Son Excellence Jean-Daniel Lafond - Prix littéraires du Gouverneur général de 2008

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Remise des Prix littéraires du Gouverneur général de 2008

Rideau Hall, le mercredi 10 décembre 2008 

Il est désormais une tradition, pour la gouverneure générale et moi-même, de tirer profit de la présence parmi nous des lauréates et des lauréats des divers prix du gouverneur général, en les invitant à venir discuter et réfléchir d’une thématique d’actualité dans leur domaine artistique. Ces rencontres, qui sont dites du Point des arts, en sont à leur troisième année d’existence, et nous permettent de prendre le pouls de la communauté artistique, que ce soit ici à Ottawa comme partout au Canada, et lors de nos visites d’État – comme ce fut le cas lors de notre récent voyage en Europe centrale. Ces forums, auxquels nous convions cette année les citoyennes et les citoyens, nous permettent donc de rencontrer et d’échanger avec les artistes d’ici, mais aussi de questionner le pacte qui existe entre les créateurs et la société. C’est donc hier soir, à la Bibliothèque publique d’Ottawa, qu’a eu lieu le 33e forum du Point des arts, et dont le thème était : « Le désir de lire ».

Nous avons ainsi célébré la rencontre, riche et stimulante, du lecteur et de l’écrivain. Nous nous sommes penchés sur les conditions et les conséquences de cette rencontre, dans une société qui met l’accent sur le spectacle et le divertissement, sur la nouveauté et la rapidité – des valeurs qui semblent aller à contre-courant de la pratique de la lecture et de l’écriture. Comme l’a énoncé Marshall McLuhan : « Il est facile de produire des écrivains, mais il est beaucoup plus difficile de trouver un public. »

Les panélistes ont partagé leurs manières originales de faire naître et d’alimenter le désir de lire. Margaret Eaton de la Fondation ABC Canada nous a rappelé que ce désir de lire, c’est pour des milliers de Canadiens simplement l’envie et le besoin de déchiffrer le monde qui les entoure. Margaret Eaton et plusieurs citoyens dans le public ont partagé avec nous ces histoires d’adultes qui, grâce à des ateliers d’alphabétisation, ont maintenant en main tous les outils pour participer pleinement à la vie de leur pays et de leur communauté.

Boulimique de lecture, l’illustratrice Geneviève Côté, a évoqué toutes ces manières d’animer le livre dans les écoles primaires, de le rendre séduisant pour les jeunes. Que l’on arrive à la lecture par le dessin, par les journaux, par de simples textes qui nous entourent, le principal est finalement de trouver cette voie personnelle qui nous conduit vers la magie des mots.

L’écrivaine et blogueuse Kerry Clare a fait l’éloge de l’usage des nouvelles technologies, en particulier des blogues pour inviter à la lecture. Ce partage de la passion du livre n’a alors plus de frontières, Kerry anime une sorte de club de lecture planétaire.  Quelqu’un dans le public a d’ailleurs souligné le dynamisme et l’importance de ces clubs de lecture à Ottawa et à travers le pays. Preuve que la lecture n’est pas un acte solitaire et silencieux.

Je pense au contraire que la lecture est aussi vivante et aussi polyphonique que l’écriture. Les deux sont unis par le livre, l’œuvre, qui constitue en soi le pacte qui lie l’écrivain au lecteur pour le meilleur et pour le pire. Un pacte dont Jean-Paul Sartre a énoncé les termes en une formule aussi claire que lapidaire à propos du roman : « Le roman, c’est l’entreprise d’un seul homme : lire, c’est participer aux risques de l’entreprise. »

Ce pacte entre le lecteur et l’écrivain, on peut dire que la directrice du Salon du livre du Grand Sudbury, Myriam Cusson, le garde bien vivant. Elle et son équipe sont la preuve qu’un salon du livre francophone en milieu minoritaire peut faire naître l’envie de lire, de découvrir son milieu de vie à travers les écrivains qui l’ont habité et façonné - dont Jean-Marc Dalpé et Patrice Desbiens pour ne citer qu’eux.

Alors, que l’on soit lecteur ou écrivain comme vous, chères lauréates et chers lauréats, nous sommes tous concernés par ce que Roland Barthes a si heureusement nommé le désir de lire. L’écrivain français Julien Gracq, dans un livre magnifique intitulé En lisant en écrivant, montre comment lecture et écriture sont unies dans un processus continu, sans origine, ni préséance, un peu comme dans la relation entre l’œuf et la poule : on écrit parce qu’on a déjà lu et on lit parce que d’autres, avant nous, ont écrit.

Tout lecteur est alors un écrivain en puissance, créateur à sa manière; tout écrivain est un lecteur en acte.

Lauréates et lauréats des Prix littéraires du Gouverneur général de 2008, vos récits, traductions et illustrations constituent des espaces de rencontres et d’échanges qui s’ouvrent sur la pluralité de la vie. Je souhaite que nos concitoyennes et concitoyens vous rencontrent dans vos ouvrages, et qu’ils aient le privilège de voir le monde à vos côtés.