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Rideau Hall, le jeudi 22 mai 2008
Nous voici rassemblés aujourd’hui pour honorer 60 membres des services policiers du Canada qui s’apprêtent à joindre les rangs de l’Ordre du mérite des corps policiers.
Vous voir réunis ici en si grand nombre me réjouit, mais évoque en moi des souvenirs. Des souvenirs que j’aimerais partager avec vous.
J’ai grandi sous le joug d’une dictature sans merci, où la police était associée à la répression brutale de la population.
Ma famille et moi avons quitté un régime de terreur pour venir recommencer notre vie au Canada, à l’abri de la violence et de l’oppression.
Je me rappelle mon arrivée, toute petite, à l’aéroport.
Il fallait passer le contrôle, les douanes, les officiers de l’immigration. Pour nous, tout ce que portait un uniforme représentait une menace, et nous étions sur le qui-vive, ne sachant trop à quoi nous attendre.
Lorsque notre passeport fut estampillé et que nous avons passé les portes, nous ne pouvions y croire. Enfin, la liberté!
Malgré tout, pendant des années, nous sursautions dès que nous entendions une sirène de police. Elle déclenchait en nous une peur instinctive. Peur qu’on vienne nous chercher. Peur de ne plus revoir les nôtres. Peur d’être torturé, tué.
Ces fantômes appartenaient au passé. Cette peur s’est effacée avec le temps et a fait place à un sentiment de sécurité.
Malheureusement, cette sécurité et cette liberté dont nous sommes si riches en ce pays ne sont pas le lot du plus grand nombre sur la planète.
Et même dans une société ouverte et pacifique comme la nôtre, où prévaut la primauté du droit, on ne peut les tenir pour acquises. Il faut être vigilant.
Car personne n’est à l’abri de la violence et du crime.
Je le sais pour avoir accompagné pendant des années des familles aux prises avec la violence conjugale.
Mais j’ai appris aussi de cette expérience que nous pouvons compter sur vous, membres des services policiers, pour protéger et défendre nos collectivités et nos familles.
Que nous pouvons compter sur vous pour faire en sorte que la liberté des uns n’enfreigne pas celle des autres.
Que nous pouvons compter sur vous pour que la justice s’exerce de manière efficace et transparente.
Que nous pouvons compter sur vous pour secourir des personnes en détresse.
Que nous pouvons compter sur vous pour appuyer le développement de nos communautés d’une multitude de façons.
Que nous pouvons compter sur vous pour éduquer et sensibiliser la population à ses droits et à ses responsabilités.
C’est tout le vivre ensemble qui en dépend.
Votre rôle est crucial.
D’autant plus crucial, je dirais, que notre société ne cesse de se complexifier et qu’elle doit faire face à des situations nouvelles et changeantes.
Des situations qui exigent d’autres façons de faire, de voir et de penser.
Des situations qui mettent votre capacité d’adaptation à rude épreuve.
Songeons seulement à la cybercriminalité, aux menaces à notre sécurité nationale, à la sophistication du crime organisé dont les ramifications se mondialisent.
Songeons aussi à la diversité croissante de notre population, notamment dans les villes, et aux défis qu’elle comporte.
Vous êtes appelés à réagir sur le vif, dans des situations souvent périlleuses. Il est important, voire essentiel, que vous ayez une bonne connaissance des communautés culturelles qui composent votre collectivité, une connaissance qui va au-delà des préjugés et des idées reçues.
Je sais que les services policiers du Canada font face à ces enjeux avec clairvoyance, diligence, équité et créativité. Qu’ils s’attachent à être le reflet le plus fidèle de la société dans laquelle ils évoluent pour être en mesure de répondre le mieux possible à ses besoins.
Pas étonnant que nos corps policiers demeurent un modèle d’excellence et qu’ils soient appelés à former des agents de police dans plusieurs pays, dont Haïti où ils tentent de créer un environnement plus sécuritaire pour les habitants.
Vous vous faites un devoir de maintenir les normes d’intégrité et d’efficacité les plus élevées, et c’est tout à votre honneur.
Vous tous qui êtes rassemblés ici incarnez ce haut degré de professionnalisme qui fait la réputation des services policiers du Canada.
Vous avez fait preuve d’un mérite exceptionnel tout au long de votre carrière, allant bien au-delà de ce que l’on attendait de vous.
Cette reconnaissance que vous recevez aujourd’hui, votre investiture dans l’Ordre du mérite des corps policiers, se veut un témoignage de notre appréciation.
Au nom de vos concitoyennes et de vos concitoyens, je vous remercie du fond du cœur de tout ce que vous avez fait pour nous. Plus qu’une carrière, votre travail est une vocation.
Merci, mille fois merci.
