Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion d’une discussion avec des femmes autochtones dans le cadre de la Journée internationale de la femme

Ce contenu est archivé.

Toronto, le samedi 8 mars 2008

Si vous saviez comme il était important pour moi de souligner la Journée internationale de la femme avec vous.

Femmes des Premières nations, femmes des peuples métis et inuit, permettez que je vous appelle mes soeurs.

Car j’ai la certitude que nous sommes toutes des sœurs.

Par nous, les femmes, passent la vie, l’avenir de l’humanité, l’espoir d’un monde meilleur.

Nos destins, nos luttes, nos rêves à nous, les femmes, se rejoignent.

Par delà les âges.

Par delà les cultures.

Par delà les frontières.

Partout où je suis allée, d’est en ouest et du nord au sud de notre vaste territoire, de l’Afrique au Brésil, en passant par l’Afghanistan, je l’ai vu de mes yeux : l’avenir de nos communautés dépend des efforts déployés au quotidien par les femmes.

On estime que les femmes accomplissent beaucoup du travail à l’échelle planétaire, alors que seulement une maigre partie des ressources leur reviennent.

Les femmes sont l’épine dorsale de nos sociétés. Habiliter les femmes, c’est leur donner les moyens d’améliorer les conditions de vie de leurs enfants, de leurs familles, de leurs communautés.

Et j’ai toujours estimé que notre véritable pouvoir repose dans notre aptitude à privilégier la dimension humaine dans toute situation. Les femmes ont le don de rassembler les gens et de favoriser l’esprit d’entraide.

C’est particulièrement le cas des femmes autochtones que j’ai rencontrées à la grandeur du pays.

Ces femmes m’ont enrichie de leurs points de vue sur le monde.

J’ai été, parmi vous, le témoin privilégié de tant de gestes prometteurs, de tant de paroles lumineuses, qui m’inspirent et me fortifient.

J’ai tant appris de vous.

De celles qui tentent de se reconstruire après des années de violence et d’abus, j’ai appris à ne jamais baisser ni les yeux ni les bras. Leur quotidien est pour moi une leçon de courage.

De celles qui pansent les blessures de l’âme, qui accompagnent et réconfortent, j’ai appris qu’il est possible de briser les cercles de l’oppression et de la violence et de les transformer en cercles de partage et de guérison.

De celles qui prennent la parole et défendent leurs droits, ceux de leurs enfants et de leur communauté, j’ai appris qu’il faut oser dire ce qui est tu. Qu’il faut, aussi, unir nos voix si nous voulons que le message résonne et porte loin.

De celles qui agissent pour améliorer le sort de leur communauté, avec engagement et compassion, j’ai appris la nécessité de croire en ses ressources, en ses capacités, en ses rêves, de croire en soi.

De celles qui sont des leaders, ces cheffes de bande, de plus en plus nombreuses, ces cheffes d’entreprises et d’organismes, j’ai appris qu’il ne faut pas craindre de prendre le pouvoir pour influer sur le monde.

De celles qui sont au crépuscule de leur vie, j’ai appris que la transmission est une responsabilité. La transmission du savoir, de la langue et de la culture, mais aussi de la fierté, de la confiance et du désir vital d’être soi.

De celles qui sont à l’aube de leur vie, j’ai appris que l’expérience des aînées est un gage d’espoir. Que nous avons le devoir d’instiller dans le cœur de nos filles — de nos garçons aussi — le désir de prendre leur place dans la société, d’aller au bout de leurs possibilités et de bâtir un monde plus juste, égalitaire.

De vous toutes, en somme, j’ai appris qu’il faut assumer son destin et sa propre parole. Que nous avons le devoir de créer tous les possibles, non seulement pour nous-mêmes et pour nos filles, mais pour l’ensemble de l’humanité.

Je suis émue par votre esprit de résistance, votre résilience, à vous, les femmes des Premières nations, les femmes métisses, les femmes inuites.

J’ai encore beaucoup à apprendre de vous.

Je suis ici pour poursuivre le dialogue avec vous et, surtout, pour vous écouter.

Je veux que vous me parliez de vous.

De vos appartenances.

De vos croyances.

De vos défis.

De vos rêves.

C’est d’ailleurs dans cet esprit que je vous ai invitées à apporter avec vous un objet, un emblème, et à nous dire en quoi il vous représente. Je suis impatiente de vous entendre.

Mes amies, mes sœurs, de nos discussions naîtront des solidarités nouvelles, des possibilités encore jamais envisagées, des promesses d’avenir.

À vous la parole.