Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion de la plénière d’ouverture du Congrès mondial des jeunes

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Québec, le mardi 12 août 2008

Permettez-moi d’abord de vous dire le plaisir que j’éprouve d’être avec vous en cette Journée internationale de la jeunesse. Je me réjouis également de vous accueillir ici, dans la magnifique ville de Québec, qui célèbre cette année son 400e anniversaire.

L’enthousiasme de la cérémonie d’ouverture d’hier — les spectacles, le prix  champions des jeunes et les présentations — ont donné le ton à ce qui sera certainement l’un des événements les plus dynamiques à se dérouler cette année dans cette ville.

J’ai été profondément touchée et honorée lorsque Christian Robitaille, de ReGénération 2008, m’a invitée à être la présidente d’honneur du 4e Congrès mondial des jeunes, il y a plus d’un an.

J’ai été touchée parce qu’il s’agit d’une occasion exceptionnelle de rencontre et d’échange avec de jeunes chefs de file parmi les plus prolifiques, les plus déterminés  et imaginatifs du monde.

Cette invitation m’honore car j’y vois une marque importante de reconnaissance de mes efforts à placer la jeunesse au cœur de mes actions et de mon mandat en tant que gouverneure générale du Canada.

Lors de mon investiture en tant que chef d’État , il y a presque trois ans, j’ai exprimé le souhait de faire de l’institution que je représente un espace de résonnance pour l’ensemble des citoyennes et des citoyens de ce pays, en s’assurant que celles et ceux dans notre société qui n’ont pas toujours voix au chapitre, les exclus et les oubliés, soient aussi entendus.

Un lieu donc, où les idées et les aspirations s’expriment clairement.

Un lieu où les valeurs essentielles que sont la compassion, la réconciliation, la justice et la liberté auraient la préséance.

Un lieu de réflexion sur les façons d’unir nos forces, de rassembler nos énergies et nos initiatives pour le bien de l’ensemble.

Et j’ai toujours considéré que les jeunes se devaient d'être à l’épicentre de cette vision.

Durant toutes les années où j’ai œuvré comme journaliste, j’ai prêté une grande attention aux défis que doit surmonter la jeunesse, aux difficultés que rencontrent certains jeunes mais aussi aux efforts extraordinaires de nombre d’entre eux pour trouver à grand renfort d’idées et de créativité des solutions viables à une foule de problèmes et des façons de contribuer à améliorer les conditions de vie autour d’eux.

J’ai vu la sincérité de leur engagement et comment ils mobilisent des collectivités entières pour apporter des changements significatifs face à des situations complexes.

Et, j’ai vu combien, en même temps, ils confèrent un nouveau sens, une nouvelle pertinence, au concept de la participation citoyenne et de la vie démocratique.

Qu’ils luttent contre l’exclusion sociale ou pour la protection de l’environnement, j’aime voir à quel point les jeunes trouvent des moyens imaginatifs et entreprennent avec beaucoup de témérité des démarches innovatrices pour mobiliser des millions de personnes de par le monde et pour construire l’espoir d'un monde différent et de tous les possibles quand la volonté d’agir l’emporte.

J’ai toujours trouvé en eux une grande source d’inspiration.

Il y a encore cette tendance insidieuse à considérer les jeunes comme des rêveurs sans expérience, pas tout à fait capables d’occuper des postes de leadership dans leurs collectivités.

Cela m’a toujours choquée et j’ai réalisé que cet état de choses devait changer, qu’on ne peut se passer des forces vives et créatrices que représentent la jeunesse.

Les jeunes doivent être considérés comme faisant partie des solutions et comme des partenaires essentiels, incontournables non pas seulement pour l’avenir mais tout de suite, pour bâtir un monde dans lequel nous pourrons toutes et tous nous épanouir.

Et voilà pourquoi, lorsque je suis devenue gouverneure générale, je me suis demandé : comment je pouvais rendre l’institution que je représente plus accueillante et plus pertinente pour les jeunes?

Comment je pouvais en faire un espace où les voix de nos jeunes seraient entendues et prises au sérieux?

Comment je pouvais combler le fossé qui sépare les jeunes des échelons les plus élevés de la société; ce fossé est d’autant plus grand pour celles et ceux qui doivent surmonter les affres de l’exclusion sociale?

Et la première chose qui m’est venue à l’esprit était qu’il me fallait poser la question aux jeunes eux-mêmes!

Au cours de la première année et demie de mon mandat, dans le cadre d’une visite officielle dans les 13 provinces et territoires du Canada, je me suis fait un devoir de consulter les jeunes des régions urbaines et rurales afin d’entendre leurs recommandations.

