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Bratislava, le mercredi 26 novembre 2008
Votre volonté, Monsieur le Président, exprimée dès votre discours inaugural, de tenir le dialogue comme le chemin le plus sûr vers « la vérité, la tolérance et le respect » m’enchante.
J’ai moi-même tenu à faire de cet espace institutionnel que j’occupe à titre de gouverneur général du Canada un lieu où la parole citoyenne trouverait un écho et où prévaudraient les valeurs de respect, de tolérance et de partage, si chères aux Canadiennes et aux Canadiens.
Permettez, Monsieur le Président, que je vois là un même état d’esprit à l’œuvre.
C’est d’ailleurs en vue de poursuivre et, en quelque sorte, de raviver le dialogue que j’ai le privilège et l’honneur d’être parmi vous aujourd’hui.
Le dialogue entre nous n’est pas nouveau, comme en fait foi l’histoire qui lie le Canada et la Slovaquie.
En 1910, le premier journal slovaque du Canada, The Slovak Word, est publié à Blairmore, en Alberta, où se trouve une petite communauté de mineurs d’origine slovaque.
Mais c’est surtout après le coup d’état de 1948 et l’invasion soviétique de 1968 que le Canada accueille plusieurs réfugiés slovaques qui étouffent sous la chape de plomb du communisme et qui arrivent chez nous en quête de liberté.
Cette année marque d’ailleurs le quarantième anniversaire de la répression qui tenta de venir à bout des efforts du peuple slovaque pour reconquérir sa liberté.
Le Canada compte aujourd’hui 64 000 Canadiennes et Canadiens d’origine slovaque, dont les liens avec leur patrie d’origine contribuent à affermir nos relations, et qui ont participé activement à l’édification du Canada moderne.
Un Canada né de la rencontre des explorateurs européens et des peuples autochtones qui sont nos racines les plus profondes en terre d’Amérique.
Un Canada dont la première assemblée élue démocratiquement se tient à Halifax, dans la province atlantique de la Nouvelle-Écosse, en 1758.
Un Canada devenu un modèle de justice et d’équité dans le monde.
Un Canada fier du dialogue qui se poursuit aujourd’hui avec la Slovaquie.
Outre les traités que le Canada et la Slovaquie ont déjà signés, notamment en matière de sécurité sociale, de double taxation et de l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire, nos deux pays continuent de collaborer sur plusieurs fronts.
Songeons aux organismes multilatéraux comme les Nations Unies, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe et l’Organisation de coopération et de développement économique au sein desquels nous travaillons de concert.
Le Canada se réjouit en outre d’avoir été le premier pays à ratifier l’adhésion de la Slovaquie à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord.
Nous nous réjouissons de la présence de la Slovaquie au sein de la grande famille de la francophonie.
Dans un monde de plus en plus ouvert et complexe, il importe au Canada de consolider ses alliances avec les pays de l’Union européenne et de créer de nouvelles passerelles transatlantiques.
Comme vous pouvez le constater, monsieur le Président, les signes de la vitalité, voire de la fécondité du dialogue que nous avons eu à cœur d’entretenir au fil des ans et depuis le « divorce de Velours » en 1993, sont nombreux.
Il est un autre dialogue qui, pour enraciné qu’il soit dans nos histoires et nos territoires respectifs, transcende les frontières et aspire à « humaniser l’humanité ».
Il s’agit du dialogue des cultures où chacune « préserverait son originalité », selon le vœu de l’anthropologue français Claude Lévi-Strauss, qui célèbrera dans deux jours son centième anniversaire.
Mon mari, le cinéaste Jean-Daniel Lafond, et moi-même partageons votre conviction, Monsieur le Président, que la culture est un instrument de civilisation, surtout en cette période où la standardisation des modes d’expression et la barbarie de la pensée unique nous guettent.
Ne pas le reconnaître, comme vous le dites si bien, Monsieur le Président, c’est « mépriser ce que nous sommes », et la conséquence de ce mépris n’est rien d’autre que la « perte de soi » et l’appauvrissement de l’expérience humaine.
C’est justement afin de témoigner de l’apport inestimable, parce que singulier, de la Slovaquie à la diversité de l’Europe et du monde que j’irai à la rencontre de vos compatriotes, avec la délégation qui m’accompagne.
Je prie les membres de la délégation canadienne de se lever. Ces femmes et ces hommes représentent les dynamiques secteurs de la société canadienne et sont issus de divers milieux : des jeunes, des Autochtones, des universitaires, des activistes, des artistes, des leaders communautaires et des chefs de file du milieu culturel.
Plus tôt aujourd’hui, mon mari et moi avons eu de fructueux échanges avec vous, Monsieur le Président.
Au cours des prochains jours, nous entendons poursuivre le dialogue avec des femmes, des hommes et des jeunes de tous les secteurs névralgiques de la société slovaque.
J’aurai le bonheur d’exposer aux étudiants et professeurs de l’université Comenius, de même qu’aux membres du corps diplomatique, quelques-unes de mes idées sur la nécessaire mondialisation des solidarités, comme contrepoids à la mondialisation des marchés.
C’est avec un égal bonheur que je participerai à une discussion avec des journalistes sur le processus de démocratisation dont la Slovaquie, remise sur les rails de la liberté, après les courants répressifs du siècle dernier, constitue actuellement une source d’inspiration.
La journaliste que j’ai été ne sous-estime pas le rôle crucial que joue la presse dans la vie démocratique et la défense des valeurs citoyennes de nos sociétés.
Par ailleurs, nous nous rendrons à Banska Bystrica pour inaugurer une exposition d’œuvres contemporaines d’artistes canadiens qui, par leur travail et leur vision, œuvrent à l’affirmation et au rapprochement des cultures.
Mon vœu serait aussi de découvrir et d’apprécier la contribution des Roms à la société slovaque. Une communauté qui, me dit-on, constitue ici la deuxième minorité nationale.
Le Canada est un pays qui contient le monde, la diversité est donc au cœur de nos réalités quotidiennes. Nous travaillons sans relâche à renforcer nos liens sociaux et notre vivre-ensemble.
Car, comme vous, Monsieur le Président, nous sommes préoccupés par « le manque de magnanimité, de simple humanité et de solidarité » en ce monde.
Voilà une autre conviction que nous partageons.
C’est donc avec l’assurance de maintenir les liens déjà fraternels entre nous, et au nom du sentiment de solidarité que nous espérons accroître, Monsieur le Président, que je vous remercie chaleureusement de ce dîner offert en notre honneur et que je souhaite longue vie à l’amitié entre le Canada et la Slovaquie.
