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La Citadelle, le vendredi 27 juin 2008
C’est un honneur de vous accueillir ici, à la Citadelle, où ont été écrites quelques-unes des pages décisives de notre histoire militaire.
C’est ici que se trouve la maison-mère du Royal 22e Régiment, le seul régiment d’infanterie entièrement francophone.
En ce 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec, je crois que nous n’aurions pu trouver un lieu plus évocateur pour vous rendre hommage.
Permettez que je m’adresse à vous aujourd’hui sur le ton de la confidence.
Car je dois vous avouer que cette cérémonie me touche profondément.
Ce n’est que la quatrième fois depuis leur création en 1993 que nous décernons des décorations pour la vaillance militaire, et j’en suis chaque fois très émue.
Émue et bouleversée parce que je n’oublie jamais que c’est votre vie que vous mettez en danger pour en sauver d’autres.
Derrière tous ces actes d’une bravoure exceptionnelle, ce service méritoire exemplaire, il y a un sacrifice ultime.
Et en tant que femme, en tant que mère, en tant que commandante en chef, je ne peux faire autrement que d’en mesurer le prix et la portée. C’est le cas aussi de vos familles, elles qui vous aiment et qui vous appuient quoi qu’il arrive.
Je le sais pour avoir rencontré plusieurs de vos proches aux centres de ressources que j’ai visités. Combien de conjointes et de mères m’ont confié les défis auxquels elles doivent faire face au quotidien. Elles m’ont aussi dit à quel point elles sont fières de vous.
Je le sais également pour avoir accompagné les familles endeuillées à la base de Trenton en plusieurs occasions.
Ces parents me parlent de leur douleur, mais aussi de leur respect pour le choix qu’a fait cet être cher qu’elles ont perdu en Afghanistan.
Je reconnais d’ailleurs des visages que j’ai croisés là-bas. Je sais que cette cérémonie ne sera pas facile pour vous, mais elle témoigne avec force de ce respect et de cette fierté que j’évoquais plus tôt.
Vous savez, lorsque j’ai dévoilé la Croix de Victoria canadienne — la plus haute distinction qu’un militaire puisse recevoir pour sa vaillance face à l’ennemi — le 16 mai dernier, j’ai souhaité en mon for intérieur ne jamais avoir à la remettre.
Car nombreux sont ceux, au cours de l’histoire, qui ont reçu à titre posthume la Croix de Victoria britannique, de laquelle s’inspire la Croix de Victoria canadienne. C’est dire le danger extrême auxquels ils ont été soumis.
Or, la participation militaire du Canada en Afghanistan vous expose aux situations de combat les plus meurtrières depuis la Guerre de Corée.
En toutes circonstances, vous devez faire preuve de courage, de sang-froid, d’initiative et d’ingéniosité, mais aussi de compassion. Car vous y êtes pour prêter main-forte à des hommes, à des femmes, à des enfants, à des communautés.
Voilà sur quoi repose le succès de cette mission.
Force est d’admettre que c’est bien souvent dans les situations les plus éprouvantes que l’être humain donne sa pleine mesure.
Vous en êtes la preuve irréfutable.
Votre mérite est grand.
Je suis convaincue, pourtant, que c’est avec beaucoup d’humilité que vous recevez cet honneur qui vous est rendu aujourd’hui.
« Je n’ai fait que mon devoir. » Combien de fois ai-je entendu cette phrase au cours des cérémonies précédentes?
Votre devoir exigeait que vous preniez part à des opérations et à des missions.
Or, vous êtes allés bien au-delà de ce que l’on attendait de vous.
Vous avez risqué votre vie pour en protéger d’autres.
Vous avez aussi pris les devants, mettant vos compétences et vos qualités au service des Forces, au service de votre pays, au service de la communauté internationale, la grande famille humaine à laquelle nous appartenons.
C’est pourquoi ces décorations de la vaillance militaire et du service méritoire vous sont décernées cet après-midi.
Pensez-y : combien de soldats et de civils ont été mis hors de danger, sauvés, ont été rescapés, protégés par votre action?
Il n’y a pas de plus grand honneur, selon moi, que de savoir au plus profond de vous-mêmes que vos réalisations ont eu des répercussions sur la vie de tant de gens.
Chaque fois que j’apprends que l’un de vous a sauvé la vie de membres de vos troupes, chaque fois qu’on me parle du succès d’une de vos missions, je pense à vous qui êtes au loin, et à tous les parents, les conjoints et conjointes, les enfants et les amis à qui la douleur d’une perte si tragique a été épargnée.
Chaque fois, aussi, que vos efforts portent fruits et permettent d’améliorer les conditions de vie des Afghanes et des Afghans, je pense à ces femmes, à ces hommes et à ces enfants que j’ai rencontrés là-bas, dont le quotidien est une leçon de courage. Et je reprends espoir.
Oui, votre travail est important.
Oui, votre travail est porteur d’espoir.
Au nom de la population canadienne, je vous remercie et je tiens à vous dire à quel point je suis fière de vous. À quel point nous sommes tous fiers de vous.
Je tiens aussi à remercier vos familles. Vos frères et vos sœurs. Vos parents. Vos partenaires de vie. Vos enfants. Vos proches.
J’estime qu’on ne soulignera jamais assez leur contribution au succès des Forces et des missions qu’elles mènent au nom du Canada et d’un idéal de démocratie.
Je suis convaincue que l’histoire se souvient et se souviendra du rôle crucial que vous jouez pour changer l’ordre des choses et apporter paix, justice et stabilité à notre monde.
Merci. Merci beaucoup.
