Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion du Point des arts tenu dans la foulée des Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques

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Rideau Hall, le vendredi 28 mars 2008

C’est un plaisir pour Jean-Daniel et moi de vous accueillir à Rideau Hall afin de poursuivre le dialogue sur la place des arts visuels et médiatiques canadiens dans l’espace public, et de rassembler les lauréats de cette année et d’autres artistes, penseurs, acteurs, créateurs et administrateurs du milieu culturel.

Celles et ceux qui étaient de la rencontre l’an dernier ont soulevé des questions cruciales qui se devaient d’être approfondies.

Qu’en est-il de la perspective unique, singulière, de nos artistes dans la société? Quelle place leur fait-on dans nos institutions, dans nos villes, dans nos communautés?

Si l’essor des nouvelles technologies a transformé notre paysage visuel, est-ce que cela veut dire qu’il est plus riche, en espaces pour créer, en espaces de découverte? Est-ce que ce foisonnement nous offre une plus grande diversité de points de vue?

Quelle importance accordons-nous au travail de nos artistes et quel rôle jouent-ils dans la société d’aujourd’hui, marquée par la surconsommation et la fugacité des images qu’on nous propose?

Quelle place leurs œuvres occupent-elles au sein de la Cité?

Le Canada compte un nombre impressionnant d’artistes dans le champ des arts visuels et médiatiques qui ont élaboré de nouveaux langages, aux possibilités infinies.

Des artistes qui ont exploré cet espace de liberté qu’est la création d’une façon unique, audacieuse, inattendue.

Des artistes qui renouvellent l’apport de leurs prédécesseurs et qui repoussent les frontières de leur art.

Certains artistes parmi nous aujourd’hui sont mieux connus et davantage appréciés à l’étranger qu’ici, dans leur propre pays.

Plusieurs dénoncent le peu d’occasions et d’espaces disponibles pour présenter leurs œuvres, pourtant conçues pour être vues. Est-il normal que leur accès soit si limité? Cette question est souvent posée.

Nous avons le privilège, Jean-Daniel et moi, de vivre et de travailler dans cette résidence énergisée en permanence par une centaine d’œuvres de peintres et d’artistes visuels canadiens d’hier et d’aujourd’hui.

Ces tableaux, ces sculptures, ces objets d’art que nous côtoyons au quotidien, multiplient les perspectives sur le monde.

Parce qu’ils nous parlent, nous interrogent par delà ces murs, nous remettent en question, ils nous accompagnent dans notre quête de sens.

Les œuvres de nos artistes ne sont pas là pour enjoliver les lieux ni pour plaire à tous les regards.

Elles nous aident plutôt à mieux voir, à mieux comprendre le monde où nous vivons, à élucider nos peurs et nos désirs, à révéler nos parts d’ombre et de lumière.

Elles redonnent à la vie de tous les jours ce supplément d’âme que l’on oublie parfois d’y ajouter.

Je crois profondément qu’il faut, en ce pays, multiplier par tous les moyens les possibilités d’apprécier la présence lumineuse et la portée de l’art canadien.

Pour dire au monde qui nous sommes.

Pour que notre regard porte plus loin.

Pour accéder à une vie plus riche et plus entière.

Pour être libres d’aspirer au meilleur de nous-mêmes, individuellement et collectivement.

Merci d’avoir accepté notre invitation à réfléchir ensemble à la place que nous faisons au Canada, dans notre société et dans nos vies, aux artistes visuels et médiatiques canadiens, à leur démarche et à leurs œuvres.

Jean-Daniel et moi sommes impatients de vous entendre, ainsi que tous nos collaborateurs ici présents.

Une occasion de dialogue s'offre à nous aujourd'hui, une occasion que nous espérons étendre à l'ensemble de vos réseaux.