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Québec, le lundi 23 juin 2008
Quelle fierté et quel bonheur de vous accueillir ici, dans la magnifique ville de Québec, joyau du patrimoine mondial, au moment même où nous célébrons son 400e anniversaire.
Du haut de la Citadelle jusque dans les rues de la Basse-Ville, notre histoire est partout présente sous nos yeux et se révèle dans les signes que le temps a laissés derrière lui pour notre plus grand enrichissement collectif.
Je crois que nous n’aurions pu trouver meilleur endroit, ni plus belle occasion pour tenir ce 28e Congrès international des sciences généalogique et héraldique. Il y a d’autant plus à voir et à découvrir que vous êtes toutes et tous des passionnés d’histoire et de fins connaisseurs.
Donner le coup d’envoi à ce Congrès a beaucoup plus de portée et de signification pour moi que de simplement m’acquitter de la tâche qui me revient à titre de présidente d’honneur d’un événement de cette envergure.
La généalogie et l’héraldique sont des sciences auxiliaires de l’histoire. Et j’estime qu’elles sont d’une actualité et d’une nécessité remarquables en ce début du troisième millénaire.
Lorsque j’ai été nommée gouverneure générale du Canada il y a deux ans et demi, j’ai eu l’occasion, pour ne pas dire le privilège, de réfléchir à mon parcours de vie.
Haïti, mon île natale, le régime de terreur et d’oppression que nous avons dû fuir, ma famille et moi, alors que je n’avais que 11 ans. Mon arrivée ici, au Canada, sur cette terre dans laquelle je me suis enracinée et qui est devenue, pour moi, le pays de tous les possibles.
J’ai aussi eu à remonter le cours du temps pour retracer le parcours de mes ancêtres. Certains ont été arrachés à l’Afrique, transportés comme marchandise de ce côté-ci de l’Atlantique et réduits à l’état d’esclavage, le pire outrage, comme l’ont été aussi de nombreux indigènes de l’île. Dépossédés de leur terre et colonisés, d’abord par les Espagnols et ensuite par les Français. Ainsi, certains de mes ancêtres étaient également Tainos, Arawaks et Caribes, trois nations autochtones prospères qui vivaient dans la région des Caraïbes avant l’arrivée des Européens.
Ce fut un voyage intérieur, un voyage qui m’a permis de cerner encore davantage l’espoir que je pouvais représenter pour toutes celles et tous ceux qui ont dû, un jour, reconquérir leur liberté.
Étant, de par ma fonction, le chef de l’Autorité héraldique du Canada, j’ai eu à créer, en quelques semaines, mes armoiries personnelles que je transmettrai à ma fille, Marie-Éden, et à ses descendants.
Mes armoiries sont un reflet du parcours de mes ancêtres africains et amérindiens, de ces femmes et de ces hommes qui ont dû briser leurs chaînes, s’affranchir, renaître de l’outrage absolu, reconquérir leur liberté au bout de trois siècles et demi d’une traite infâme.
Mes armoiries sont aussi un reflet de mes convictions profondes, de ce que je souhaite accomplir au cours de mon mandat et de l’héritage que je veux laisser à ce pays qui m’a ouvert ses bras et son cœur.
« Briser les solitudes » est la devise que j’ai choisie.
Voilà qui s’inscrit bien dans le grand thème de votre congrès : La rencontre de deux mondes : quête ou conquête.
J’estime que le Canada est ce qu’il est aujourd’hui parce qu’il n’a jamais cessé de miser sur les possibilités infinies des rencontres qui ont eu lieu entre citoyens venus de tous les horizons pour participer à l’idéal d’une société pluraliste où chacune et chacun sont égaux en droits.
Cette année, mon mari, Jean-Daniel Lafond, a lui aussi conçu ses armoiries que j’ai découvertes il y a deux semaines à peine.
Pour lui comme pour moi, ce fut une expérience unique, bouleversante, inoubliable.
Comme si nous prenions conscience de façon encore plus profonde que nous nous inscrivons dans le temps, que nous poursuivons la marche du monde que d’autres ont entamée avant nous.
Sa devise en dit long sur le philosophe, le cinéaste et l’homme profondément engagé qui m’accompagne dans cette grande aventure. Il a choisi : « L’humanité est ma patrie ».
