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Ottawa, le lundi 7 avril 2008
Je suis émue d’être ici ce matin, dans ce lieu de recueillement, de convergence et de rassemblement.
Chaque fois que j’entre dans un cimetière, j’ai l’impression d’ouvrir la porte d’une bibliothèque. Chaque pierre tombale est un livre, chaque personne qui y repose, une histoire.
Souvent, je m’arrête et m’approche pour mieux voir les noms, les dates, les inscriptions qui nous parlent de celle ou de celui qui fut.
J’aime à croire que leur esprit est toujours là, qu’il nous accompagne, qu’il continue de vivre à travers nos pensées et nos souvenirs.
« La vie est perdue contre la mort, mais la mémoire gagne dans son combat contre le néant », écrivait Todorov en 2004 dans Les abus de la mémoire.
Ce que nous célébrons dans la commémoration et qui perdure dans le souvenir, c’est le parcours d’une vie. La vie de celles et de ceux que l’on a connus, admirés, côtoyés, aimés.
Parcourir le cimetière Beechwood, c’est traverser un lieu de mémoire. C’est revenir dans le temps, sur les traces de nos prédécesseurs, découvrir les rêves qui les ont animés.
Des pans entiers de l’histoire du Canada se déploient ici sous nos pas.
Sont enterrés dans ce cimetière des gens qui ont bâti ce pays à force de détermination, de conviction et de courage.
Des personnages célèbres qui ont marqué leur époque, mais aussi des gens ordinaires aux destinées extraordinaires, des soldats qui ont donné leur vie pour en sauver d’autres, des héros du quotidien, sans compter des familles, dont plusieurs sont issues de l’immigration, et qui ont donné naissance à cette ville, à cette communauté.
D’ailleurs, nous trouvons ici la tombe de l’un de mes prédécesseurs, le très honorable Ramon Hnatyshyn.
J’ai été même étonnée d’apprendre que d’autres qui ont travaillé à Rideau Hall y sont aussi enterrés.
La vie de toutes ces femmes et de tous ces hommes, le rôle qu’ils ont joué dans la marche du monde, nous rappellent que nous sommes les maillons d’une grande chaîne humaine. Que chacune et chacun, à notre manière, faisons l’histoire. Que nous en tissons la trame.
L’histoire recommence avec chacun de nos passages dans le monde.
À titre de commandante en chef, je côtoie au quotidien des hommes et des femmes qui s’emploient aussi à faire une différence dans l’ordre des choses.
Des militaires de tous les grades, des tous les régiments, de toutes les régions du pays.
Ces hommes et ces femmes, je les ai vus à l’œuvre non seulement ici, au Canada, mais en Haïti, sur le NCSM Iroquois à Casablanca, au Camp Mirage et à Kandahar.
Je les ai écoutés me parler de leur vie, de leur engagement, de leurs convictions.
Je suis touchée par leur détermination à toute épreuve et leur courage face aux nombreux dangers.
Je vis comme un grand privilège la possibilité que j’ai de les appuyer, eux et leurs familles, et de les accompagner, même dans les moments les plus difficiles.
Lors du rapatriement des soldats morts en Afghanistan, je tiens à être là, sur le tarmac, aux côtés des familles endeuillées. Et je les remercie chaque fois de m’inclure et de me permettre de vivre ce deuil avec elles.
Ces familles me parlent de leur douleur, mais aussi du respect qu’elles ont pour le choix qu’a fait cet être cher qu’elles ont perdu.
Que l’on se souvienne de la somme des sacrifices qu’eux et tous les soldats qui reposent ici ont consentis au nom d’un idéal de démocratie.
La liberté dont nous jouissons dans ce pays n’est pas le lot du plus grand nombre sur la planète. Elle a été chèrement acquise par celles et ceux qui nous ont précédés.
Il est juste que nous rendions compte de la grandeur de leur contribution.
Ce centre commémoratif est une promesse faite aux femmes et aux hommes qui sont venus avant nous et qui ont apporté leur énergie, leur enthousiasme et leur perspective unique sur le monde.
La promesse de ne jamais oublier, malgré la fuite du temps.
La promesse de prolonger en nous leur œuvre et de l’enrichir, au bénéfice des générations à venir.
La promesse d’améliorer sans cesse et toujours le sort de nos semblables.
Merci à toutes les personnes qui ont contribué à ce beau et grand projet.
J’ai maintenant le plaisir de déclarer officiellement ouvert le Centre commémoratif national Beechwood.
