Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion de la remise du Prix du Gouverneur général pour l’excellence en enseignement de l’histoire canadienne

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Rideau Hall, le lundi 17 novembre 2008

Je suis heureuse de vous accueillir dans cette salle de bal où sont remises les plus hautes distinctions du pays, sous les auspices favorables de l’Oiseau-Tonnerre, de toutes les formes vivantes et de tous les manitous qui habitent l’eau, la terre et le ciel.

Voyez comme cette œuvre monumentale, née de la générosité et du talent de l’un de nos plus grands peintres, Norval Morrisseau, instaure un dialogue avec le lieu dans lequel nous nous trouvons réunis aujourd’hui.

Comme si les civilisations qui ont marqué notre histoire allaient à la rencontre les unes des autres, dans un rapport de complémentarité cette fois-ci, plutôt que dans un rapport de force.

Ce tableau éclaire d’une lumière neuve cette résidence officielle qui fut celle de tous les gouverneurs généraux depuis la Confédération en 1867.

Cette œuvre saisissante restitue la mémoire, les traditions et les légendes des Premiers peuples, non seulement dans cette institution qui est l’une des plus anciennes au Canada, mais plus encore, dans l’espace public.

Partout dans les journaux et à la télévision, aux lendemains de l’assermentation du nouveau cabinet, il y avait, en toile de fond, l’œuvre de Morrisseau.

Cette œuvre, Androgyny, a fait les manchettes autant que nos élus.

Elle a affirmé haut et fort la présence des peuples autochtones, eux qui sont nos racines les plus profondes dans les Amériques, mais dont l’histoire a été le plus souvent présentée sous un éclairage partiel sinon partial.

L’histoire est la somme de l’expérience humaine accumulée au fil du temps.

Elle a un sens, un sens qui va bien au-delà d’une accumulation de dates et de faits. C’est le sens qu’on lui prête et que chaque génération enrichit de ses interrogations, de ses interprétations, de son apport singulier.

De sorte que vous qui enseignez l’histoire, vous êtes des pourvoyeurs de sens.

C’est un rôle que vous assumez, je le sais, avec passion, conviction et imagination.

Un rôle d’autant plus essentiel que notre société est de plus en plus rivée au présent, au court terme.

Tout progresse si vite que le monde dans lequel grandissent nos enfants n’a déjà plus rien à voir avec le nôtre.

Difficile alors de rapprocher d’eux une histoire qui leur semble à des années-lumière de leurs réalités.

Et vous qui devez capter chaque jour leur attention savez mieux que quiconque à quel point la compétition est féroce : le direct, la compétition avec la télé-réalité, le chat, les jeux vidéos, avec tout ce qui concourt à les maintenir dans l’horizon étroit du présent.

Or, parallèlement, les jeunes n’ont jamais été aussi ouverts sur le monde grâce aux nouvelles technologies et conscients des défis qui le guettent.

Ce que vous leur donnez, c’est une perspective historique à leur réflexion, une perspective historique, qui leur permet de mieux comprendre la place qu’ils tiennent dans ce monde, de définir le rôle qu’ils veulent y jouer et d’agir en vue de l’améliorer.

C’est dire que votre contribution est primordiale, voire essentielle.

Oui, vous accomplissez un travail essentiel pour que nos enfants et nos jeunes trouvent dans le passé des racines profondes. Des racines qui nourrissent leur vie et celle des générations à venir.

“It is our Ojibwa tradition to recall our history or obtain our history in an oral manner, disait Norval Morrisseau. It is important for our children and others to benefit through the process of continuing to recall and make history.”

[Traduction] « C'est dans notre tradition ojibwa de se remémorer notre histoire ou d'acquérir notre histoire oralement, disait Norval Morrisseau. Il est important que nos enfants et les autres bénéficient du maintien de ce processus qui consiste à se remémorer l'histoire et à faire l'histoire. »

L’histoire où toute culture s’inscrit est le témoignage le plus saisissant du passage des femmes et des hommes sur un territoire. C’est un bien précieux qu’il importe d’entretenir sans relâche et qui enrichit l’humanité entière.

Et c’est grâce à vous qu’elle reste vivante et se propage pour devenir une force collective et une sorte de boussole qui nous guide vers l’avenir.

Encore, encore et encore, merci de donner à nos enfants et à nos jeunes le goût et les moyens de poursuivre à leur façon la marche de l’histoire.

Merci également à la Société nationale d’histoire du Canada de reconnaître ce rôle important que jouent nos professeurs d’histoire.

Permettez enfin que je vous félicite pour vos nouveaux emblèmes héraldiques qui témoignent de cet engagement à susciter chez nos jeunes et dans la population en général un intérêt pour l’histoire, une histoire en perpétuelle mouvance, en perpétuel devenir.

Merci et bravo à toutes les lauréates et à tous les lauréats! Vous avez toute notre reconnaissance.