanche 19 octobre 2008
C’est pour moi une grande joie de vous accueillir aujourd’hui à la Citadelle de Québec, en cette année festive et mémorable où nous célébrons le 400e anniversaire de cette ville et où nous sommes fiers de recevoir les membres de la grande famille de la Francophonie.
Mes premières visites d’État à titre de gouverneure générale du Canada m’ont conduite en Afrique, un continent dont l’histoire rejoint la mienne et s’inscrit au plus profond de ma mémoire.
Pour la femme noire que je suis, cette traversée de l’Afrique était chargée d’émotion.
Mes ancêtres ont été arrachés à leur vie, dépossédés d’eux-mêmes, de leur langue, de leur nom, de leur histoire, de leur digne condition de femmes et d’hommes, pour être réduits en esclavage et déportés vers les Amériques.
Je suis née en Haïti où, au bout de trois siècles de traite infâme, les esclaves ont été les premiers à briser leurs chaînes.
Tout au long de mon périple en Afrique, j’ai marché sur des sentiers de l’espoir. Partout, j’ai constaté la volonté des populations de miser sur les forces de vie.
Toutes les promesses que recèle l’Afrique — et elles sont nombreuses — s’incarnent dans les gestes des femmes et des hommes de courage et de volonté que j’ai rencontrés.
Des femmes et des hommes de tous les milieux, de la société civile aux élus, jeunes et moins jeunes, des citoyennes et des citoyens responsables qui font résolument face avec courage, conviction et dignité aux défis auxquelles leurs sociétés, leurs communautés sont confrontées.
Chaque visage, chaque regard, chaque sourire s’est imprimé à jamais en moi.
Depuis, j’ai profité de toutes les tribunes et de toutes les occasions pour témoigner de ces gestes, de ces projets, de cette fraternité qui sont autant de signes d’espoir, d’avenir, de justice et de liberté.
À la fois dépositaire d’une sagesse très ancienne et riche d’une jeunesse avide de possibilités, l’Afrique est à pied d’œuvre.
À pied d’œuvre pour en arriver à une bonne gouvernance, pour contrer la faim et la maladie, pour offrir une éducation à ses filles et à ses fils, pour en finir avec les misères qui ne cessent de l’affliger.
Si elle a dû et si elle doit encore se défaire des stigmates de l’histoire, l’Afrique ne cesse aujourd’hui de se réinventer et de contribuer de son apport singulier à la richesse et au mieux-être de l’humanité.
C’est un fils de l’Afrique, Léopold Sédar Senghor, qui est le père de la Francophonie. Et c’est un fils de l’Afrique, Abdou Diouf, qui en dirige aujourd’hui les destinées.
Senghor voyait en la Francophonie « l’espoir d’une fraternité dans le respect mutuel et le dialogue des cultures ».
« Et si la Francophonie, ces dernières années, s’est développée, renforcée, rénovée, réorganisée, questionnait récemment Abdou Diouf, n’est-ce pas avant tout pour répondre à ce besoin criant de paix, d’égalité, de liberté? »
Ce sont là deux visions qui se font écho par delà le temps.
Deux visions qui touchent au caractère universel de notre condition humaine.
Deux visions qui donnent la mesure de notre responsabilité et de notre engagement au sein de la Francophonie internationale.
Aussi, je suis heureuse d’apprendre que les prochains Sommets de la Francophonie se tiendront à Madagascar en 2010 et en République démocratique du Congo en 2012; sur le continent qui a vu naître deux des grandes figures de la Francophonie et deux des plus grands humanistes de notre temps.
Sachez que mon vœu le plus cher est de retourner sur le continent de mes origines pour pouvoir rendre compte à nouveau de ses richesses, de ses réalisations, de ses rêves et de ses espoirs.
J’espère que votre séjour parmi nous aura été fructueux et agréable.
Je vous remercie chaleureusement de votre présence.
