Ouverture de la Conférence des lieutenants-gouverneurs et commissaires de 2008

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Ouverture de la Conférence des lieutenants-gouverneurs et commissaires de 2008

La Citadelle, le samedi 31 mai 2008

Je disais hier qu’entre ces murs ont été écrites quelques-unes des pages décisives de notre histoire. Je tiens à ajouter que c’est une histoire que nous poursuivons ensemble ce matin encore.

Je suis d’autant plus heureuse de me retrouver en votre compagnie que mon état de santé m’avait empêchée, l’an dernier, de me joindre à vous. Permettez, donc, que je partage avec vous quelques-unes de mes réflexions alors que j’entame la deuxième moitié de mon mandat.

Dès la première rencontre avec vous dans les toutes premières semaines de mon arrivée en poste, j’ai émis le souhait que nous travaillions en collaboration. Même que nous pensions à arrimer nos efforts. Certains d’entre vous s’en souviennent et l’idée avait été favorablement reçue.

Plusieurs parmi vous ont assumé leur mandat depuis un an : Son Honneur l’honorable Pierre Duchesne, Son Honneur l’honorable Steven L. Point, Son Honneur l’honorable David C. Onley, et Son Honneur l’honorable John Crosie. Je suis ravie de vous accueillir dans la famille vice-royale réunie à cette table aujourd’hui.

Je suis également heureuse que les trois commissaires du Nord du Canada soient parmi nous. J’ai appris que le mandat de M. Whitford a été renouvelé pour une autre période de trois ans, ce dont je vous félicite.

Je crois comprendre que Son Honneur Herménégilde Chiasson voit son mandat prolongé d’un an. 2009 sera une année importante pour les Acadiens du Nouveau-Brunswick … le Congrès Mondial des Acadiens.

Dans le discours que j’ai prononcé le jour de mon installation à titre de 27 gouverneur général, j’ai établi les paramètres et jeté les balises des actions, pour ne pas dire des croisades, que j’entendais mener. Je n’ai, depuis, jamais dérogé de mes intentions ni de l’esprit de ce que j’ai exprimé dès le premier jour. Je vous invite ici à en relire certains passages : voyez vous-mêmes et pensez à tout ce que je dis, redis, fais et propose partout, chaque fois, depuis dix-huit mois.

« Il est fini le temps des « deux solitudes » qui a trop longtemps défini notre approche de ce pays. L’étroitesse du « chacun pour soi » n’a plus sa place dans le monde actuel qui exige que nous apprenions à voir au-delà de nos blessures et de nos différends pour le bien de l’ensemble. Bien au contraire, nous devons briser le spectre de toutes les solitudes et instaurer un pacte de solidarité entre tous les citoyens qui composent le Canada d’aujourd’hui. Il y va de notre prospérité et de notre rayonnement partout où l’espoir que nous représentons apporte au monde un supplément d’âme… »

« C’est dans cette perspective que j’entends m’assurer que cet espace institutionnel que j’occupe à compter d’aujourd’hui soit plus que jamais un lieu où la parole citoyenne trouvera un écho et où prévaudront les valeurs de respect, de tolérance et de partage qui sont si chères à mes yeux et à ceux de toutes les Canadiennes et de tous les Canadiens. Je dirais même que ces valeurs sont pour mois souveraines et sont inextricablement liées au Canada que j’aime. Mon mari Jean-Daniel Lafond et moi-même souhaitons rallier les forces vives autour de ces valeurs qui nous rassemblent et qui ont une portée universelle… »

« À titre de gouverneure générale, j’entends mettre en valeur cet élan de générosité dont les Canadiennes et les Canadiens ont souvent su faire preuve au fil de l’histoire, depuis nos anciens combattants et nos Forces Canadiennes, dont les sacrifices sont innombrables, jusqu’aux nombreux volontaires de l’action humanitaire qui travaillent souvent dans l’ombre au nom d’un idéal pacifique de liberté et de justice… »

« Je veux aussi et surtout que nos jeunes soient nos porte-étendards. Je veux qu’ils puisent à pleines mains dans ce trésor énorme qu’est le Canada… »

« Rien ne me semble plus indigne de nos sociétés modernes que la marginalisation de certains jeunes conduits à l’isolement et au désespoir. Nous ne devons pas tolérer de telles dérives. Après touts, nos jeunes nous aident à redéfinir la grande famille à laquelle nous appartenons toutes et tous dans un monde de moins en moins étanche, de plus en plus ouvert. Ils sont la promesse de notre avenir. Il est donc notre devoir de les engager à participer à cette réinvention du monde et de leur communiquer cet esprit d’aventure que nos ancêtres nous ont transmis, quelles que soient leurs origines. Il faut donner aux jeunes le pouvoir et surtout l’envie de faire ressortir leur plein potentiel. À cela, je veillerai et j’invite tous et chacun à m’aider dans cette tâche primordiale… »

« Je suis animée de l’espoir de rencontrer très bientôt mes compatriotes et je suis forte de la conviction que le Canada doit continuer à accomplir de grandes choses si nous travaillons ensemble au mieux-être de la population et de l’humanité. Notre pays est si vaste et si riche dans ses coloris et ses accents. Plusieurs d’entre nous n’avons pas la chance d’en mesurer l’étendue. Je sais combien je suis privilégiée… »

