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Point des arts tenu dans la foulée de la remise des Prix littéraires du Gouverneur général de 2008
Ottawa, le mardi 9 décembre 2008
C’est la troisième fois que nous organisons un forum du Point des arts à l’occasion de la remise des Prix littéraires du Gouverneur général, par contre, c’est la première fois que nous menons le débat en public. Au cours des deux dernières années, il nous est apparu qu’il était nécessaire d’ouvrir ces espaces de réflexion et d’en faire de véritables forums. Le public qui est le vrai destinataire, le vrai utilisateur et même, disent certains, le « consommateur » des arts et de la culture, peut ainsi participer en prenant la parole.
Avec Le Point des arts, nous répondons à la demande, exprimée dès novembre 2005, par les créateurs de toutes les disciplines, de la danse à la musique, en passant par les arts visuels et médiatiques de renouveler et de repenser la relation, on pourrait même dire le pacte, qui existe actuellement entre les artistes et la société.
Ce 33e forum du Point des arts est semblable dans sa formule publique à plusieurs forums que nous avons tenus au Canada et, très récemment lors des visites d’État en Europe centrale. En choisissant de se réunir dans l’enceinte de la Bibliothèque publique d’Ottawa, on ne pouvait pas trouver un lieu plus emblématique de notre propos qui parlant du désir de lire implique tout naturellement la présence des livres.
Le thème de cette année s’inscrit également dans le droit fil des conclusions du Point des arts littéraires de l’année dernière qui portait sur la place des écrivains et des livres dans la société canadienne. La trentaine de participants – poètes, libraires, éditeurs, essayistes, écrivains – tous conscients du rôle capital du lecteur dans la pérennité du livre, ont conclu la rencontre en mettant de l’avant leur volonté commune de transmettre le goût de la lecture à leurs concitoyens. Aujourd’hui, cette conclusion devient le point d’ancrage de notre forum.
Que l’on soit lecteur ou écrivain, nous sommes tous concernés par ce que Roland Barthes a si heureusement nommé le désir de lire. L’écrivain français Julien Gracq, dans un livre magnifique intitulé En lisant, en écrivant nous indique une piste de réflexion que je vous propose en partage. Pour lui, lecture et écriture sont unies dans un processus continu, sans origine, ni préséance, un peu comme dans la relation entre l’œuf et la poule : on écrit parce qu’on a déjà lu et on lit parce que d’autres, avant nous, ont écrit.
Tout lecteur est alors un écrivain en puissance, créateur à sa manière; tout écrivain est un lecteur en acte. C’est ce qu’évoque Réjean Ducharme lorsqu’il écrit, dans L’Avalée des avalés : « Chaque page d'un livre est une ville. Chaque ligne est une rue. Chaque mot est une demeure. Mes yeux parcourent la rue, ouvrant chaque porte, pénétrant dans chaque demeure. » Il y a donc toute une poétique qui s’attache aux actes fondamentaux et même fondateurs de l’humanité contemporaine que sont la lecture et l’écriture, unies en un mouvement de va-et-vient… Ce mouvement inclut le rapport de l’écrivain à sa langue, ainsi que la relation du lecteur et de l’écrivain à l’histoire des littératures. Tout cela participe de la provocation au désir, celui d’écrire comme celui de lire.
Le désir de lire n’est pas inné, il s’acquiert dès l’enfance. L’école et la famille jouent un rôle crucial dans le développement des aptitudes en lecture et des intérêts pour le livre. C’est un défi pour l’enseignant de présenter la lecture autrement que comme une obligation ennuyeuse, et d’en faire un espace de rencontre stimulant; c’est un autre défi pour les parents de prendre le temps de faire la lecture, et de visiter la bibliothèque de quartier – lorsqu’elle existe, mais aussi de reconnaître les choix de lecture des enfants, pour faire naître et développer leur désir de lire et leur permettre ensuite, comme l’écrit Tzvetan Todorov, de se construire une première image cohérente du monde que les lectures suivantes complexes amèneront à nuancer.
Pour résumer mon propos, je retiendrai les questions suivantes : Comment faire advenir le désir de lire ? Comment le solliciter, le cajoler et l’éduquer dans un monde trop souvent mercantile et qui fait de l’écrivain un vendeur et du livre une marchandise ? Quelle part doit-être faite par l’école, par la société, par les médias ? Conséquemment, je demande à ceux et à celles qui nous ont rejoints dans cet auditorium : quelle place la lecture occupe-t-elle dans votre quotidien? Qu’est-ce qui motive votre désir de lire?
Maintenant, je vais laisser la parole aux quatre panélistes qui nous ferons part de leurs manières originales de présenter le livre et la lecture au public, et, de leurs démarches – peut-être même de leurs ruses- pour aller directement à la rencontre du lecteur.
Voilà, la table est mise pour que commence ce 33e forum du Point des arts, à la bibliothèque publique d’Ottawa.
