Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion de l’ouverture de la conférence scientifique annuelle du Conseil international pour l’exploration de la mer

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Halifax, le lundi 22 septembre 2008

La mer fait partie de ma cartographie intime.

Je suis née et ai passé ma petite enfance dans une île de la mer des Caraïbes.

Lorsque ma famille et moi avons quitté Haïti et avons « débarqué » au Canada, comme tant d’autres Canadiennes et Canadiens venus d’ailleurs, seule une carte aurait pu nous permettre d’imaginer l’immensité de ce pays que nous avons fait nôtre.

Nous avons vite compris que le Canada était aussi une nation maritime à plus d’un titre.

Par la géographie, puisque notre littoral de plus de 240 000 kilomètres est le plus long au monde et borde trois grands océans, l’Atlantique, l’Arctique et le Pacifique.

Par l’histoire, aussi, puisque c’est par la mer que les explorateurs européens sont arrivés en terre d’Amérique.

Des routes maritimes ont jeté des ponts entre les continents et des rencontres fabuleuses ont eu lieu entre les civilisations européennes et autochtones.

En fait, les explorateurs européens n’auraient sans doute pas survécu en ce « nouveau monde », comme ils l’appelaient, sans l’intelligence des Premières nations qui l’avaient exploré bien avant eux.

Cette année marque d’ailleurs le quatre centième anniversaire de la fondation de la ville de Québec par Samuel de Champlain et ses compagnons, sous le signe de la rencontre des civilisations européennes et autochtones.

La mer s’ancre ainsi, si vous me permettez l’expression, dans notre imaginaire et notre patrimoine.

Nous en savons les richesses.

Nous en connaissons les fragilités.

Et, contre vents et marées, nous entendons préserver cet héritage naturel si intimement lié à l’esprit d’aventure qui a présidé à la naissance du Canada moderne.

Seule la « brise  océane », selon la belle expression du poète acadien Serge Patrice Thibodeau, sait « (nous) dérider la peau ».

Aussi, en ma qualité de gouverneur général du Canada, je suis fière et honorée de vous souhaiter la plus cordiale des bienvenues, vous les participantes et participants à la conférence scientifique annuelle du Conseil international pour l’exploration de la mer, à laquelle je donne le coup d’envoi.

C’est la troisième fois que  nous accueillons sur nos rives cette conférence d’envergure, d’abord à Montréal en 1975, puis à St. John’s en 1994.

Permettez-moi de rappeler, pour mémoire, que si Halifax est un port de première importance au Canada, c’est également  ici que se tenait, il y a 250 ans, en 1758, la première assemblée parlementaire au Canada.

La portée de cet événement est pour nous inestimable car, si le Canada est aujourd’hui un pays de tous les possibles, où chacune et chacun est libre de poursuivre ses rêves et ses aspirations, c’est parce des hommes et des femmes, jeunes et moins jeunes, ont eu à cœur d’instaurer ici la démocratie.

Ce pays est fait de tous les espoirs que nous portons, de tous les rêves que nous partageons, de tous les projets que nous réalisons.

Et l’un de ces espoirs, l’un de ces rêves, l’un de ces projets, chers aux Canadiennes et Canadiens, que j’ai rencontrés sous toutes les latitudes ces trois dernières années, est d’assurer pour les générations à venir l’intégrité de nos écosystèmes,  dont la mer est une partie intégrante.

Surtout dans un pays comme le nôtre dont le littoral semble illimité.

Je me rappelle cet arpenteur fantaisiste inventé par l’écrivain italien Alessandro Baricco, qui cherchait coûte que coûte à déterminer où finit la « mer immense, l’océan mer, qui court à l’infini plus loin que tous les regards, la mer énorme et toute-puissante ».

Et j’ai envie de lui répondre que la mer ne finit jamais, dans la mesure où la terre où elle échoue prolonge en fait un même milieu vivant que nous avons la responsabilité de protéger contre la cupidité et l’insouciance.

En 1997, le Canada a été le premier pays du monde à adopter une loi consacrée à la gestion des océans.

Par cette loi, le Canada s’engageait à conserver, à protéger et à développer les océans de façon durable.

Le ministère canadien des Pêches et des Océans célèbre cette année un siècle de recherche dans le domaine des sciences de la mer, et  je suis fière d’en saluer les membres devant vous. Leur ténacité nous honore et leurs connaissances sont précieuses.

Nous nous réjouissons de notre collaboration avec le Conseil international pour l’exploration de la mer, qui partage notre vision et nos objectifs.

Car nous estimons que la préservation de nos écosystèmes nécessite aujourd’hui une approche globale et une véritable mondialisation des solidarités et des connaissances.

C’est à cette seule condition que nous pouvons espérer trouver des solutions viables à des enjeux qui nous concernent toutes et tous.

Qu’il s’agisse de la pérennité des ressources maritimes et de ses répercussions sur la vie des communautés qui en vivent. J’ai visité plusieurs de ces communautés ici, dans les Maritimes, mais aussi en terre de Baffin, sur la côte ouest, dans les territoires du Nord-Ouest, et je suis plus que jamais convaincue que notre essor passe aussi par le leur.

Qu’il s’agisse de l’impact des changements climatiques sur la productivité marine, dont les peuples du Nord ont été parmi les premiers à signaler les effets sur l’environnement.

Qu’il s’agisse de l’urgence de mettre en œuvre une planification concertée de la gestion des ressources maritimes.

Qu’il s’agisse, enfin, du rôle des glaces marines dans les écosystèmes polaires, qui ne concerne pas exclusivement les populations du Nord, mais la planète entière.

Toutes des questions, en somme, que vous aborderez au cours des séances de cette semaine de conférence.

Les fondateurs du Conseil international pour l’exploration de la mer avaient la conviction que la collaboration globale était essentielle pour aborder les grands enjeux sociaux liés aux océans.

Cette conviction doit demeurer intacte et continuer d’animer votre action et de susciter notre engagement.

J’estime que cet engagement est primordial.

Car notre planète bleue est d’abord faite d’eau. On a beau l’imaginer continentale, elle est en fait maritime.

Il importe que nous, terriennes et terriens, entretenions avec la mer des relations éco-systémiques qui ne concernent pas seulement les populations côtières.

Ce qui porte atteinte à l’espace marin, qu’il s’agisse de la surpêche, des marées noires, de la pollution, des zones mortes, du transport des marchandises, nous concerne toutes et tous.

Il ne faut pas faire de la mer la poubelle de la terre.

Cette conférence contribue à nous le rappeler vivement.

Aussi je vous encourage chaleureusement à poursuivre votre travail dans cette voie porteuse d’avenir, et vous souhaite le plus agréable et fructueux des séjours au Canada.

Merci.