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Ottawa, le mercredi 7 novembre 2007
Comment ça va?
C’est une joie pour moi d’être ici, au Club SAW et à la galerie SAW, en compagnie de créateurs parmi les plus talentueux et les plus audacieux de la région d’Ottawa-Gatineau.
J’aimerais d’abord vous parler d’une priorité que je me suis fixée lorsque je suis devenue gouverneure générale du Canada : il était essentiel à mes yeux de donner aux jeunes Canadiennes et Canadiens les moyens de faire entendre leur voix.
Au cours de ma carrière de journaliste, j’ai rencontré beaucoup de jeunes qui avaient baissé les bras. Ces jeunes estimaient que la société leur avait tourné le dos, qu’elle était indifférente à leur situation, qu’elle se souciait peu de les aider à développer leurs talents et à s’épanouir.
Dans leur quête d’identité, d’estime et d’appartenance, certains jeunes m’ont avoué avoir joint des gangs dans l’espoir d’y trouver la reconnaissance et l’appui qu’on leur refusait partout ailleurs. Les milieux de la criminalité savent profiter de cette occasion qui leur est offerte d’exploiter le sentiment d’impuissance et de vulnérabilité des jeunes et de les attirer dans leurs filets.
Après chaque entrevue, je me disais : que pourrait-on faire pour convaincre ces jeunes qu’il vaut la peine de se battre, de foncer, d’avancer pour réaliser ses rêves et ses aspirations?
Que pourrait-on faire pour les aider à reconnaître que leur contribution est précieuse et essentielle, qu’ils sont utiles à la société?
Que pourrait-on faire pour que la population prenne conscience qu’une société qui se dit démocratique doit inclure les jeunes, qu’elle doit proposer des projets de société qui tiennent compte d’eux, qu’elle doit écouter ce qu’ils ont à dire?
Depuis que je suis gouverneure générale du Canada, j’ai eu le privilège de parcourir le pays d’est en ouest et du nord au sud. Je suis allée là où sont les jeunes, dans leur milieux de vie, leur communauté. J’ai réfléchi avec eux, j’ai collaboré à leurs projets.
Et j’ai beaucoup appris.
J’ai été frappée par la compréhension juste qu’ils avaient des grands enjeux de l’heure.
J’ai été touchée par leur volonté à toute épreuve de changer la société pour le mieux, de trouver des moyens de mieux vivre ensemble.
Et j’ai été émerveillée de voir comment ils utilisent le pouvoir des arts pour combattre ensemble l’exclusion sociale et l’indifférence.
J’ai été tellement impressionnée par ces initiatives que j’ai eu l’idée d’entreprendre une tournée des villes canadiennes. Mon but? Faire savoir à la population que les arts urbains sont un moyen pour les jeunes de réfléchir aux problèmes qui les touchent, d’éviter le piège de la criminalité, de se dire et de se faire entendre et de mobiliser les forces vives de leur communauté en faveur du changement social.
Ce forum sur les arts urbains auquel vous avez accepté de participer ce soir est le cinquième que je tiens au Canada.
Lors du premier forum à la Quickdraw Animation Society, à Calgary, de jeunes artistes m’ont expliqué comment ils avaient pu, grâce aux arts, surmonter la douleur causée par la violence et la négligence dont ils avaient été victimes.
À Toronto, à la Whippersnapper Gallery, de jeunes artistes m’ont raconté comment les arts urbains pouvaient même « sauver des vies. »
À Winnipeg, à la Graffiti Gallery, de jeunes artistes m’ont parlé de l’efficacité des arts urbains dans la lutte contre les gangs de rue, les drogues et l’abus.
D’ailleurs, ils ont depuis mis sur pied un projet communautaire qui visent à contrer le phénomène des gangs, la drogue et la violence dans leur quartier.
À Montréal, à la Maison des jeunes du quartier Côte-des-Neiges, de jeunes artistes m’ont expliqué que les arts urbains peuvent faciliter la réadaptation des jeunes contrevenants, réduire la violence, et inciter les gens à unir leurs efforts en vue de réaliser des projets de société.
