Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean - Discours à l’occasion d’une visite à l’École de la Gendarmerie royale

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Regina, le mercredi 10 mai 2006

Au cours des derniers mois, j’ai appris à estimer à sa juste valeur la Gendarmerie royale du Canada, bien au-delà de l’image emblématique qu’évoque cette institution dans l’esprit de la plupart des gens dans le monde. Que ce soit lors de discussions avec les membres de la GRC qui m’accompagnent ou lors d’échanges avec ceux que j’ai rencontrés durant mes voyages d’un bout à l’autre du pays, j’ai été touchée par leur humilité et leur noble dévotion au bien-être de leurs concitoyens.

La devise de la GRC, Maintiens le droit, donne une idée seulement du dévouement sincère dont votre organisation fait preuve, en encourageant et en protégeant les idéaux pacifiques de liberté et de justice universelles. C’est donc pour moi un grand honneur de me joindre à vous aujourd’hui.

À titre de commandante en chef des Forces canadiennes, je suis particulièrement sensible au rôle vital que jouent celles et ceux qui travaillent avec acharnement pour accroître notre liberté et pour protéger les valeurs fondamentales qui nous sont chères.

Notre capacité d’entrer en relation les uns avec les autres, de briser les solitudes qui nous divisent encore, et de tendre la main aux sans-voix, est profondément enracinée dans notre sentiment de confiance mutuelle et de sécurité, un sentiment en constante évolution. Jour après jour, dans l’exercice de leurs fonctions, les agents de la GRC protègent les plus vulnérables, favorisent des partenariats sérieux avec des communautés et encouragent nos jeunes à faire des choix de vie responsables. C’est ainsi qu’ils aident à mettre en place les conditions qui font de notre pays l’un des endroits les plus sûrs au monde.

Mais leur travail ne s’arrête pas là. La communauté internationale compte de plus en plus sur notre propre expertise pour former et démocratiser les services policiers d’autres pays, pour aider à résoudre des conflits militaires à l’étranger et pour aider les réfugiés qui doivent fuir des pays où ils sont persécutés pour leur race, leur religion ou leur sexe. Les agents de la GRC ont fait preuve d’un dévouement héroïque dans des endroits comme le Kosovo, la République démocratique du Congo et Haïti, où j’aurai bientôt l’occasion de rencontrer des agents qui ont contribué au maintien de la paix et de la stabilité.

Vous avez ainsi contribué à l’image du Canada, ce pays devenu, pour les nations du monde, un synonyme d’espoir et un modèle de stabilité.

Chose certaine, ces efforts ne sont pas exempts de risques. La mort tragique des quatre agents de la GRC qui ont été abattus aux environs de Mayerthorpe, en Alberta, par exemple, est un triste rappel des dangers auxquels vous faites face quotidiennement.

Pourtant, c’est aux prises avec la brutalité et la détresse que les agents de la GRC ont trouvé le courage de s’affirmer et de faire une différence dans la vie d’un nombre incalculable de femmes et d’hommes au Canada et dans le monde entier. Vous êtes une source d’inspiration pour nous tous.

Je dois vous avouer que je suis tout à fait ravie de voir tant de jeunes gens ici, aujourd’hui. Quant je suis devenue 27e gouverneur général du Canada, je me suis promis d’appuyer les jeunes dans leurs efforts pour bâtir un monde meilleur.

Trop souvent, les gens se plaisent à dire que les jeunes ne s’intéressent pas au monde qui les entoure; qu’ils ne s’intéressent pas au rôle qu’ils pourraient jouer dans l’édification de communautés plus unies et plus saines. Qui n’a pas entendu ces vieux clichés : « les jeunes ne sont pas intéressés », « ils ont l’esprit ailleurs », « ils se foutent de tout ». Or, votre présence ici comme cadets de la GRC témoigne bien de votre désir profond de devenir, aujourd’hui, des leaders responsables et des agents de changement dans vos collectivités respectives.

Je sais que vous apportez à cette organisation un impressionnant bagage de compétences et d'expériences professionnelles qui seront un enrichissement pour nous tous. Mais il ne faudrait pas oublier, comme le veut le dicton, que derrière chaque élève qui réussit, il y a plusieurs professeurs dévoués. C’est pour cette raison que je tiens à souligner le travail incroyable de vos instructeurs, qui vous aident à développer les compétences et à acquérir les connaissances nécessaires pour devenir des agents de la GRC efficaces.

