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Budapest, le lundi 24 novembre 2008
Il y a dix-neuf mois, à une journée près, mon mari et moi avions le privilège et l’honneur, Monsieur le Président, de vous accueillir, de même que les membres de votre délégation, à Rideau Hall, au Canada.
Nous avons alors souligné que l’année 2006 avait marqué le 50e anniversaire de la révolution de 1956.
L’histoire du siècle dernier raconte que, mis à rude épreuve, le peuple hongrois eut pour seul espoir de se libérer un jour de l’emprise soviétique.
Ce furent des années difficiles, et le Canada n’hésita pas à ouvrir ses portes et son cœur à plus de 40 000 réfugiés dont le seul crime était de vouloir vivre libres.
Cet espoir qui porta le peuple hongrois pendant cette sombre période finit par avoir raison de l’oppression et apporte aujourd’hui au monde entier sa leçon de courage.
C’est justement pour saluer les progrès remarquables de la Hongrie, semés et multipliés par ce vent d’espoir, que je suis parmi vous à titre de gouverneur général du Canada.
De même que pour célébrer les liens d’une amitié indéfectible et d’une solidarité à toute épreuve entre nos peuples, qu’ils se manifestent dans les domaines de la coopération économique, au sein d’organismes internationaux, ou d’échanges culturels.
De tous les chefs d’État que j’ai reçus chez nous, vous êtes le seul, Monsieur le Président, chez qui je me rends à mon tour dans le cadre d’une visite d’État.
Les Canadiennes et les Canadiens tiennent pour précieuse la longue et riche histoire d’un peuple fier et déterminé, le vôtre.
C’est peut-être mon premier voyage en Hongrie, mais ce n’est pas mon premier contact avec le peuple hongrois.
Permettez-moi, Monsieur le Président, de partager avec vous et vos invités mes premières rencontres avec vos compatriotes.
J’étais alors une jeune étudiante canadienne, d’origine haïtienne et italianisante, en stage à l’une des facultés de l’université catholique de Milan, à Uddine.
C’était le début des années 1980 et l’effervescence de toute une jeunesse passionnée d’idées et rassemblée pour l’heure au séminaire du grand cinéaste italien Michelangelo Antonioni.
Je me souviens que mes camarades de séminaire hongrois, vivifiés en ces années-là par une liberté de parole retrouvée, s’en donnaient à cœur joie.
Je pouvais mesurer ce que cela représentait, moi dont la famille avait fui Haïti, un pays « barbelé de pied en cap », où régnait une dictature sans merci.
Je fus aussitôt conquise par leur goût pour la liberté et par leur attachement à une culture et à une langue uniques, par leur volonté de résister à toute assimilation.
Il y avait chez elles et chez eux un désir irrépressible de se libérer de la censure de la pensée.
Un désir auquel l’arrière-arrière- petite-fille d’esclaves que j’étais, et que je reste, n’était pas insensible.
Il y avait chez elles et chez eux cette certitude, pour reprendre la belle formule d’un écrivain de chez vous, Sandor Mârai, que « l’homme n’apprivoise pas une contrée seulement avec la bêche et la pioche, mais avec ce qu’il pense en bêchant et en piochant ».
Cette foi que mes camarades de séminaire hongrois plaçaient dans le pouvoir de la pensée m’est restée comme une promesse d’espoir.
Si vous saviez, Monsieur le Président, combien je suis émue et reconnaissante envers la vie de me donner la possibilité de venir à la rencontre des compatriotes de mes anciens camarades de classe.
Sachez que mon mari, Jean-Daniel Lafond, moi-même et la délégation qui nous accompagne entendons profiter de chaque instant de notre séjour parmi vous pour approfondir notre connaissance de votre pays et pour répercuter au Canada ce que nous verrons et apprendrons chez vous.
Je prie les membres de la délégation canadienne de se lever. Ces femmes et ces hommes représentent les dynamiques secteurs de la société canadienne et sont issus de divers milieux : des jeunes, des Autochtones, des universitaires, des activistes sociaux, des artistes et le directeur de l'Office national du film, M. Perlmuter, qui est un Canadien d'origine hongroise.
Cette visite d’État commence en beauté dans la splendeur de votre capitale où nous avons eu, plus tôt aujourd’hui, de très intéressants et fructueux entretiens avec vous, Monsieur le Président, de même qu’avec le président de la Chambre et le premier ministre. Je rencontrerai demain le maire de Budapest.
Au cours des prochains jours, nous comptons participer à des discussions avec des femmes, des hommes, des jeunes, de tous les secteurs névralgiques de la société hongroise.
J’ai fait de la jeunesse l’une de mes priorités, et partout où je vais, je lui accorde toute mon attention et je suis toujours émerveillée par l’empressement de nos jeunes à changer le monde pour le mieux, par leur désir d’être entendu et de participer pleinement à la vie citoyenne.
Monsieur le Président, je partage avec vous la conviction que la société civile joue un rôle de premier plan dans la redéfinition de nos communautés en fonction de valeurs plus solidaires et pour donner à nos jeunes l’élan qu’il leur faut.
J’ai été heureuse de lire dans votre allocution du nouvel an que vous estimiez que ces organisations étaient devenues « essentielles » au progrès de votre pays.
Nous soulignerons également la vitalité des liens d’affaires entre nos deux pays, comme en témoigne la présence de l’entreprise Bombardier chez vous.
Nous savons la richesse de la culture hongroise et nous nous entretiendrons aussi avec des artistes, notamment des cinéastes.
Nous croyons fermement à la diplomatie culturelle car la culture, pour enracinée qu’elle soit dans les territoires qui l’ont vu naître, établit un dialogue par-delà les frontières, par-delà nos différences, qui aspire à humaniser l’humanité.
C’est également dans cet esprit d’ouverture et de dialogue que nous aborderons avec des membres de la communauté des Roms les questions de la culture, de l’éducation, de la citoyenneté et de l’intégration.
Questions cruciales s’il en est pour briser les solitudes, selon la devise que je me suis donnée, et pour favoriser la contribution de chacune et de chacun à l’enrichissement de l’ensemble.
Voilà notre programme, et je sais d’ores et déjà que nous vivrons avec vos compatriotes des moments inoubliables qui, je l’espère, resserreront davantage les liens qui nous unissent.
Nous nous réjouissons de votre présence au sein de la grande famille de la Francophonie et saluons votre présidence de l’Union européenne en 2011.
Dans un monde de plus en plus ouvert et complexe, où les enjeux auxquels nous faisons face exigent une approche globale, il importe au Canada de consolider ses alliances avec les pays d’Europe auxquels nous sommes attachés par l’histoire.
Se tenait le mois dernier à Québec le premier Sommet économique Canada-Union européenne qui témoigne d’un désir de rapprochement et de créer de nouvelles passerelles transatlantiques.
Nous espérons que cette initiative connaîtra d’heureux prolongements sous la présidence hongroise de l’Union européenne en 2011.
Monsieur le Président, mon mari Jean-Daniel Lafond et moi-même vous remercions chaleureusement de votre accueil et de ce dîner offert en notre honneur.
J’aime à croire que nous sommes en train d’ajouter de nouvelles pages à l’histoire qui s’est tissée entre nos peuples au fil des ans.
Au nom du passé qui nous a réunis, du présent qui fait de nous des alliés, et de l’avenir que nous voulons construire ensemble, je lève mon verre.
Longue vie à l’amitié entre le Canada et la Hongrie.
