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Rideau Hall, le mardi 11 novembre 2008
Je suis heureuse de vous accueillir à Rideau Hall en ce jour où nous accomplissons ensemble un émouvant et nécessaire travail de mémoire.
Le devoir de mémoire est une chose très importante.
Hier, j’ai inauguré un film bouleversant, Entre les lignes, une production de l’ONF par le cinéaste Claude Guilmain.
Ce film nous fait comprendre de l’intérieur la part indicible, inconcevable, profondément humaine et horriblement inhumaine de la guerre, au moyen de lettres écrites par nos soldats et nos infirmières.
Nous en entendrons des extraits un peu plus tard.
L’un de ces soldats est mon prédécesseur, le très honorable Georges Vanier, revenu de la Première guerre mondiale amputé de la jambe droite, mais plus convaincu que jamais de la nécessité de s’opposer à toute forme de barbarie.
Comme lui, tant de jeunes gens ont consenti d’inimaginables sacrifices au nom de la justice et de la liberté.
Comment mesurer tout ce que nous leur devons, sinon en les rappelant à notre souvenir, comme nous le faisons aujourd’hui et chaque année à pareille date?
Comment les en remercier, sinon en faisant le serment de défendre à notre tour les valeurs pour lesquelles ils ont combattu, au péril de leur vie.
« It came with a price, this thing we hold close
Of everything else, peace cost us the most. »
Oui, Andrea Murray, comme vous l’évoquez si bien dans votre poème pour lequel vous avez remporté la première place au concours du Souvenir, nous avons payé un lourd tribut pour rétablir la paix au cours d’un siècle qui fut l’un des plus meurtriers de notre histoire.
Il y a quatre-vingt-dix ans, jour pour jour, les forces alliées et ennemies signaient l’Armistice.
Le monde entier croyait en avoir fini avec la guerre.
Or, il y en a eu d’autres tout aussi meurtrières.
Voici que le Canada se voit à nouveau contraint de faire face à la dure et pénible réalité d’un conflit armé.
D’autres soldats quittent aujourd’hui parents, enfants, amours et amis pour venir en aide à des populations sous le joug de la violence, de la barbarie et de l’oppression.
Nous ne les oublions pas en ce jour du Souvenir.
Pensons aussi à leurs familles qui non seulement les appuient, mais respectent profondément leur choix et leur engagement, quoi qu’il arrive, même le pire.
Madame Stachnik, je vous ai croisé sur le tarmac, à la base militaire de Trenton, en compagnie d’autres familles endeuillées.
Je tenais à être là, aux côtés de vous toutes et tous qui aviez perdu un être cher en Afghanistan, et je vous remercie de m’avoir permis de vivre ce deuil avec vous.
Madame Stachnik, votre fils, Shane, était sergent du 2 Combat Engineer Regiment.
C’était un militaire expérimenté : il avait déjà accompli plusieurs missions, dont deux en Bosnie et une au Sri Lanka, après le terrible tsunami.
Oui, il a porté secours à des populations dévastées par la guerre et les catastrophes naturelles.
Il avait une âme généreuse…
Il a soutenu les efforts déployés en vue de rétablir la stabilité et la sécurité en Afghanistan.
Il était très courageux…
Il est venu en aide aux familles de ce pays du bout du monde qui sont privées de leurs droits les plus fondamentaux.
Il était un humaniste…
Vous avez toutes les raisons d’être fière de lui et de ce qu’il a fait, par engagement et par conviction.
Madame Stachnik, sachez que les Canadiennes et les Canadiens partagent cette fierté que vous avez pour votre fils.
Sachez aussi qu’ils portent ce deuil avec vous, comme ils portent celui de toutes celles et de tous ceux dont le fils, la fille, le conjoint ou la conjointe, le papa ou la maman ne sont pas revenus de mission.
Jamais nous n’oublierons ces hommes et ces femmes qui ont payé de leur vie le combat pour la liberté, ni celles et ceux qui les ont pleuré et qui les pleurent encore.
C’est une promesse.
Notre promesse d’espoir.
