Dîner d’État - République tchèque

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Dîner d’État offert par Son Excellence monsieur Václav Klaus,
Président de la République tchèque, et madame Livia Klausová

Prague, le lundi 1er décembre 2008

Le hasard qui nous ramène si vite dans votre capitale et votre pays, Monsieur le Président, nous est aussi doux qu’un alignement favorable des étoiles.

Mon mari, Jean-Daniel Lafond, et moi gardons un excellent souvenir de nos discussions très animées lors d’un déjeuner mémorable en votre compagnie, et celle de la première Dame.

C’était en effet il y a un peu plus d’un an. J’étais à Prague pour participer à la 11e conférence annuelle du Forum 2000.

C’est avec bonheur que j’avais accepté d’y prononcer l’allocution inaugurale.  Il m’importait aussi de contribuer à une table ronde sur la nécessité de miser sur les forces vives de la jeunesse.

J’en ai fait une priorité à titre de gouverneure générale du Canada en restant à l’écoute de leurs préoccupations, de leurs actions et de leurs aspirations.

Partout, au pays et dans le monde, les jeunes s’expriment sur les grands enjeux auxquels font face l’ensemble de nos sociétés et me répètent inlassablement que la solidarité est une responsabilité.

Ils ne définissent cette solidarité ni en fonction de l’ethnicité, ni même du lieu d’appartenance, mais en fonction de valeurs communes.

Des valeurs, Monsieur le Président, à l’opposé de la pensée unique des années communistes que vous avez vous-même définie, à Seattle en octobre dernier, comme « un modèle de rejet radical de la liberté ».

En cette année où nous marquons justement le quarantième anniversaire de l’invasion soviétique, il n’est pas indifférent d’accueillir la parole des jeunes et de les laisser enfin nous faire part de leurs conceptions du monde.

J’entends leur accorder une place de choix dans le cadre de cette visite d’État en République tchèque, convaincue que je suis, de même que la délégation qui m’accompagne, que leurs points de vue nourriront notre réflexion commune sur des questions aussi cruciales que l’intégration dans un monde de plus en plus ouvert.

Or, les jeunes, affranchis des contraintes du temps et de l’espace grâce aux nouvelles technologies, circulent librement sur des réseaux mondiaux que nous pouvions à peine imaginer il y a moins de trente ans et explorent de nouvelles façons d’assurer la cohésion sociale.

Ils savent notamment que la culture, comme le disait Franz Kafka de la littérature dans son journal, est un  « assaut contre la frontière ».

Un assaut contre tout ce qui cherche à enclaver la pensée, à réprimer l’expression, à nous replier sur nous-même, à stigmatiser l’autre.

Ce à quoi mon mari, le cinéaste et philosophe Jean-Daniel Lafond, est particulièrement sensible en ces temps où plusieurs souhaiteraient réduire la culture à une logique marchande plutôt que d’y voir un vecteur essentiel de civilisation.

Au cours de notre dernière visite à Prague, l’an dernier, Jean-Daniel Lafond avait rencontré des étudiants et des membres du corps professoral de la FAMU, une faculté de renommée mondiale spécialisée dans le cinéma, à l’Université Saint-Charles.

Et demain, accompagné par des membres de la délégation canadienne œuvrant dans les secteurs du film et du documentaire, Jean-Daniel Lafond poursuivra ce dialogue.

Mon mari et moi sommes profondément convaincus que la culture est l’une des meilleures façons de rapprocher les gens et les nations.

Excellence, nous savons ce que l’oppression du siècle dernier a coûté au peuple tchèque et à toute une génération.

Le Canada compte aujourd’hui quelque 80 000 citoyennes et citoyens d’origine tchèque, venus chez nous pour la plupart après la Seconde Guerre mondiale et les événements de 1968, en quête de liberté.

Ces femmes et ces hommes ont participé à l’édification du Canada moderne et ont tissé entre nous des liens fraternels.

