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Rideau Hall, le vendredi 13 juin 2008
C’est un plaisir pour mon mari Jean-Daniel et moi d’accueillir à Rideau Hall des journalistes, dont certains furent autrefois des collègues, des représentants d’organismes de presse, des intellectuels, des libres penseurs.
Bienvenue à ce Point des arts, conçu comme un espace de réflexion et de dialogue sur les arts et la culture. Bienvenue à cette grande table qui est en soi une invitation à la discussion et à la célébration.
Tenir un Point des arts dans la foulée du Prix Michener pour le journalisme, c’est reconnaître d’emblée que le journalisme est un art.
L’art de raconter le monde, de le faire voir, de le faire sentir et de le faire comprendre.
L’art de toucher le cœur et d’ouvrir l’esprit en agissant sur les mentalités de façon durable et profonde.
L’art de mettre la vérité au service de la liberté, comme l’évoque si bien la devise de la Fondation Michener.
C’est ce journalisme que pratiquent les finalistes du Prix Michener de 2007. Un journalisme clairvoyant, engagé et soucieux du bien commun.
Vous devinerez que ce Point des arts m’interpelle d’une manière toute personnelle puisque j’ai été journaliste avant de défrayer moi-même les manchettes.
Même si j’ai pris du recul, je ne peux rester indifférente devant les défis qui se posent au milieu journalistique.
Je constate encore trop souvent que les perceptions prennent le pas sur les faits, les sensations fortes sur les idées, la rapidité d’exécution sur la pensée.
Je m’interroge quant à l’impartialité de l’information dans un environnement de plus en plus compétitif et soumis à la logique commerciale.
Je crains aussi que la complexité du monde, qui exige du temps de réflexion et une approche nuancée, devienne une peau de chagrin face aux exigences des machines qui produisent l’information et qui la mettent en marché.
Autant d’enjeux qui ouvrent plus largement, à mon sens, sur la santé démocratique de nos sociétés.
Jean Daniel et moi sommes impatients de connaître votre point de vue et de savoir quelles sont les voies que vous privilégiez pour témoigner, avec lucidité, rigueur et sensibilité, de ce pays que nous avons en partage et du dynamisme de sa société civile qui constitue, à mes yeux, son épine dorsale.
Sans cette société active et engagée, le pays s’écroulerait.
Et là, c’est la gouverneure générale qui vous parle. Celle qui sillonne le Canada pour aller à la rencontre des gens et de ce qu’ils vivent, pour reconnaître leurs réalisations, pour créer des espaces de parole et de solidarité, pour élargir les réseaux.
Ce qui me bouleverse dans l’aventure que je mène, c’est l’empressement avec lequel les gens de ce pays, femmes, hommes, jeunes et aînés, à trouver des solutions aux défis de notre temps.
C’est aussi l’esprit d’entraide qui se manifeste partout, du plus petit village au nord du Grand Nord, jusqu’au centre urbain le plus peuplé.
Et que dire de l’énergie des jeunes, des idées qu’ils proposent — des idées novatrices, rassembleuses, souvent lumineuses —, de leur audace, de leur vision citoyenne du monde?
Trop souvent encore, j’entends dire que les jeunes, c’est l’avenir. Mais quant est-il du présent?
Pourtant, ils sont là, force vive en action. Les jeunes ne demandent qu’à contribuer au bien de l’ensemble, pour peu qu’on leur en donne la possibilité.
Dans l’exercice de mon rôle, il me faut prendre le temps d’écouter, de voir, de ressentir, pour ensuite dresser l’état des lieux, informer et éveiller les consciences.
Ma fonction m’amène également à effectuer des voyages d’État et des visites officielles à l’étranger — 14 jusqu’à maintenant —, et j’ai alors la chance de pouvoir mesurer la perception qu’on a de nous, de nos valeurs, de nos actions, de nos contributions et de notre point de vue sur le monde.
Il va sans dire que la journaliste que j’ai été reste passionnée par toutes les histoires auxquelles j’ai accès.
C’est un trésor fabuleux, une part d’humanité qui m’est livrée avec générosité et authenticité.
Si vous saviez à quel point j’aimerais pouvoir raconter chacune de ces histoires.
Il y a tant à explorer, tant à découvrir, tant à partager dans ce pays de tous les possibles, si vaste, si riche et diversifié qu’on n’aura jamais fini d’en faire le tour.
Aujourd’hui, une occasion de dialogue s’offre à nous, et j’ai très hâte de vous entendre.
Merci d’avoir accepté notre invitation.
