Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion d’une visite à l’Établissement de détention

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Montréal, le mercredi 15 février 2006

Merci de m’accueillir parmi vous aujourd’hui. Ce n’est peut-être pas un lieu où l’on s’attend à voir la gouverneure générale du Canada. Mais, comme je l’ai dit dans mon discours d’installation, j’estime qu’il est très important de donner aux jeunes tous les moyens, toutes les occasions de s’épanouir et de participer pleinement à la vie citoyenne. Et, cela dit, je n’exclus pas ces jeunes dont le parcours a dévié du droit chemin et qui ont envie de le réintégrer, ou qu’on souhaiterait soutenir sur la voie de la réhabilitation. Il ne faut pas ignorer ces efforts – les vôtres, les leurs; il ne faut pas non plus répondre à ces jeunes par notre indifférence.

Le travail de réhabilitation que vous effectuez est en ce sens capital. Il a d’ailleurs été reconnu par la médaille pour services distingués en milieu correctionnel. Je veux que vous sachiez à quel point j’ai conscience que chacun de vos mots et chacun de vos gestes entre ces murs ont le pouvoir de résonner chez les jeunes détenus qui veulent s’en sortir. Je veux en ce sens saluer aussi l’originalité de l’initiative de Mohamed Lotfi qui, par la voie des ondes, a permis à ces jeunes de rejoindre le monde qui les attend hors les « murs ». Et de se dire souverains de leur dignité. Je tiens à vous féliciter également de rendre possible cette expérience unique au monde.

J’ai la conviction que rien n’est jamais fini tant que nous vivons et que nous pouvons aspirer à plus de liberté et de bonheur. J’ai la conviction qu’il est toujours possible de corriger le tir, de se reprendre en main, de jeter un regard neuf sur soi et sur le monde, de reconnaître en l’autre un être de chair et de sang, et non un ennemi à abattre. Je crois profondément en la nécessité de provoquer cette prise de conscience. Et je sais toute la différence que peuvent faire un signe d’encouragement, un regard complice, une écoute attentive. Il arrive trop souvent que l’incompréhension des uns engendre l’exclusion des autres. Dans le paysage urbain actuel, on compte trop de jeunes à la dérive ou en plein naufrage. Des jeunes pour lesquels l’horizon semble bouché et les possibilités si limitées que la délinquance ne tarde pas à les attirer dans ses filets.

Avec la même vigilance, restons à l’écoute des signaux de détresse que nous lancent nos jeunes, mais aussi des lueurs d’espoir que nous pouvons allumer dans leurs yeux et dans leurs vies. Je souhaite de tout cœur que la somme de nos actions en vue d’améliorer le sort des jeunes, tant ceux qui déambulent dans la rue, que ceux qui se retrouvent « en dedans », portent fruit. Je compte sur vous pour continuer sur votre lancée et je vous remercie chaleureusement pour le rôle vital que vous jouez dans la vie de ces jeunes hommes alors qu’ils en ont le plus besoin. Et si l’échange que j’aurai avec le petit groupe de détenus que je rencontrerai tout à l’heure devait influer sur le cours de leur vie, même modestement, j’aurai la conviction de vous avoir accompagnés dans votre travail.

Merci de votre accueil.