Ce qui m’a fascinée, c’était de voir que ces artistes provenaient de tous les horizons.
Certains venaient de pays éloignés, alors que d’autres avaient des racines qui remontaient aux premiers peuples à avoir habité ce territoire.
Plusieurs étaient issus de milieux modestes, et d’autres, pas.
Mais cette diversité n’était pas un obstacle, bien au contraire.
Ces jeunes ont trouvé dans les arts un moyen de s’engager ensemble à briser les solitudes qui subsistent encore dans bien des régions.
Je suis ici aujourd’hui parce que je crois profondément en votre capacité de changer les choses.
Parce que je crois en votre message d’espoir, un message que l’on n’entend pas assez souvent.
Parce que je crois que notre société a des leçons à tirer de ce que vous réussissez à accomplir.
Par ce que je suis fermement convaincue que les arts—que ce soit le rap, le multimédia, la sculpture, la poésie, le graffiti, la peinture, le théâtre, le locking ou popping—ont un rôle déterminant à jouer en vue de rassembler, d’établir des réseaux de solidarité.
Voilà pourquoi je suis impatiente de vous écouter me parler de votre passion pour les arts, de vos réalisations et des moyens que vous proposez en vue de bâtir ensemble une société plus forte, plus juste et plus humaine.
N’oublions pas que cette responsabilité sociale doit être partagée, qu’elle est collective. Toutes et tous doivent s’engager à rendre le monde meilleur.
Cette responsabilité revêt une importance d’autant plus grande en cette époque où le « chacun pour soi » et le « tape-à-l’œil » sont la donne.
Avant de conclure, j’aimerais vous présenter quatre personnes très importantes à mes yeux en cette année où nous célébrons le 40e anniversaire de l’Ordre du Canada. L’Ordre du Canada honore les efforts de femmes et d’hommes qui ont accompli tout au long de leur vie des choses remarquables dans divers champs d’activités.
Marguerite Hale est une femme d’affaires respectée et reconnue pour sa générosité, qui a partagé son temps et son savoir-faire avec tout un éventail d’organismes, notamment la Fondation communautaire d’Ottawa, les Amis de la Bibliothèque nationale, l’Université d’Ottawa et la Société géographique royale du Canada.
Ancien sénateur, journaliste et professeur à l’Université McGill, Laurent Lapierre est une autorité reconnue en matière d’histoire constitutionnelle. Il compte parmi les commentateurs politiques les plus écoutés et les champions les plus respectés de la justice sociale. Il a fait découvrir au public canadien certains des grands politiciens, philosophes et artistes de ce monde, de même que certains des dossiers sociaux et politiques les plus importants, voire parfois les plus controversés.
Cynthia Baxter a œuvré au sein de la Fondation communautaire d’Ottawa. Elle a favorisé les échanges culturels d’un bout à l’autre du pays grâce au Forum pour jeunes Canadiens. Cynthia est l’ancienne vice-présidente de la section Amérique du Nord de l’Organisation du Baccalauréat International et a été la présidente-fondatrice de la Fondation CODE.
David Smith est un restaurateur et traiteur à qui l’on fait appel lors des activités de financement des œuvres de bienfaisance à Ottawa. Il a appuyé une foule d’organisations, que ce soit l’Institut de cardiologie, la Union Mission, des centres de désintoxication ou un centre de loisirs pour les jeunes Autochtones à Davis Inlet. Son dynamisme et son énergie continuent d'avoir un effet vivifiant sur toutes celles et tous ceux qu'il rencontre.
Ces personnes ont gracieusement accepté, malgré leur horaire chargé, de se joindre à nous ce soir pour participer à la discussion.
Je tiens également à remercier tout particulièrement la SAW Video Association, la SAW Gallery, Blueprint for Life, House of Paint, la Ville d’Ottawa, la Commission jeunesse de Gatineau, et tous les autres qui ont rendu possible le rassemblement de ce soir.
J’ai très hâte d’entendre ce que vous avez à dire. La discussion est ouverte : à vous la parole!
