Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion de la remise des décorations pour actes de bravoure

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Rideau Hall, le vendredi 19 septembre 2008

Si vous saviez à quel point je suis honorée de vous accueillir dans cette salle de bal où se tiennent les cérémonies officielles.

D’autant que nous y inaugurons ensemble aujourd’hui l’installation d’une œuvre monumentale, née de la générosité et du talent de l’un de nos plus grands peintres, Norval Morrisseau. Ce tableau saisissant est une véritable célébration de la vie.

Morrisseau s’est inspiré de l’esprit ojibwé pour restituer les traditions et les légendes des Premiers peuples.

Cette œuvre extraordinaire s’offre à nos yeux pour nous rappeler combien précieuse est la vie et combien précieux sont les gestes que nous posons pour la préserver.

Cette œuvre nous rappelle également que nous sommes appelés quotidiennement à croiser l’imprévisible.

Vos propres histoires en témoignent amplement. Ce que vous avez vécu est aussi hors de l’ordinaire et plus grand que nature.

Vous étiez en voiture, vous marchiez dans la rue, vous attendiez le métro, vous faisiez une promenade au bord de l’eau, vous vous rendiez à votre salle de cours, vous étiez en voyage de chasse, vous accomplissiez vos tâches habituelles lorsque la menace contre la vie de quelqu’un d’autre a surgi.

La plupart d’entre vous n’étiez pas entraîné à réagir en situation d’urgence ou à porter secours à des personnes en danger.

Vous n’aviez jamais pénétré dans une maison en flammes, jamais plongé dans des eaux profondes, jamais affronté un tueur fou, jamais marché sur une mince couche de glace ou entre des rails de métro.

Même ceux qui, dans le cadre de leurs fonctions, se préparent à l’éventualité d’une situation dangereuse n’avaient sûrement pas prévu, cette journée-là, d’accomplir un exploit.

Et pourtant, vous avez tout risqué, même votre propre vie, pour sauver des personnes en péril.

Vous vous êtes interposés entre eux et le danger, sans vous préoccuper de votre propre sécurité.

Malheureusement, l’un d’entre vous, un père, n’a pas survécu. Nos pensées vont aujourd’hui vers sa famille.

La bravoure n’a rien à voir avec la force physique.

En février dernier, nous avons décoré de la médaille de la bravoure une femme, une inuite, Lydia Angyiou, qui a affronté un ours polaire pour secourir son fils et ses amis.

Elle mesurait 5 pieds et pesait 90 livres. Au village, on l’appelait affectueusement la « petite Lydia ».

La bravoure est à la mesure de l’amour que l’on a pour l’humanité, de la valeur que l’on accorde à la vie.

C’est cet amour, ce principe de vie que l’on reconnaît en chaque être humain, qui décuple les forces et concentre toutes les énergies vitales vers l’Autre qui doit être secouru, aidé.

Peu importe si vous avez sauvé un être cher ou un collègue, un inconnu ou même quelqu’un qui ne voulait pas être sauvé.

Les gestes que vous avez posés nous rappellent l’altruisme et la grandeur d’âme qui résident en chacune et en chacun de nous.

C’est, à mon sens, la part la plus belle et la plus grande, le meilleur dont les êtres humains sont capables.

Et j’estime qu’il n’y a aucun acte qui ne soit aussi digne de louanges et de reconnaissance.

Dans ce monde où la souffrance humaine est omniprésente, où le défaitisme semble parfois l’emporter sur la volonté d’agir, vous ranimez l’espoir.

Mon vœu le plus cher est que nous puissions nous inspirer de votre bravoure et tenter d’être courageuses et courageux face aux défis de notre quotidien et de notre monde.

Sachez que je m’estime privilégiée de pouvoir souligner aujourd’hui le mérite de femmes et d’hommes qui redonnent son sens le plus noble au mot bravoure.

Au nom de tous les Canadiens et de toutes les Canadiennes, je m'incline devant vous et vous dit merci du fond du coeur.