En témoignent par ailleurs les échanges académiques qui ont fructifié entre nos deux pays au fil des ans, surtout depuis la création de l’Association en études canadiennes de l’Europe centrale en 2003, à l’université Masaryk, à Brno.

En témoigne également la coopération économique, que souligne la présence de près de cinquante entreprises canadiennes en République tchèque.

Permettez, Monsieur le Président, que je signale en outre comme une promesse d’avenir la signature en 2006 par les gouvernements du Canada et de la République tchèque d’un Accord cadre bilatéral sur la mobilité des jeunes.

L’objectif de cet accord est de permettre à la jeunesse de 18 à 35 ans d’acquérir une expérience de travail dans l’un et l’autre de nos pays et d’établir ainsi autant de passerelles transatlantiques et d’occasions d’échanges.

De plus, le Canada et la République tchèque travaillent de concert au sein de plusieurs organismes multilatéraux, notamment les Nations Unies, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe et l’Organisation de coopération et de développement économique, de même que dans le cadre de missions de paix et de reconstruction dans l’ancienne Yougoslavie et l’Afghanistan.

Nous nous réjouissons d’avoir été le premier pays à ratifier l’adhésion de la République tchèque à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord.

Et nous sommes heureux de compter sur votre présence au sein de la grande famille de la Francophonie.

La Francophonie, dont nous venons d’accueillir le XIIe Sommet dans la ville de Québec, qui fête cette année le 400e anniversaire de sa fondation.

Nous saluons par ailleurs le fait que la République tchèque assumera en 2009 la présidence de l’Union européenne et nous espérons dès maintenant travailler avec vous à la tenue d’un prochain Sommet économique Canada-Union européenne, dont le dernier a eu lieu à Québec le mois dernier.

Dans un monde de plus en plus ouvert et complexe, il importe au Canada de consolider ses alliances avec l’Union européenne et de créer de nouveaux réseaux de collaboration.

Autant de signes qui démontrent que les liens fraternels entre nos deux pays dépassent largement notre passion commune pour le hockey.

Plus tôt aujourd’hui, mon mari et moi avons eu de très fructueuses rencontres avec vous, Monsieur le Président, de même qu’avec le président du Sénat de l’Assemblée nationale, et le maire de Prague. Nous sommes impatients de rencontrer le premier ministre, demain.

Ces derniers jours, mon mari ainsi que les membres de la délégation canadienne et moi-même avons déjà eu la chance de marcher sur les traces majestueuses de votre histoire, aux châteaux de Slavkov et de Telc, et nous avons eu des échanges inspirants avec plusieurs de vos compatriotes.

Je prie les membres de la délégation canadienne de se lever. Ces femmes et ces hommes représentent les dynamiques secteurs de la société canadienne et sont issus de divers milieux : des jeunes, des Autochtones, des universitaires, des activistes, des artistes, des leaders communautaires et des chefs de file du milieu culturel.

Quant au thème de la solidarité, du « vivre ensemble », nous avons eu l’occasion d’avoir une très intéressante discussion avec des membres de la communauté romani sur leurs aspirations et leurs défis, au Musée de la culture romani, à Brno.

Au cours des prochains jours, nous entendons poursuivre le dialogue avec des femmes, des hommes et des jeunes des institutions et de la société civile sur des questions importantes d’ordre mondial telles que l’intégration des minorités et l’engagement citoyen des jeunes.

Votre point de vue sur ces questions nous intéresse au plus haut point, et le dialogue que nous avons déjà entamé avec les citoyennes et citoyens de votre pays s’avère très prometteur.

Mon mari et moi vous remercions, Monsieur le Président, de nous ouvrir grande la porte de votre pays, et de ce dîner chaleureux offert en notre honneur.

Nous vous prions de recevoir à votre tour toute l’amitié du peuple canadien.

Nos deux pays font la preuve, en ce monde qui en a bien besoin, que la somme de nos solidarités est infiniment plus grande que la somme de nos différences.

Que l’amitié entre le Canada et la République tchèque ne cesse de croître et que nos jeunes lui apportent de nouveaux et audacieux prolongements!