L’une des compétences que je considère particulièrement importante est la capacité d’établir des relations positives avec les communautés au sein desquelles vous serez bientôt appelés à servir. La semaine dernière, justement, on nous rappelait, lors d’une conférence organisée par le Réseau de la police canadienne sur les Autochtones et la diversité, que notre société a énormément changé au cours des dernières décennies et, selon toute apparence, la population canadienne continuera d’évoluer.

Alors que nos sœurs et nos frères autochtones s’établissent en plus grand nombre dans les zones urbaines, le nombre de Canadiens originaires de l’Asie, de l’Amérique latine, des Antilles et de l’Afrique a également beaucoup augmenté. En fait, les Autochtones et les communautés multiraciales seront bientôt majoritaires dans nos métropoles comme Vancouver, Toronto et Regina.

Comme le soulignaient les délégués à cette conférence, la diversité ethnoculturelle et raciale a des répercussions majeures sur les services policiers de notre pays. Les agents sont confrontés au défi de bâtir des relations de confiance avec les communautés diversifiées où ils travaillent.  Les organismes d’application de la loi cherchent des moyens d’assurer la diversité au sein de leurs effectifs et ce, à tous les niveaux. Malheureusement, certaines collectivités s’estiment injustement visées en raison du profil racial ou autre qui semble leur être accolé.

De plus en plus d’études canadiennes démontrent que même s’ils n’ont aucun dossier criminel, les membres de certains groupes seraient plus ciblés que d’autres en raison de la perception que l’on se fait de leur prédisposition culturelle ou raciale au crime.

Dans bien des cas, ces réalités engendrent la méfiance entre les policiers et les citoyens ordinaires, ce qui est loin de favoriser les types de rapports qui sont si essentiels au maintien de la sécurité dans nos collectivités.

D’ailleurs, les milieux criminels ont vite profité de ce malaise pour attirer des gens. Quand j’étais journaliste, j’ai été témoin de la manière dont les milieux du crime organisé manipulent des jeunes pour leur faire faire leurs « sales boulots ». Nous voyons de plus en plus souvent des groupes criminels bien organisés attirer vers eux des gens qui ont perdu confiance dans notre société pour leur donner un faux sens d’appartenance et leur faire miroiter toutes sortes de récompenses. Leurs proies sont des gens qui, faute de modèles dans leur vie, se laissent de plus en plus séduire par la richesse matérielle avec laquelle on les tente.

C’est une des raisons pour lesquelles j’estime qu’il est si important pour les corps policiers du pays de réfléchir sérieusement sur la composition de la société canadienne. Nos jeunes ont besoin qu’on leur lance des défis; ils ont besoin de sources d’inspiration; ils ont besoin qu’on leur montre qu’ils peuvent, eux aussi, prendre part aux bienfaits de notre société. Souvent, il suffirait pour ranimer l’espoir chez ces jeunes, qu’ils puissent se voir reflétés dans nos institutions publiques.

Pour cela, il faut plus qu’une présence symbolique de femmes, de minorités linguistiques, d’Autochtones et de groupes multiraciaux au sein de l’effectif des organismes d’application de la loi. Il faut en effet que cette représentation soit axée sur l’établissement de dialogues constructifs avec différentes communautés et sur l’adoption, au sein des opérations de ces organismes, des principes directeurs que sont la diversité, l’équité et la responsabilité face à la communauté.

C’est dans cet esprit que je veux féliciter l’inspecteur Lennard Busch, une personne très spéciale pour moi qui m’a accompagnée presque partout où je suis allée, pour sa récente nomination comme directeur du Centre de formation de police communautaire autochtone, au Collège canadien de police.

Je vous encourage donc, alors que vous vous apprêtez à terminer votre formation et à entreprendre votre travail d’agent dans les divers coins du pays, à conserver l’esprit d’ouverture, de dialogue et d’humilité qui est si essentiel pour créer « la sécurité des foyers et la sécurité des communautés », et ainsi pouvoir briser encore une autre solitude qui nuit à notre capacité de vivre ensemble.

Encore une fois, j’aimerais vous remercier de m’avoir accueillie aujourd’hui, et je vous souhaite bonne chance dans votre formation.