D’une province, d’un territoire à l’autre, ils ont été nombreux à dire :

« Nous avons besoin d’un espace national où les jeunes puissent se réunir, faire entendre leur voix et influer sur le processus décisionnel. »

« Nous avons besoin de plus de possibilités de travailler et de collaborer avec nos homologues des autres parties du monde dans des projets de développement social et communautaire. »

Leurs suggestions m’ont inspiré l’idée de préparer un programme pour offrir aux jeunes une plateforme nationale et internationale.

Une plateforme par laquelle ils pourraient clairement se faire entendre.

Une plateforme où ils pourraient nouer des liens avec d'autres jeunes ailleurs dans le monde.

Une plateforme où des liens plus forts de respect mutuel, de réciprocité et de collaboration pourraient se tisser entre générations.

Une plateforme qui pourrait inspirer tout un pays à s’unir pour le bien commun.

Et je le répète, de telles plateformes sont très importantes pour amener un renfort, une voix, un espace, particulièrement pour les jeunes qui vivent des situations de précarité, d’exclusion et d’indifférence.

Certains jeunes cherchent des moyens pour s’exprimer et il faut éviter à tout prix que la violence devienne leur seul recours.

L’explosion de violence dans le quartier Montréal-Nord, que nous avons vue dimanche soir et que je déplore, nous démontre qu’il faut à tout prix rester à l’écoute des jeunes, de leur point de vue sur les réalités auxquelles ils sont confrontés.

Que l’on comprenne que vous faites partie des solutions pour rétablir les liens de confiance, de solidarité, de respect mutuel et pour améliorer les conditions de vie là où vous vivez.

Dans l’esprit et le respect des prérogatives constitutionnelles de la fonction que j’occupe, il m’importe d’agir comme un catalyseur et de partager ce que j’entends sur le terrain avec les décideurs, les élus, les responsables au sein d’instances décisionnelles au Canada mais aussi à l’étranger, avec les chefs d’État et autres dignitaires avec lesquels j’engage le dialogue et je tisse des liens au cours de mes visites d’État et ou de mes visites officielles à travers le monde.

C’est à la base, du côté des initiatives de la société civile, des organisations du milieu associatif que la responsabilité d’agir individuellement et collectivement pour le plus grand bien de l’ensemble est peut-être la mieux comprise.

Je crois que c’est là que nous trouvons certaines des solutions les plus prometteuses aux défis mondiaux de notre époque.

Il existe une sorte d’entente tacite qui place l’esprit de solidarité, les intérêts de la collectivité au-dessus de la mentalité du « chacun pour soi et pour son clan »; une prise de conscience cruciale qui place l’ouverture mutuelle au-dessus du repli sur soi-même.

Cet esprit de solidarité et de convivialité constitue un puissant antidote à certaines pressions de la mondialisation, qui sont le plus souvent sournoisement biaisées.

Biaisées en faveur des profits et de la rentabilité.

Biaisées en faveur d’un groupe en particulier au détriment d’un autre.

Biaisées contre le besoin urgent de protéger nos écosystèmes vulnérables.

Les décisions — qu’elles portent sur l’économie mondiale, la sécurité internationale ou les ressources naturelles — doivent tenir compte également du coût humain.

On ne peut pas tout réduire à un jeu entre gagnants et perdants. Il y a toujours place pour la recherche de compromis, pour le dialogue ou l’épanouissement et l’intérêt de l’ensemble.

Voilà pourquoi je crois que le temps est venu pour nous de revenir à des valeurs collectives, de nous ouvrir les uns aux autres dans un esprit de solidarité mondiale.

C’est cet engagement qui a inspiré ma devise : Briser les solitudes.

Et voilà aussi pourquoi j’éprouve un si vif plaisir à être avec vous à ce 4e Congrès mondial des jeunes.

Parce que vous avez compris!

Vous êtes celles et ceux qui font bouger les choses sur notre planète — des citoyennes et citoyens profondément impliqués dans des projets de développement où le bien-être des humains passe en premier.

Et vous obtenez des résultats étonnants.

Ainsi, hier soir, alors que je visitais l’exposition à l’agora, j’ai été enchantée de rencontrer certains d’entre vous et de vous entendre me parler de vos projets.

J’ai été inspirée, en voyant l’importance que vous accordez à l’atteinte des objectifs du Millénaire pour le développement.

Je partage avec vous ce sentiment d’urgence.

Et, vous le savez, nous le savons, les enjeux sont élevés, la barre est haute et les urgences sont nombreuses.

