Son Excellence Jean-Daniel Lafond - Point des arts sur l’architecture

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Forum public du Point des arts sur l’architecture

Ottawa, le mercredi 15 octobre 2008

Nous entamons aujourd’hui, avec ce 29e forum, la troisième saison du Point des arts; saison que nous voulons dédier à la rencontre et au dialogue entre les créateurs et les citoyens. Ce forum public, organisé à l’occasion de la remise des Médailles du Gouverneur général en architecture, constitue une première occasion d’interroger, avec la centaine de citoyens présents dans cette salle, la relation entre architecture et société. En premier lieu, je voudrais féliciter les récipiendaires de 2008 qui sont parmi nous pour cette discussion. Je voudrais aussi remercier le personnel de l’Azrieli School of Architecture and Urbanism de la Carleton University et de l’Institut royal d’architecture du Canada, pour leur généreux apport et leur indéfectible soutien dans l’organisation de ce forum. Merci également à vous, citoyennes et citoyens aux bagages et points de vue divers, de vous joindre à nous.

Les sociétés font face à des enjeux sociaux, économiques et environnementaux auxquels aucune pratique, incluant celle de l’architecture, ne peut rester indifférente. Dans un monde globalisé, ces problématiques sont partagées par l’ensemble de l’humanité. Et il est de la responsabilité de chacune des communautés et des citoyens de trouver, d’imaginer localement des solutions ingénieuses à ces défis qui restructurent les milieux de vie. En regard ces réalités, nous nous demanderons ce soir comment est-il possible de conjuguer architecture et société, pour assurer un développement durable et harmonieux? Comment l’architecture peut-elle continuer d’agir comme support quotidien de notre existence, comme lieu de cohabitation et du « vivre ensemble », sans mettre en danger l’équilibre des écosystèmes et la pérennité des communautés? Comment l’architecture s’inscrit-elle dans la sphère publique, dans l’espace citoyen ?

L’architecte qui œuvre aujourd’hui doit faire preuve d’un esprit critique et ouvert, prêt à concevoir ses édifices dans un esprit de collaboration et d’échange. Il travaille lui-même au sein d’un écosystème composé d’urbanistes, d’ouvriers, de commanditaires, d’environnementalistes, d’artistes, de décideurs et d’usagers. Et le contexte dans lequel il œuvre revêt plusieurs complexités. Outre les contraintes physiques qu’impose le site dans lequel il crée, outre les besoins de son client et le cadre budgétaire à travers lequel il doit jongler, l’architecte est responsable de l’impact de sa construction, et doit mesurer et justifier les ressources qu’il emploie.

Nombreux sont ceux qui jugeront de son travail, qui refuseront d’être subordonnés aux nouvelles constructions qui s’imposent dans le paysage. En effet, les citoyens se montrent toujours plus conscients de l’usage qui est fait du territoire dans lequel ils évoluent, et n’hésitent pas à se faire entendre à la sphère médiatique lorsqu’ils se sentent mis à l’écart. Ils ne cessent de rappeler à l’architecte que les multiples usages qu’ils feront de ses édifices — qui se traduisent par des pratiques d’appropriation qu’on nommera graffiti, parkour ou intervention artistique — ont autant d’importance pour notre culture et notre imaginaire que les constructions qu’il peut bien imaginer.

L’architecture constitue également une recherche esthétique, voire artistique, comme l’évoque tant l’histoire de l’architecture mondiale que les lauréats de cette année. L’architecture est objet de fierté, comme nous le rappellent les bâtiments qui abritent les grandes institutions culturelles de nos civilisations, comme ces musées qui attirent de nombreux visiteurs tant par leur apparence que par leurs collections. L’architecture est icône culturelle, tels ces édifices historiques qu’on réhabilite pour mieux célébrer le temps qui passe, et pour s’inscrire dans l’Histoire. Elle est valeur symbolique, comme ces nombreux lieux de consommation spectaculaires — qu’ils soient restaurants, hôtels ou boutiques — conçus pour que leur expérience matérielle fasse rêver.

Comment se présentent donc, dans le travail quotidien de l’architecte, ces défis et ces questionnements que je viens d’effleurer? Comment les étudiants qui sont avec nous ce soir envisagent-ils leur profession et les responsabilités sociales qui y sont rattachées?

Qu’est-ce que les artistes - et je sais qu’il y en a dans la salle — qui représentent les bâtiments,  et qui les utilisent aussi comme support de leurs œuvres, peuvent nous apprendre sur la pratique de l’architecture? Comment qualifier l’apport des œuvres qui sont intégrées aux bâtiments, qu’elles  soient relatives aux politiques publiques (le « 1% ») ou aux initiatives privées?

Comment les milieux publics et privés peuvent-ils encourager l’établissement d’une architecture durable et harmonieuse?

L’architecture répond-elle aux besoins de l’ensemble des citoyens?

Au cours de ce forum public, nous réfléchirons ensemble à ces questions. Aux citoyens qui sont présents dans la salle, il faudra aussi compter les Internautes qui suivent cette discussion sur le site À l’Écoute des citoyens, et qui ont déjà commencé à transmettre leurs commentaires. À travers nos histoires et nos réflexions sur notre relation à l’environnement construit, nous effleurerons la complexité de la relation qui évolue sans cesse entre l’architecture et la société.