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Rideau Hall, le vendredi 7 novembre 2008
On aurait tort de réduire les efforts des femmes pour conquérir leur liberté et obtenir la reconnaissance de leurs droits à une logique de guerre entre les sexes.
Merci d’être là.
J’aimerais tout d’abord saluer la présence de la nouvelle ministre d’État à la condition féminine, l’honorable Helena Guergis. Madame, nous sommes ravis de vous avoir parmi nous aujourd’hui.
J’aime dire que notre lutte pour l’égalité n’est pas seulement celle des femmes, mais celle de toutes les personnes qui réclament respect, justice et dignité.
Or, tout mouvement qui entraîne des changements profonds dans la société rencontre un jour ou l’autre une opposition en faveur du statu quo. En témoigne l’affaire « personne » à l’origine du prix que nous remettons aujourd’hui.
En faisant reconnaître que les femmes sont des personnes jouissant de droits civils, les cinq femmes célèbres, Emily Murphy en tête, ont remis aux femmes le pouvoir de décider pour elles-mêmes et d’agir afin de rendre la société plus juste et plus tolérante.
Imaginez l’audace, le cran, la persévérance, la conviction qu’il fallait pour remporter une victoire aussi décisive, à une époque où les femmes étaient tenues à l’écart de la vie publique, cantonnées dans le seul rôle qu’on leur avait assigné, au foyer.
« Le monde … a parfois besoin de bons donneurs de coups de pied », disait Emily Murphy.
Vous êtes, si j’ose dire, ces donneurs et ces donneuses de coups de pied qui brisent les carcans, secouent nos vieilles habitudes et nous forcent à aller de l’avant.
Derrière les cinq femmes honorées aujourd’hui, il y a, oui, un combat.
Un combat pour que nos enfants aient des conditions de vie décentes et mangent à leur faim.
Un combat pour que nos familles soient des milieux de vie sans violence et sans abus.
Un combat pour que nos communautés autochtones puissent enfin se défaire des stigmates de l’histoire, se réapproprier leur identité et prendre en main leur destinée.
Un combat pour que la moitié de la population au pays ait les moyens de contribuer à son évolution et de participer à la marche du monde.
Un combat pour que tous les êtres humains, qu’ils soient hommes ou femmes, accèdent à la liberté.
Pourquoi les femmes mènent-elles de telles luttes, avec la constance et l’entêtement qu’on leur connaît?
Pourquoi osent-elles s’insurger face aux inégalités persistantes, voire systémiques?
Pourquoi le font-elles, dans plusieurs régions du monde, au péril de leur vie?
Parce qu’aujourd’hui comme hier et partout sur la planète, ce sont elles qui souffrent le plus de la pauvreté, ce sont elles qui souffrent le plus des conflits, des injustices, des abus, de l’oppression, de la violence, du manque d’éducation et de possibilités.
Et les statistiques, malheureusement, en témoignent.
Même au cœur de nos sociétés modernes, le sort qui est fait à bien des femmes au sein de la famille, de la collectivité, du marché du travail montre que l’égalité n’est pas gagnée.
Le temps est court depuis la victoire des cinq femmes célèbres. Deux générations, tout au plus. C’est dire que nos acquis sont récents, donc fragiles.
Vous savez autant que moi ce qu’il faut de vigilance.
On ne peut se contenter d’avancer sur la route de l’égalité; il nous faut la prolonger.
Aux côtés des cinq femmes que nous honorons aujourd’hui—Shelagh Day, France Ennis, Beverley Jacobs, Maureen McTeer, et Maïr Verthuy—dans la catégorie jeunesse, c’est un homme, Benjamin Barry, qui est en train de prolonger cette voie.
Il a posé des gestes salutaires et engagés pour contrer les stéréotypes et la standardisation des modèles de beauté. Pensons à l’Initiative vraie beauté de Dove, dont il est l’un des protagonistes.
Ce jeune fait des affaires, et de bonnes affaires, d’une manière nouvelle et tout en assumant pleinement sa responsabilité citoyenne.
Qu’un jeune homme soit récompensé pour avoir fait progresser la condition des femmes est une première dans l’histoire de ce prix.
Voilà qui en dit long sur les changements de mentalités qui se sont opérés et sur les progrès accomplis.
Voilà qui en dit long sur ce qu’apportent les jeunes de ce pays pour réparer les injustices et par esprit de solidarité.
Je crois que l’ouverture de nos jeunes aux réalités de ce monde, leur volonté de trouver des solutions novatrices aux enjeux de notre temps tiennent, entre autres, à l’exemple que nous leur avons donné et à nos efforts dont ils ont été les témoins.
Nous toutes et nous tous ici présents voulons que nos enfants et nos jeunes, filles et garçons, héritent d’un monde où prévaut avant tout le respect.
Eux aussi. C’est là que réside notre espoir.
Ma mère disait toujours que l’éducation commence au berceau. L’éducation à la citoyenneté commence au berceau. La sensibilisation à l’égalité entre les hommes et les femmes commence aussi au berceau. Je crois, cher Benjamin, que vous êtes la preuve vivante que nos mères et nos sœurs n’ont pas mené cette bataille en vain.
Vivre à égalité, dans le respect des différences.
Grâce à vous, ce n’est plus un rêve, mais un avenir possible, réalisable, prometteur.
Et c’est surtout une responsabilité de tous les instants.
Merci, merci au nom de toutes les Canadiennes et au nom de tous les Canadiens.
