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Banff, le vendredi 6 juin 2008
Nous voici enfin à Banff, au pied des Rocheuses, prêts à nous lancer dans notre palpitante aventure.
C’est un plaisir d’être parmi vous aujourd’hui. Nous travaillons depuis plus d’un an à cette édition 2008 de la Conférence sur le leadership que je présiderai avec autant d’enthousiasme que plusieurs de mes prédécesseurs l’ont fait ces 25 dernières années.
Le seul fait que vous ayez été choisi pour participer à cette conférence témoigne de votre pouvoir d’influence.
Si vous êtes ici, c’est que vos pairs ont reconnu en vous un leader.
Cette capacité que vous avez de faire bouger les choses et d’inspirer d’autres personnes, à un point tel qu’elles acceptent d’unir leurs forces en vue d’atteindre un but commun, est une qualité rare.
Un talent à développer.
Un potentiel extraordinaire.
Mais aussi, et surtout je dirais, une responsabilité.
Une responsabilité d’agir pour le bien collectif.
Et une responsabilité qui substitue les intérêts du plus grand nombre au chacun pour soi, l’ouverture à l’autre au repliement sur soi.
Cette notion de responsabilité collective est cruciale de nos jours, car les pressions exercées par la mondialisation ont trop souvent été présentées avec un certain parti pris.
Un parti pris en faveur du souci de la rentabilité et des bénéfices nets.
Un parti pris en faveur d’un groupe particulier au détriment d’un autre.
Un parti pris contre l’urgente nécessité de protéger nos écosystèmes fragiles.
Dans certains cercles, on a encore en abomination l’idée voulant que les décisions — qu’elles soient axées sur l’économie mondiale, la sécurité internationale ou les ressources naturelles — devraient accorder une grande importance au coût ou à l’impact humain.
La notion selon laquelle tout est un jeu à somme nulle — qu’il n’y a pas de place pour le compromis, le dialogue et la croissance mutuelle — a toujours cours.
En conséquence, nous voyons les solitudes se multiplier, la haine vaincre la raison, le défaitisme et l’indifférence à l’Autre triompher, il nous faut, à mon sens, en revenir à des valeurs plus collectives.
Si j’ai choisi pour devise « Briser les solitudes » c’est parce que j’estime que le temps est venu plus que jamais de redéfinir les liens qui nous unissent à l’échelle de la communauté, du pays et du monde.
Dans nos sociétés modernes dont la diversité s’accroît de jour en jour, il nous faut voir au-delà des idées préconçues, au-delà du statu quo, au-delà des différences et de nos différends, au-delà de notre peur de l’inconnu, pour envisager d’autres façons de vivre ensemble.
Des façons plus justes.
Des façons plus équitables.
Des façons, osons le mot, plus humaines.
Et j’ai la conviction que vous serez, vous, ces femmes et ces hommes qui tracerez pour nous de nouvelles voies en ce sens.
Comme je l’ai dit hier, au Musée Glenbow, vous aurez la chance, au cours des deux prochaines semaines, d’aller là où les Canadiennes et les Canadiens vivent, au cœur de leurs communautés, dans leur milieu de vie.
Vous aurez l’occasion de confronter votre vision du Canada à la réalité. Une réalité qui est peut-être tout autre que ce que vous avez imaginé.
Ce pays est si vaste qu’il est presqu’impossible de le parcourir en entier et d’en mesurer toute l’étendue, la diversité et la richesse.
Vous serez sans doute étonnés, comme je le suis moi-même, de constater à quel point les gens du Sud ne sont pas au courant de tout ce qui se fait de bien dans le Nord, et vice-versa.
À quel point les régions de l’Ouest et celles de l’Est n’ont pas de nouvelles les unes des autres.
L’idée que nous nous faisons de notre pays et de ses habitants est trop souvent partielle, sinon partiale.
Elle se fonde sur des préjugés.
Des préjugés qui sont autant de murs élevés entre nous.
Des préjugés qu’il importe de déconstruire.
Si l’on veut déconstruire ces préjugés et développer un sentiment de motivation nationale, il faut regarder plus loin que le regard ne porte. Il faut aussi sortir des sentiers battus.
Des gens d’expérience vous y aideront.
À commencer par le président de cette conférence, Richard George, en qui je vois un modèle de leadership et de dépassement.
Des gens qui travaillent, dans leur communauté, à améliorer le sort de leurs semblables.
Des gens qui, souvent avec peu de moyens, accomplissent des choses extraordinaires, pour ne pas dire révolutionnaires.
De véritables leaders qui privilégient la dimension humaine en toute chose et qui font passer l’intérêt collectif avant le profit.
Les sceptiques diront peut-être que pour les « véritables » leaders, tenir compte de la dimension humaine n’est qu’une formule creuse ou un cliché vide de sens.
Ce à quoi je répondrai : ne vous méprenez pas. Car c’est justement la dimension humaine qui anime mon mandat à titre de gouverneure générale du Canada.
J’ai cherché à transformer l’espace institutionnel que j’occupe en agora, où les citoyens peuvent faire entendre leur voix.
Le nouveau site Web du Gouverneur général, A l’écoute des citoyens, constitue un excellent exemple; les citoyens y sont invités à prendre part à des discussions au moyen des blogues, des forums, des séances de clavardage et des vidéobloGGs.
J’ai cherché à amener l’institution beaucoup plus près de la base, où les femmes et les hommes surmontent les obstacles pour apporter un changement positif dans leurs communautés.
Le forum des arts urbains — qui réunit des artistes hip-hop, des poètes, des adeptes du breakdance, des peintres, des philanthropes, des membres de l’Ordre du Canada et des décideurs, et ce, dans un espace créatif pour lutter contre l’exclusion, la violence et le crime — en est un exemple parlant.
J’ai cherché à exploiter la force vivante que constituent les jeunes, en les plaçant au centre de ce que signifie réinventer le monde.
Le nouveau programme de mentorat, où sont jumelés de jeunes leaders et des membres de l’Ordre du Canada dans un esprit d’échange et de réciprocité, est un autre exemple.
Pourquoi fais-je cela?
Parce que j’estime qu’il est essentiel de soutenir le travail acharné qu’accomplissent les femmes et les hommes dans leurs communautés.
Car ces gens sont des leaders en eux-mêmes. Ils sont l’épine dorsale de notre société. Sans eux, elle s’effondre.
Leur vie est une leçon d’engagement, d’espoir et de créativité.
J’ai le privilège de sillonner ce vaste pays et de rencontrer des gens engagés dans la vie citoyenne et de voir à l’œuvre tant de forces vives qui, comme vous, sont notre plus grande promesse d’avenir.
L’occasion est belle, cette fin de semaine, de jeter les bases des discussions que vous aurez avec ces Canadiennes et ces Canadiens et des recherches que vous effectuerez au cours de la prochaine étape.
Que cette réunion plénière soit des plus enrichissantes.
J’ai très hâte d’entendre ce que vous avez à dire.