Depuis dix-huit mois, dans l’exercice de mes fonctions, je garde le cap sur les mêmes idées phares. De différentes façons, à l’occasion de toutes mes prises de parole, de toutes le rencontres que j’effectue, de tous les gestes que je pose, de toutes les initiatives que je mets de l’avant : je cherche à ébranler l’indifférence face aux situations d’exclusion et de désœuvrement; à briser le spectre des solitudes; à promouvoir les pactes de solidarité, à encourager et à faire reconnaitre les actions solidaires et les élans de générosité au sein de nos communautés, à rallier les forces vives de la société civile, à les mettre en présence, à faire en sorte que la parole citoyenne soit entendue et agissante, à valoriser l’idée de faire ensemble, de vivre ensemble, de joindre nos efforts, d’établir des partenariats, d’élargir les réseaux.

C’est dans cet esprit que j’avance au pays et en mission également à l’étranger.

C’est de cette oreille attentive que j’écoute.

C’est partant de ces intentions que je convoque pour mieux sensibiliser, mieux faire comprendre certaines réalités sociales et du monde tel qu’il est.

C’est ce qui me guide dans le choix des invitations qui me sont lancées et des activités auxquelles je décide de participer.

C’est à cela que la population répond également en très grand nombre, avec enthousiasme, à ce surplus de pertinence que je tiens à apporter à l’institution et cela jusqu’à la fin de mon mandat.

C’est dans cet esprit que j’exerce mon rôle auprès des décideurs et en particulier auprès du chef du gouvernement.

La contribution de Jean-Daniel Lafond, les projets qu’il a mis de l’avant procèdent de cette même intention qui se veut rassembleuse, citoyenne et constructive : le site À l’écoute des citoyens; les échanges et discussions dans le cadre du « Point des arts »; les consultations auprès des communautés francophones à travers les pays.

Je maintiens mon engagement auprès des jeunes et je n’ai pas manqué de multiplier les occasions de les entendre et de m’adresser à eux non seulement au pays mais aussi où que j’aille à l’étranger.

Fidèle à mon parcours, je continue de porter une attention particulière aux femmes, non seulement en regard des problématiques de violence mais aussi de leur quête d’émancipation. Les femmes autochtones sont à ce chapitre sans contredit les plus dépourvues dans notre pays.

Je crois profondément au devoir de mémoire et à l’importance d’interroger l’Histoire pour mieux ancrer nos rapports, pour mieux agir sur le présent et trouver des solutions aux défis qu’il nous pose. Rassembler la mémoire, en apprécier les faits, reconstituer l’ensemble de toutes ces histoire qui écrivent notre Histoire et mettre en lumière la richesse de ce patrimoine : l’institution du gouverneur général est à la croisée de tous ces chemins.

J’estime que la diversité culturelle et démographique est un atout pour notre pays. Je crois, néanmoins, que nous devons progresser vers une philosophie du vivre ensemble qui mise davantage sur la reconnaissance des valeurs que nous avons en commun, sur l’universalité des expériences, sur les principes et les institutions qu’il nous faut collectivement défendre, promouvoir et préserver et qui définissent notre appartenance citoyenne.

Voici une esquisse de la trajectoire que j’ai choisie et soyez assurés que je n’en dérouterai pas.

C’est dans cette perspective que je souhaite que nous formulions les initiatives, que nous priorisions les projets, que nous définissions les directions que nous prenons ensemble.

Nous avons réussi à amener l’institution du gouverneur général au cœur des préoccupations de nos concitoyennes et de nos concitoyens. Nous avons réussi à inscrire son rôle au sein de notre monde moderne. Nous l’avons « popularisée ». Le nombre d’invitations et de manifestations d’appui en témoignent amplement.

Réjouissons-nous de cet accueil sans précédent et assurons-nous de rester à la hauteur de cette confiance.

Jean-Daniel et moi comptons sur vous pour la suite des choses.

« Briser les solitudes », c’est la devise que j’ai choisie. Dans ce monde de plus en plus complexe où l’individualisme l’emporte et les solidarités s’effritent, les exclus sont malheureusement toujours plus nombreux. L’indifférence, le chacun pour soi et pour son clan ne font que creuser les inégalités et élargir les fossés entre nous. Plus que jamais il nous faut au contraire rassembler nos forces. D’ailleurs, dans ma tournée du pays, ce qui retient mon attention ce sont les efforts déployés pour vivre ensemble dans une société plus juste.

Vivre ensemble n’est pas un problème mais un vaste chantier où chaque jour, des citoyens réfléchissent, prennent la parole et agissent pour le bien commun. Dans les forums, les blogs, et les séances de clavardage sur ce site, nous avons l’occasion de discuter de ce que nous pouvons faire pour mieux vivre ensemble. Parlons-en ici!

L’enthousiasme avec lequel j’ai entrepris cette aventure il y a près de trois ans est toujours aussi vif, et il me tarde de poursuivre le travail entamé avec vous, n’en déplaise à ceux et à celles qui cherchent à réduire la portée citoyenne de l’institution que je représente fièrement.

Je vous souhaite un agréable séjour à Québec, joyau du patrimoine mondial et cœur battant de la francophonie en Amérique, alors qu’elle célèbre son 400e anniversaire de fondation.

Que vos discussions soient enrichissantes, inspirantes et porteuses d’avenir.