Un autre très beau legs à notre fille Marie-Éden, à Estelle et Élise qu’il a eues d’un premier mariage et à nos deux petites-filles Éléonore et Justine, 5 filles! Rien n’est plus précieux que de transmettre à nos enfants un point de vue sur le monde qui leur donne à réfléchir.
Chose certaine, c’est un exercice qu’on ne peut prendre à la légère et qui nécessite qu’on s’y investisse totalement. Car pour choisir les éléments d’un emblème, quel qu’il soit, des questions fondamentales se posent.
Qui sommes-nous?
Comment traduire en symboles nos racines, notre histoire, nos valeurs?
Comment faire en sorte que le message projeté soit à la fois percutant et évocateur?
Comment exprimer ce qui constitue l’essence de notre famille ou de notre société et la place que nous y tenons?
Comment, enfin, réussir cet exploit en respectant les règles du blason puisque rien, au sein d’une armoirie, n’est laissé au hasard et que chaque couleur et figure porte le message qu’on choisit de leur donner?
Mon mari et moi avons pu compter, pour nous venir en aide, sur les hérauts d’armes du Canada.
Ils nous ont fait découvrir leur passion et leur science.
Ils nous ont convaincus de la puissance d’évocation des armoiries, de leur importance pour élargir notre compréhension de nous-mêmes et du monde et pour assurer une continuité en cette ère de l’instantané.
Je tiens d’ailleurs à souligner aujourd’hui l’expertise des hérauts d’armes du Canada qui nous accompagnés, mon mari et moi, dans cette démarche. Et à dire ma fierté qu’une femme et une femme de mérite, Claire Boudreau, soit à la tête de l’Autorité héraldique du Canada.
La généalogie est elle aussi née du désir de savoir qui l’on est et d’où l’on vient pour être à même, par la suite, de se projeter vers l’avenir.
C’est un passe-temps, mais aussi une science qui a connu, depuis un quart de siècle et jusqu’à aujourd’hui, un renouveau dans de très nombreux pays.
Ma curiosité et mon enthousiasme à l’égard de mon histoire ne sont sans doute pas très éloignés de ceux des descendants des premiers arrivants venus s’établir au Canada.
Ils rejoignent assurément également ceux des membres des Premières Nations, des communautés métisses et inuites qui ont, aujourd’hui comme hier, à cœur de préserver leurs cultures, leurs langues et le savoir de leurs aînés et de leurs ancêtres.
Cette quête, ce besoin de se rapporter à sa propre histoire dans le prolongement de nombreuses histoires sont universels.
Or, le désir de savoir qui l’on est peut mener à des recherches généalogiques de longue haleine qui nécessitent l’apprentissage de nouvelles habiletés, ne serait-ce que pour lire et interpréter les sources premières et les anciens documents d’archives.
D’où l’importance de votre rôle, de votre savoir et, je dirais, de votre passion. Vous qui êtes des experts reconnus dans votre domaine, et le programme de ce congrès en témoigne.
Je vous encourage à profiter de l’occasion pour découvrir les champs d’études et de recherche de vos collègues venus ici, à Québec, échanger et exposer le fruit de leur travail.
L’Autorité héraldique du Canada célèbre cette année ses 20 ans d’existence, et c’est avec un immense plaisir qu’elle a contribué, dans la mesure de ses moyens et malgré la distance, au travail titanesque des organisateurs de ce congrès.
En 1996, ce même congrès avait lieu à Ottawa, et les hérauts m’ont parlé des efforts considérables et du temps que requiert l’organisation d’une telle rencontre.
Permettez que je félicite la Fédération québécoise des sociétés de généalogie et la Société de généalogie de Québec pour leur générosité, leur enthousiasme et leur professionnalisme.
De nombreux bénévoles de ces organisations seront en poste toute la semaine. Leur dévouement mérite d’être reconnu et chaleureusement applaudi.
J’aimerais, en terminant, vous inviter, ce samedi 28 juin, en après-midi, à la journée portes ouvertes de la Citadelle, où se trouve la seconde résidence officielle du gouverneur général. Plusieurs expositions sur les 400 ans d’histoire de la ville de Québec y sont présentées. Je vous y attends.
Que ces cinq jours à Québec soient jalonnés de belles rencontres et d’heureuses découvertes. Bon congrès à toutes et à tous!
