Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion de la remise du Prix du Programme national des modèles autochtones

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Rideau Hall, le samedi 21 juin 2008

Quelle joie de vous rencontrer et de vous accueillir ici, à Rideau Hall.

Vous savez, je suis née à Haïti, une île où les légendes façonnent notre rapport à l’univers. Haïti signifie « pays aux nombreuses montagnes » dans la langue des Arawaks, qui ont été les premiers habitants de l’île, avec les Tainos et les Caribe. Les Haïtiens sont très fiers de ce riche héritage que leur ont légués leurs ancêtres indigènes.

Et j’ai été enchantée de retrouver ici au Canada, ma terre d’adoption, vos propres légendes qui enrichissent le patrimoine de l’humanité.

Permettez que je vous en raconte une que j’affectionne plus particulièrement. Certains parmi vous l’auront peut-être déjà entendue. Mais c’est le propre des légendes que d’être sans cesse racontées. C’est la richesse des traditions orales que nous héritons de nos aînés. Il s’agit donc d’une légende qui vient du peuple inuit et que j’aime raconter parce qu’elle illustre bien, à mon sens, le rôle de modèle que vous vous apprêtez à jouer.

C’est l’histoire d’un moustique qui se pose un jour sur le bras d’un garçon.

« Ne me frappe pas, bourdonnait le moustique, ne me frappe pas! Car je dois chanter pour mes petits-enfants. »

Figurez-vous que ce moustique était grand-père et que toute une lignée de petits moustiques dépendait de lui.

« Pensez donc, a répondu le garçon, être si petit et déjà grand-père. »

C’est ainsi que le moustique apprend au garçon une leçon essentielle.

Que l’on soit petit ou grand, on a tous une responsabilité à l’égard de celles et de ceux qui marchent sur nos traces.

Celles d’être des modèles. Et il n’y a pas d’âge pour cela.

On dit souvent que l’avenir repose entre vos mains à vous, les jeunes, et c’est très juste.

Mais qu’en est-il du présent qui est, à mes yeux, tout aussi important que l’avenir?

Moi je dis que le présent, eh bien il repose sur votre envie de vivre à plein, d’apporter votre contribution pour faire une différence, d’être la différence, et de rendre le monde meilleur.

Je sais que beaucoup de jeunes autochtones ont du mal à trouver leur place.

Il semble parfois que trop nombreux sont celles et ceux qui se sentent pris au piège et pour lesquels l’horizon paraît bouché, sans perspectives d’avenir.

Mon cœur se serre lorsque certains d’entre vous partent à la dérive et finissent par tomber dans l’abîme de l’autodestruction.

Il faut que cela cesse coûte que coûte.

Or, j’ai la conviction profonde que chacune et chacun de vous ici aujourd’hui fait partie de la solution.

Lorsque vous irez visiter vos communautés, dites aux jeunes qu’il ne faut pas craindre de rêver grand et de saisir toutes les possibilités qui s’offrent à eux.

Instillez dans leur cœur la confiance, le désir vital d’être soi et d’aller au bout de ses convictions.

Aidez-leur à comprendre l’importance d’être fiers de ce qu’ils sont, de leur histoire, de leur culture, de leurs langues. Montrez-leur à quel point ils sont riches, riches d’un patrimoine millénaire.

Vous pouvez toutes et tous devenir des exemples pour les jeunes des Premières nations, des communautés métisses et inuites, pour les Autochtones comme les non-Autochtones, voire pour les jeunes de tout le pays qui ont besoin d’espoir et qui ne demandent qu’à croire que tout est possible lorsqu’on y met du sien.

Je sais que vous en êtes capables.

Trop nombreux sont vos parents et vos grands-parents qui ont vécu des expériences difficiles dont les séquelles sont encore très présentes.

Plusieurs ont été enlevés de leur famille et de leur communauté à un très jeune âge et enfermés dans des pensionnats infâmes.

Le 11 juin dernier, dans l’enceinte du Parlement du Canada, des excuses ont été exprimées, dans un véritable aveu des torts causés.

Il était plus que temps d’abattre le mur de l’indifférence et de rétablir la vérité sur ce chapitre sombre et douloureux de notre histoire.

Ce jour-là, Inuits, Métis, membres des Premières nations et non-Autochtones, nous avons fait le vœu de combler les fossés que des années d’injustice ont creusés.

Vous, les jeunes autochtones que nous honorons aujourd’hui, vous êtes la promesse d’un avenir meilleur pour vos parents, pour vos collectivités et pour nous tous.

Vous en avez fait la preuve : vous avez la capacité de créer tous les possibles pour vous-mêmes et pour les personnes qui vous entourent.

Poursuivez votre chemin et, par votre exemple, faites en sorte que d’autres aient envie de marcher dans vos pas.

C’est cela être un modèle.

Entraîner les autres à sa suite pour poursuivre ensemble la marche du monde et, qui sait, tracer de nouvelles voies.

Nous n’aurions pu espérer meilleure occasion que la Journée nationale des Autochtones pour reconnaître en vous une toute nouvelle génération de modèles et pour vous rendre hommage.

Si vous saviez à quel point je suis fière de vous.

Bravo, mille fois bravo à chacune et chacun de vous!