Cette année 2008 représente la mi-étape de notre campagne internationale visant à affranchir des millions de personnes de la pauvreté.

Manifestement, des progrès importants ont été accomplis depuis 2000.

Selon le Rapport 2007 de l’ONU sur les objectifs du Millénaire pour le développement, la proportion de femmes et d’hommes vivant dans la pauvreté extrême a chuté d’environ le tiers.

Selon la même source, nous avons observé une baisse nette du nombre total de personnes séropositives au VIH de par le monde.

De la même façon, l’ONU constate une augmentation nette de 87 p. 100 du nombre d’inscriptions dans les écoles primaires.

Pourtant, il est trop tôt pour chanter victoire.

Pourquoi?

Parce que notre planète fait face à une crise écologique.

Les hausses marquées du coût des aliments et de l’énergie déstabilisent des régions entières dans le monde.

Les conflits sociétaux, l’exploitation, et l’augmentation des inégalités minent les efforts mondiaux visant à faire prévaloir la paix, la sécurité, la liberté et la démocratie partout dans le monde.

De plus, les tensions entre les dirigeants mondiaux risquent également de ralentir nos progrès.

C’est très grave.

Son Excellence Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations Unies, disait récemment :

« L’année 2008 doit marquer un tournant dans les progrès réalisés vers les objectifs du Millénaire pour le développement (…). Nous devons nous unir pour que cette année se caractérise par des progrès sans précédent pour les plus pauvres parmi les pauvres, afin que tous puissent connaître un avenir meilleur et plus prospère. »

Nous partageons tous ce sentiment, car le monde n’a pas les moyens de perdre cette bataille.

Notre avenir en dépend.

Nous devons rester unis dans notre volonté de bâtir un monde meilleur.

Mais nous ne pouvons espérer relever ces défis si plus de la moitié de la population mondiale n’est pas représentée à la table.

Chers amis, vous savez que les gens de 30 ans et moins constituent la plus grande partie de la population mondiale.

Pourtant, je le répète et le déplore : les jeunes ne sont pas encore pleinement reconnus comme des partenaires égaux.

Loin de moi l’idée de dire qu’aucun progrès n’a été accompli.

Les jeunes sont présents et se font entendre dans toute une gamme de tribunes internationales, régionales et nationales.

Nombre d’organisations internationales déploient des efforts concertés afin d’inclure les jeunes et d’intégrer leurs préoccupations et leurs idées.

Pourtant, comme on me l’a dit en juin dernier au cours d’un dialogue-jeunesse avec les membres du CIJEF — cet organisme cadre qui représente tous les conseils jeunesse nationaux des États membres de l’Organisation internationale de la Francophonie — on peut encore faire plus.

Voilà pourquoi le 4e Congrès mondial des jeunes est si important.

Vous êtes la preuve vivante que les jeunes ont un rôle clé à jouer dans les partenariats de développement mondial — la preuve que le développement piloté par les jeunes est la voie à suivre.

Voilà pourquoi je veux, ici et maintenant, prendre l’engagement de faire tout ce que je peux pour veiller à ce que votre message unique d’espoir et de fraternité soit entendu.

Que vos idées et vos projets innovateurs soient pris au sérieux.

Que vous soyez reconnus dans le monde non pas en tant que dirigeants de demain, mais en tant que meneurs non équivoques d’aujourd’hui.

Par contre, je ne puis y parvenir toute seule.

J’ai besoin de vous entendre!

Dans cet esprit, je vous invite, vous les jeunes de partout dans le monde, à assister au dialogue-jeunesse que j’organise avec l’« Apathie c’est plate » dans la tente du Village global, demain soir à 18 h 30.

Ce sera une occasion sans précédent de vous faire entendre sur la scène internationale, car l’émission sera transmise en direct dans le monde.

Je vous encourage à faire savoir aux dirigeants mondiaux quel rôle indispensable vous jouez dans la résolution des problèmes du monde.

Et, surtout, je vous encourage à nous rappeler de travailler assidûment à humaniser la mondialisation — à faire en sorte que la mondialisation travaille en faveur de l’humain.

Vos amis, vos collègues, les membres de votre famille, ainsi que ceux et celles qui n’ont pu se rendre à Québec pourront se joindre à vous demain soir, car le spectacle sera télédiffusé en direct sur Internet par l’organisme TakingITGlobal; ils pourront également participer aux discussions par caméra Web et messages textuels.

Vos gestes, vos témoignages, m’importent. Vous pouvez compter sur moi pour les répercuter partout où j’irai.

Merci encore de m’avoir invitée; j’ai hâte de vous rencontrer demain soir.