Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion du dévoilement national de la Croix de Victoria canadienne

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Rideau Hall, le vendredi 16 mai 2008

C’est une belle histoire que celle de la Croix de Victoria canadienne que nous dévoilons aujourd’hui.

Une histoire née de la volonté de tout un pays de reconnaître la vaillance militaire dans ce qu’elle a de plus noble et de plus respectée.

En 2005, des milliers de gens ont fait la file au Parlement pour venir présenter leur respect à « Smokey » Smith, lors de son décès.

« Smokey » Smith était le dernier récipiendaire canadien de la Croix de Victoria britannique.

Vous vous souvenez de la file qui s’étirait jusqu’à la rue Wellington? Il y avait des photos partout dans les journaux.

Cette décoration a capté l’imaginaire de tout un peuple.

La Croix de Victoria britannique est le  degré de reconnaissance le plus élevé qu’on puisse espérer recevoir au cours de sa vie.

Et ils sont rares ceux qui l’ont obtenue en un peu plus d’un siècle et demi. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui l’ont reçue à titre posthume.

Or, le Canada a voulu avoir sa propre Croix de Victoria.

Une Croix non pas totalement différente de la britannique, mais qui reflèterait davantage ce que nous sommes.

Ce à quoi Sa Majesté la reine Élisabeth II a donné son accord en 1993.

Nous avons pris le temps de bien faire les choses, avec l’appui de nos partenaires.

Il nous importait d’en arriver à un modèle qui s’inscrive dans la continuité et de produire la Croix de Victoria canadienne au pays.

C’est une Croix simple en apparence, mais qui résulte de tout un travail de réflexion, de recherche, d’historiographie, de minutie et de collaboration.

Pour créer l’alliage, nous avons rassemblé diverses composantes : le bronze à canon datant de la Guerre de Crimée, aussi utilisé dans la composition de la Croix de Victoria britannique, le métal d’une Médaille de la Confédération frappée en 1867 et des métaux provenant de toutes les régions du Canada.

L’artiste de la Chancellerie s’est mis à l’œuvre, produisant esquisse sur esquisse.

Une jeune soldate des Forces armées canadiennes en mission en Angleterre est allée récupérer, dans le plus grand secret, me dit-on, le bronze à canon offert par le Royaume-Uni au peuple canadien pour le rapporter au pays.

Le ministère du Patrimoine canadien a fait don d’une Médaille de la Confédération pour qu’elle soit utilisée dans l’alliage.

Le Maître-graveur de la Monnaie royale canadienne a conçu des moules et des motifs suivant les dessins de l’artiste de la Chancellerie.

Puis, après avoir étudié la composition de la Croix de Victoria britannique, des experts de Ressources naturelles Canada ont fondu les métaux à partir d’une recette dont eux seuls connaissent la composition.

Quelle histoire, vous en conviendrez.

Oui, c’est une belle histoire que celle de notre Croix de Victoria.  Une histoire dont nous célébrons tous ensemble aujourd’hui la page inaugurale.

Une histoire que poursuivent ces hommes et ces femmes qui ont choisi d’« entrer » dans les Forces et qui vont au bout de leur engagement, par sens du devoir, par désir d’apporter leur contribution, par conviction, comme les récipiendaires de la Médaille et de l’Étoile de la vaillance militaire qui sont parmi nous aujourd’hui, et que je salue.

C’est une histoire qui s’inscrit dans la plus pure tradition de cette Croix, que la Reine Victoria voulait remettre sans égard au rang et au galon, du simple soldat jusqu’aux plus hauts gradés.

Une histoire qui parle de notre pays, le Canada, un pays qui a toujours eu à cœur d’apporter paix et stabilité à notre monde, hier comme aujourd’hui, au nom d’un idéal de justice et de liberté.

Et c’est cet idéal que la Croix de Victoria incarnera avec force à compter d’aujourd’hui.

Je vous remercie.