Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion du dialogue jeunesse sur le 250e anniversaire de la démocratie

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Halifax, le samedi 20 septembre 2008

Je suis enchantée de me joindre à vous aujourd’hui.

Bien que je doive limiter ma participation à des activités publiques en raison de la campagne électorale, j’ai estimé qu’il était très important pour moi d’être parmi vous pour souligner le 250e anniversaire de la naissance de la démocratie parlementaire au Canada.

Comme vous le savez, la démocratie est la pierre angulaire de notre société. 

C’est le fondement sur lequel est ancré notre système juridique.

C’est le pilier sur lequel reposent nos libertés.

C’est l’arche qui nous relie les uns aux autres dans un dialogue continu sur le bien de la collectivité.

Et le dialogue, si essentiel pour faire entendre vos voix et si essentiel à la pensée critique et à la contestation, est l’essence même de la démocratie.

Le dialogue nous permet d’explorer de nouvelles avenues et nous permet de travailler ensemble pour renforcer le lien social qui nous unit.

Vous vous demandez sans doute pourquoi il est si important.

On peut se demander pourquoi vaut-il la peine de passer du temps à débattre sur notre société?

Pourquoi vaut-il la peine de voter?

Ne vaudrait-il pas mieux laisser les autres prendre les décisions pour nous?

N’avons-nous rien d’autre de plus urgent à faire?

Cette façon de penser est malheureusement très répandue dans notre société.

Appelons cela par son vrai nom : l’apathie. Oui, l’apathie est bel et bien vivante. C’est ce qui nous fait croire, à bon nombre d’entre nous, que la démocratie ne nous concerne pas; que le gouvernement ne se préoccupe pas de nous ; que nous devrions nous croiser les bras et ne pas assumer nos responsabilités.

Or, il y a 250 ans, les habitants de la Nouvelle-Écosse se sont rendu compte que pour assurer leur bien-être individuel et collectif, il fallait qu’ils fassent entendre leurs voix. 

Grâce à leur volonté d’influer sur le processus décisionnel, le gouvernement britannique a été forcé d’autoriser des Néo‑Écossais à élire la première assemblée parlementaire du Canada, en 1758.

Certains parmi vous diront que la plupart des Néo-Écossais n’avaient pas le droit de vote, c’est‑à‑dire les femmes, les Autochtones, les Afro‑Canadiens et autres.

Que le pouvoir de décision ultime ne relevait pas de l’assemblée législative du Canada.

Qu’en fait, l’assemblée ne se réunissait qu’une fois par an.

Tout cela est vrai.

Pourtant, nul ne peut nier l’importance cruciale de ce qui a pris naissance en Nouvelle‑Écosse : cette province a aidé à consacrer, au Canada, le principe voulant que ce soit les citoyens et citoyennes qui déterminent la façon dont leurs vies sont régies.

Une fois implantée en Nouvelle‑Écosse, l’idée a fait ses preuves, puisqu’elle s’est répandue comme une traînée de poudre à travers le pays, ralliant de plus en plus de gens.

Aujourd’hui, chaque citoyenne ou citoyen âgé de 18 ans et plus a le droit de voter; et toutes et tous, quel que soit l’âge, peuvent exercer leur droit de parole et leur droit de se rassembler.

Si nous avons beaucoup à offrir en tant que pays, c’est à la Nouvelle‑Écosse que nous le devons.

Mais je crois qu’il s’impose également de remercier la Nouvelle‑Écosse pour ce qu’elle a fait aujourd’hui.

Pour célébrer ce 250anniversaire, la province a décidé de concentrer ses énergies sur les jeunes.

J’ai été vraiment impressionnée d’apprendre que vous avez tenu, à travers la province, des consultations communautaires avec les jeunes sur le thème de la démocratie.

Car j’estime, moi aussi, que ce sont les jeunes qui possèdent les cartes maîtresses permettant de bâtir une société meilleure.

Savez-vous quel est le poids de votre vote? Vous rendez-vous compte de la différence que vous pouvez faire? Votre voix, vos idées comptent. Vous, les jeunes, vous faites partie de la solution.

C’est la raison pour laquelle, dès mon installation comme 27e gouverneur général du Canada, j’ai choisi de mettre l’accent sur les jeunes comme l’une des priorités de mon mandat.

J’ai voulu faire de l’institution que je représente un espace où vos voix résonneraient d’un bout à l’autre du pays; un espace où vos idées seraient prises au sérieux par les décideurs, les leaders communautaires et les chefs de file du milieu des affaires; un espace où vous pourriez établir des réseaux et de nouveaux partenariats au-delà des frontières régionales, linguistiques, culturelles, ethniques et de classe. 

C’est pourquoi je suis si heureuse d’être ici aujourd’hui, avec certains des jeunes leaders les plus talentueux, les plus dynamiques et les plus engagés de la Nouvelle‑Écosse et du pays.

J’aimerais que vous me disiez comment vous envisagez votre rôle dans une société démocratique comme la nôtre.

J’aimerais connaître vos idées sur les façons dont les jeunes pourraient être encouragés à reconnaître que l’exercice du droit de vote fait partie intégrante de la vie démocratique.

Et j’aimerais savoir comment, selon vous, les jeunes pourraient unir leurs efforts, en brisant les solitudes imposées par la géographie, les langues, l’ethnicité, la religion et la couleur, pour que votre voix résonne plus haut d’un bout à l’autre du pays.

Je suis ravie que L’Apathie c’est plate vous ait rassemblés ici aujourd’hui. Parce que, moi aussi, je crois que l’apathie c’est plate!

Et j’en profite également pour féliciter Démocratie 250 pour un excellent travail.

Je sais que vous avez beaucoup à dire.

Alors, sans plus tarder, place à la discussion.